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Procès du viol d'une Canadienne par des policiers d'élite en France: 7 ans de prison requis contre les deux policiers

Procès du viol d'une Canadienne par des policiers d'élite en France: 7 ans de prison requis contre les deux policiers

Ils se sont comportés "comme ceux qu'ils pourchassent": l'avocat général Philippe Courroye a requis mercredi sept ans d'emprisonnement contre deux policiers, jugés aux assises à Paris pour le viol d'une touriste canadienne au 36 Quai des orfèvres, en avril 2014.

"Emily Spanton et la société toute entière vous réclament justice. Cette justice vous la rendrez en condamnant Nicolas R. et Antoine Q. à 7 années d'emprisonnement", a lancé le représentant du ministère public à la cour, au terme de trois heures de réquisitoire.

Après deux semaines et demie de procès, les versions des accusés et de leur accusatrice sont "totalement opposées", a souligné M. Courroye. Nicolas R. et Antoine Q, deux ex-policiers de la prestigieuse BRI (Brigade de recherche et d'intervention), jugés pour "viol en réunion", continuent de clamer leur innocence.

"Mon intime conviction, c'est qu'au cours de cette nuit du 22 au 23 avril, dans les locaux de la BRI, Emily Spanton a bien été une victime non consentante d'actes sexuels", a tranché l'avocat général. Il y a eu selon lui "des actes de pénétration par surprise et contrainte", ce qui constitue bien un viol.

Pour lui, les deux accusés ont "agi comme des soudards". "Ce soir-là, ils n'étaient pas la police mais des usurpateurs indignes de brassards et ils se sont comportés comme ceux qu'ils pourchassent. Ce soir-là, ils avaient basculé du mauvais côté".

Au pub situé en face du siège de la police judiciaire, où se sont rencontrés Emily Spanton et les policiers, "très vite la jeune Canadienne, court vêtue, extravertie, apparaît comme l'attraction de la soirée". Les images de vidéo-surveillance ont été diffusées lors du procès. M. Courroye en a retenu "une impression de drague collective, de mâles dominants en période de rut".

Puis au "36", "le non, c'est une question qui ne s'est même pas posée. Ils ont voulu, ils se sont servis".

La version d'Emily Spanton, selon laquelle elle aurait été violée dans deux bureaux par les deux accusés et un troisième homme qui n'a pas été identifié, a été "constante", souligne Philippe Courroye. De plus, "la dénonciation du viol a été immédiate", rappelle-t-il, en admettant cependant que la plaignante a pu être "imprécise sur le rôle de chacun" dans le viol collectif qu'elle dénonce.


"Une proie"

Quant aux versions des policiers, elles "recèlent des dissimulations évidentes et des incohérences manifestes". Les accusés "s'adaptent aux éléments et aux preuves du dossier".

Ainsi Nicolas R. n'a pas parlé de ce SMS qu'il a envoyé à un collègue - "Ca est une touseuse, dépêche!" -, jusqu'à ce que tombe l'analyse de la téléphonie. "Ce n'est pas un détail dans une affaire de viol en réunion", relève l'avocat général.

De même, Antoine Q. qui niait toute relation avec l'accusatrice n'a admis une pénétration digitale consentie qu'en octobre 2014. Son ADN avait été retrouvé à 10 cm au fond du vagin d'Emily Spanton. Une pénétration digitale, pour l'avocat général, "c'est plus qu'improbable, c'est impossible".

De plus, les policiers "ont forcément vu qu'Emily Spanton était très alcoolisée". Pourquoi alors la faire monter au "36"? "Parce qu'ils avaient l'intention, l'un et l'autre, de profiter en toute impunité de sa vulnérabilité".

Ce soir là, Emily Spanton, alors âgée de 34 ans était vêtue en short moulant et collant résille. "Tout ça est hors sujet", a objecté Philippe Courroye.

Emily Spanton, dont l'addiction pendant plusieurs années à la cocaïne et la consommation d'alcool ont été maintes fois évoquées au procès, "n'a pas exactement le vécu d'une jeune fille rangée", a concédé l'avocat général. "Mais il n'y a pas de bonne ou mauvaise victime, il n'y a pas que les jeunes filles en fleurs qui mériteraient d'être reconnues comme victimes. Il y a aussi celles qui par leur personnalité fragile constituent une proie".

Le procès se poursuit avec les plaidoiries de la défense. Les accusés, qui comparaissent libres, encourent vingt ans de réclusion criminelle.

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