Attentats dans l'Aude: Philippe riposte aux critiques avant l'hommage national

Attentats dans l'Aude: Philippe riposte aux critiques avant l'hommage national
Photo non datée de Radouane Lakdim, l'auteur de l'attaque terroriste de Trèbes, dans l'Aude, obtenue le 23 mars 201Handout

Édouard Philippe a rejeté mardi en bloc les critiques de la droite et de l'extrême droite, qui se déchaînent depuis les attentats jihadistes dans l'Aude, à la veille de l'hommage national au gendarme tombé en "héros" pour sauver une otage.

"Ceux qui affirment, sans savoir, que cet attentat aurait pu être évité, ceux qui croient pouvoir promettre aux Français un risque zéro, je le dis : ceux-là prennent, dans leur légèreté, une bien lourde responsabilité", a lancé le Premier ministre lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

Dans chacune des deux chambres, députés et sénateurs ont rendu hommage par une minute de silence aux victimes des attaques de vendredi à Trèbes et Carcassonne, dans lesquelles Radouane Lakdim, 25 ans, a tué quatre personnes.

Sa compagne radicalisée, Marine P., une convertie de 18 ans, a été mise en examen dans la soirée du chef d'"association de malfaiteurs terroristes en vue de préparer des crimes d'atteintes aux personnes", a indiqué une source judiciaire. Elle été incarcérée provisoirement dans l'attente d'un débat différé sur sa détention.

Les enquêteurs ont en revanche levé dans la journée la garde à vue d'un jeune de 17 ans, présenté comme un ami du tueur, faute "d'élément l'incriminant à ce stade", selon le parquet de Paris qui a ouvert une information judiciaire pour "assassinats et tentatives d'assassinats" terroristes, "association de malfaiteurs terroriste" criminelle et séquestration.

En présence de quelque 200 de ses frères d'armes, une cérémonie sera dédiée mercredi aux Invalides à partir de 11H30 au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, tué après avoir pris la place d'une otage dans le Super U de Trèbes. Emmanuel Macron prononcera l'éloge funèbre de ce "héros français".

Surmonté de son képi, le cercueil du gendarme est arrivé à la caserne de gendarmerie Tournon, à Paris, peu avant 16H00. Parti de Carcassonne, l'avion transportant sa dépouille avait atterri vers 14H00 à Villacoublay (Yvelines) où le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb lui a remis trois décorations à titre posthume.

Une minute de silence sera observée mercredi à 10H00 dans les gendarmeries, commissariats et préfectures.

A la veille du recueillement, la polémique - désormais habituelle après un attentat - sur le suivi de Radouane Lakdim et des islamistes radicaux n'a pas faibli.

"Il n'y a pas pire instrumentalisation que de se cacher derrière un héros pour échapper à sa propre incompétence et à sa propre lâcheté. (...) Il n'y a pas pire mépris à l'égard des victimes que de ne rien vouloir changer", a accusé la présidente du Front national, Marine Le Pen.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, avait dénoncé lundi une "coupable naïveté" d'Emmanuel Macron, réclamant le rétablissement de l'état d'urgence et l'expulsion des étrangers fichés "S" (pour "sûreté de l'Etat").

Quant aux députés socialistes, ils ont déploré l'"éternelle rengaine" de la droite et de l'extrême droite.

- Entretien prévu à la DGSI -

La dangerosité de Radouane Lakdim a-t-elle été sous-évaluée? Tué vendredi lors de l'assaut du GIGN, ce petit délinquant radicalisé de Carcassonne était fiché "S" depuis 2014 et inscrit depuis novembre 2015 au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT).

Comme lui, sa compagne était fichée "S" en raison de sa "fréquentation des milieux islamistes radicaux", selon une source proche de l'enquête.

En garde à vue, elle a "contesté avoir été associée au projet mais, à l'évocation des faits, elle n'exprime pas un sentiment d'indignation", a rapporté une autre source. Une source proche du dossier a décrit une jeune femme "ralliée à la cause jihadiste et en phase avec ce qu'a fait Lakdim". "C'est quelqu'un pour qui les attentats ne posent pas de problème", selon cette source.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) avait envoyé à ce dernier, en mars, une convocation pour un "entretien d'évaluation" et décider d'une éventuelle clôture de l'enquête administrative menée à son encontre depuis mai 2013, selon une source policière.

En mars, le "suivi effectif" de Radouane Lakdim était "toujours en cours mais n'avait pas permis de mettre en évidence des signes précurseurs d'un passage à l'acte", a assuré lundi le procureur de Paris François Molins. Un "suivi" ne signifie toutefois pas nécessairement une surveillance physique ou technique (écoutes, vérifications des factures de téléphonie...).

Plusieurs informations parvenues en mai 2014 avaient fait état d'une "radicalisation latente" et de velléités de départ en Irak ou Syrie. Une fiche "S" est alors émise, mais les investigations ne révélaient alors aucun signe de radicalisation violente.

En septembre 2017, son compte Facebook, attestant un intérêt pour l'idéologie jihadiste, avait de nouveau attiré l'attention de la DGSI, mais sans résultat probant.

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