En ce moment
 
 

Thaïlande: explosions à Bangkok en plein sommet de l'Asean, deux hommes arrêtés

Deux hommes originaires de l'extrême sud de la Thaïlande, en proie à une rébellion séparatiste, ont été arrêtés quelques heures avant une série d'explosions qui a eu lieu vendredi à Bangkok en marge d'un sommet régional, soupçonnés d'être liés à ces attaques.

Le Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-O-Cha a fait part devant la presse de "neuf explosions ou tentatives d'explosions" au total dans la capitale.

Quatre personnes ont été légèrement blessées dans ces attaques où des bombes "ping pong" (bombes artisanales qui rebondissent comme une balle de ping pong) auraient notamment été utilisées et dissimulées "dans des buissons au bord de la route", d'après les autorités.

Les motivations derrière ces explosions ne sont pas connues et les autorités ont exhorté à se garder de toute spéculation.

Mais quelques heures avant, deux Thaïlandais, originaires de l'extrême sud, ont été arrêtés, après la découverte jeudi d'un engin explosif qui n'a pas fonctionné. Cet incident serait lié aux explosions de vendredi, d'après la police qui n'a pas donné plus de précisions.

Il est encore "trop tôt" pour lier clairement les deux hommes arrêtés à la rébellion dans l'extrême sud, d'après le patron de la police nationale Jakthip Chaijinda.

Depuis 2004, la Thaïlande, majoritairement bouddhiste, est aux prises avec une insurrection séparatiste dans plusieurs provinces à majorité musulmane frontalières de la Malaisie. Le conflit a fait près de 7.000 morts, en majorité des civils.

Les attentats de ces rebelles indépendantistes se sont faits plus rares depuis le coup d'Etat de 2014. Au total, 218 personnes ont été tuées en 2018 contre près de 900 en 2007, d'après l'organisation Deep South Watch.

Le Premier ministre thaïlandais a imputé les bombes de vendredi à "des personnes mal intentionnées incitant à la violence" pour "détruire la paix et l'image du royaume".

"Nous devons démontrer notre effort collectif pour lutter contre ceux qui ont l'intention de nuire au pays", a-t-il indiqué sur les réseaux sociaux, exhortant la population à "ne pas paniquer" et à "coopérer" avec les autorités.

Les explosions ont notamment retenti près de la tour Mahanakorn appartenant au groupe King Power, propriétaire du club de football britannique de Leicester City, selon la police. Des spécialistes du déminage ont été déployés aux abords du gratte-ciel.

D'autres explosions ont touché une zone entourant un complexe gouvernemental.

- "Semer la confusion" -

"Nous ne savons pas encore combien de personnes sont impliquées", a déclaré à la presse le vice-Premier ministre Prawit Wongsuwon, ajoutant que ces attaques ont "probablement pour but de semer la confusion".

Elles ont eu lieu alors que la capitale thaïlandaise accueille une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays d'Asie du Sud-Est en présence de leurs homologues américain, russe et chinois.

Elles sont survenues quelques minutes avant un discours à 09H00 locales (02H00 GMT) du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, présent à Bangkok pour tenter de contrer l'influence chinoise dans la région.

Les auteurs de ces attentats "tentent de délégitimer, de discréditer et de déstabiliser le sommet thaïlandais et d'embarrasser la Thaïlande en tant que pays hôte", a dit à l'AFP Paul Chambers, spécialiste de politique thaïlandaise à l'Université de Naresuan (nord).

Ces attaques interviennent aussi dans un contexte politique tendu en Thaïlande, quelques semaines après que le chef de la junte militaire est devenu Premier ministre du gouvernement civil.

Son élection début juin par le Parlement était pratiquement acquise car la nouvelle Constitution, adoptée en 2017, octroie à l'armée la nomination des 250 sénateurs.

Et l'opposition a dénoncé de nombreuses fraudes durant ce scrutin, déplorant la façon dont les dés avaient été pipés par les militaires.

En 2009, le sommet des dirigeants de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (Asean) en Thaïlande avait été annulé après l'intrusion massive de manifestants du mouvement des "chemises rouges" dans l'hôtel où se tenait la réunion, à Pattaya.

Vos commentaires