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Un détenu "radicalisé en prison" poignarde sauvagement deux gardiens en France: il a été arrêté, sa femme tuée

Un détenu

Un détenu radicalisé ayant grièvement blessé deux surveillants mardi matin, avant de se retrancher avec sa compagne au sein d'une prison de l'ouest de la France, a été interpellé dans la soirée après une intervention de la police. Sa femme, elle, a succombé à ses blessures.

Un détenu radicalisé ayant grièvement blessé deux surveillants mardi matin a été interpellé dans la soirée lors d'une intervention de la police, et sa compagne avec laquelle il s'était retranché est morte des suites de ses blessures. L'opération a été menée par le RAID, forces d'élite de la police nationale, à la prison ultra sécurisée d'Alençon/Condé-sur-Sarthe, en Normandie, où s'était retranché depuis près de dix heures Michaël Chiolo, 27 ans, un détenu de droit commun considéré comme radicalisé en prison, selon une source policière.

Le détenu et sa compagne ont été blessés dans l'intervention, lui seulement légèrement, à la joue.

Pour la ministre de la Justice Nicole Belloubet, "le caractère terroriste de l'attaque" perpétrée mardi matin par Chiolo "ne fait aucun doute". Le parquet antiterroriste de Paris s'est d'ailleurs saisi du dossier. Le procureur de la République de Paris Rémy Heitz a expliqué que le détenu a affirmé vouloir "venger" l'auteur de l'attentat de Strasbourg.


Deux gardiens blessés au couteau

Vers 9h45, le détenu a attaqué deux surveillants âgés d'une trentaine d'années avec un couteau en céramique. Il a dit "Allah Akbar" en passant à l'attaque, selon Alassanne Sall, délégué FO de la prison.

D'après Philippe Devique du syndicat Ufap, un des surveillants, blessé au thorax, "est sorti du bloc opératoire et est maintenant en convalescence, sous le choc à la fois de l'opération et de l'agression sauvage". Quant au deuxième blessé, "il est assez grièvement blessé au visage et psychologiquement très perturbé".

Michaël Chiolo, converti à l'islam en 2010, purgeait une peine de 30 ans de réclusion criminelle pour enlèvement, séquestration suivie de mort et vol avec arme, puis à un an d'emprisonnement pour apologie publique d'acte de terrorisme. Il était libérable en 2038. Il n'était pas détenu dans le quartier pour radicalisés ouvert en septembre, a précisé le syndicat FO.

Il avait 20 ans quand il a tué, pour 300 euros et quelques médailles, un octogénaire rescapé de Dachau: sept ans plus tard, le vagabond violent est devenu un détenu radicalisé, dont l'attaque de surveillants mardi s'est conclue par la mort de sa compagne dans l'assaut policier.


Dangereux et manipulateur

Mi-décembre 2015 à Metz: Michaël Chiolo est condamné en appel à 30 ans de réclusion criminelle pour enlèvement et séquestration suivi de la mort d'un ancien résistant, décoré de la Croix de guerre. L'enquête le décrit comme "dangereux et manipulateur", sans remords. Son procès et celui de ses complices se tient après un autre jugement qui illustre l'évolution du jeune homme en détention.

Un mois plus tôt, le tribunal de Mulhouse l'a reconnu coupable d'apologie du terrorisme. Michaël Chiolo avait demandé à ses codétenus de rejouer la tuerie du Bataclan dans la cour de la maison d'arrêt. Suivi par le renseignement pénitentiaire et inscrit au fichier pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), il n'était libérable qu'en 2038.

Né en Moselle le 11 juillet 1991, à la frontière franco-allemande, Michaël Chiolo était, selon l'enquête, désocialisé depuis l'âge de 17 ans et en fuite de son foyer lorsqu'il est arrêté en avril 2012. Quelques jours plus tôt, au sein d'un trio de marginaux, il a séquestré et tué cet ancien résistant de 89 ans dont il convoitait le coffre-fort. Roger Tall, qui s'était échappé du camp de concentration de Dachau, succombe à ce vol à main armé, étouffé par du scotch à son domicile de Montigny-lès-Metz.

Pour l'expert psychiatre, Michaël Chiolo présente un "trouble de la personnalité grave de type dissociale", sur lequel les psychothérapies sont "sans effet". "Risque de récidive violente majeure" et "grande dangerosité", note-t-il. Son ancienne avocate, Me Pauline Brion, se souvient d'un garçon "intelligent, très cultivé", sans formation ni profession, "devenu un peu vagabond" après avoir coupé les ponts avec sa famille.

En 2010, il s'affichait pourtant heureux et amoureux sur son blog, fier de ses origines italiennes et converti à l'islam, sous le nom d'Abdel-Karim. Mais l'année se conclut sur un procès pour des faits d'escroquerie et un vol aggravé commis entre 2008 et 2010.

Deux ans plus tard, le 13 avril 2012, le voilà mené par un ami d'enfance, de cinq ans son aîné, dans l'attaque d'une bijouterie en Sarre, de l'autre côté de la frontière. 4.000 euros de butin et l'envie de recommencer les mènent le 17 avril, avec un troisième complice, au domicile de l'octogénaire puis en prison après deux semaines de cavale.


"Il avait obligé ses codétenus à boire huit litres d'eau par jour pour se purifier"

Me Dominique Rondu, avocat de la soeur de la victime, se souvient, au premier procès à Nancy en 2014, d'un "garçon assez froid, indifférent à la situation" et à sa gravité. La condamnation du jeune homme à 28 ans de réclusion criminelle semble marquer un tournant. Il fait appel et au second procès "on avait affaire à quelqu'un qui visiblement s'était radicalisé, qui avait toujours cette froideur, cette indifférence", se souvient l'avocat. Marlène Schott, avocate de l'ami de Michaël Chiolo, décrit "un jeune homme paumé" au premier procès, sans signe de radicalisation. "Au deuxième procès, il était beaucoup plus inquiétant (...) sur la défensive" et le sujet s'impose à l'audience.

Les débats mentionnent un incident en détention à Epinal: "Il avait obligé ses codétenus à boire huit litres d'eau par jour pour se purifier", raconte-t-elle. "C'étaient trois paumés, des compagnons d'infortune qui sont passés de foyer en foyer et se sont associés pour aller chercher de l'argent. Ils se sont retrouvés à la rue très jeunes, délaissés", explique-t-elle, ajoutant que son client qualifiait Michaël Chiolo de "dingue" lors du second procès. "Personne n'est venu témoigner pour lui au procès", se souvient Me Brion.

L'avocate avait néanmoins fait citer sa nouvelle compagne à la barre, "une femme rencontrée en prison". "Il avait écrit à quelqu'un pour qu'on lui trouve une épouse", se souvient-elle. Blessée dans l'assaut du Raid, elle est décédée mardi soir.

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