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Aux Etats-Unis, personne n'est à l'abri des balles

 
 

Aux Etats-Unis, 38 vies ont été fauchées dans une école fréquentée par des élèves hispaniques, un supermarché à la clientèle essentiellement noire et sur une foule plutôt blanche lors d'un défilé du 4-Juillet.

Cette série d'attaques sanglantes ont, ces dernières semaines, rappelé une cruelle vérité aux Américains: dans un pays où les armes pullulent, aucune communauté n'est à l'abri des balles.

Pourtant habitués à lire ou à entendre parler de ces drames, les victimes sont à chaque fois sonnées de voir la violence se déchaîner près de chez elles.

"Cette tragédie n'aurait jamais dû arriver à nos portes", a ainsi déclaré la maire d'Highland Park, une petite ville cossue au nord de Chicago, où un tireur embusqué a ouvert le feu sur le défilé de la fête nationale, lundi, faisant sept morts et au moins 35 blessés.

"On voit des choses tragiques à la télévision," a ajouté Nancy Rotering. "Mais quand ça arrive chez vous, c'est difficile de croire que c'est bien la réalité."

D'ailleurs, quand les coups de feu -- près de 70 au total -- ont retenti, les spectateurs ont tardé à réagir. "On a entendu les pop, pop, pop, mais j'ai cru que c'était des feux d'artifices", a expliqué à l'AFP Emily Prazak. "C'était dur de comprendre ce qui se passait..."

A Uvalde, au Texas, où un jeune homme de 18 ans a tué 19 enfants et deux institutrices le 24 mai dans une école primaire, c'est la police qui a tardé à réagir.

Les agents, pourtant armés et entraînés, avaient mis près d'une heure à entrer dans la salle de classe où s'était retranché le tueur.

- "Bon sens" -

Ces deux drames ont choqué les Etats-Unis, tout comme la tuerie raciste dans un supermarché de Buffalo, près de la frontière canadienne, le 15 mai, lors de laquelle dix Afro-Américains ont été tués.

Les trois attaques ont en commun d'avoir été perpétrées par des hommes très jeunes, âgés de 18 à 21 ans, qui ont tiré des dizaines de coups avec des fusils de type AR-15 achetées légalement.

En 1994, le Congrès avait adopté une loi bannissant pour dix ans les fusils d'assaut, conçus pour faire un maximum de victimes, et certains chargeurs à grande capacité. Elle a expiré en 2004 et depuis, les ventes se sont envolées, notamment chez les jeunes.

Les lois fédérales imposent d'avoir 21 ans pour acheter des armes de poing dans des armureries officielles, mais de nombreux Etats autorisent l'achat de fusils, y compris d'assaut, dès 18 ans.

Après la tragédie d'Uvalde, le président Joe Biden avait plaidé pour une interdiction des fusils d'assaut, ou a minima pour élever l'âge légal à 21 ans pour s'en procurer. "C'est une question de conscience et de bons sens", avait-il plaidé. En vain: les élus ont adopté en juin une timide réforme qui ne comprend pas cette mesure.

- "Fléau américain" -

Ces carnages ont particulièrement marqué les esprits en raison des cibles choisies, mais ne représentent qu'une infime partie de la violence des armes aux Etats-Unis.

Selon le site Gun Violence archives, qui recense chaque incident, plus de 22.000 personnes ont été tuées par balles depuis le début de l'année, dont 12.000 lors de suicides.

Le site recense aussi 315 fusillades ayant fait plus de quatre victimes (morts ou blessés), dont 20 pendant le week-end prolongé du 4-Juillet.

"Comment notre pays peut-il laisser faire ça?", s'est indigné JB. Pritzker, le gouverneur démocrate de l'Etat d'Illinois où est situé Highland Park, en évoquant "un fléau typiquement américain".

"Cette violence est horrible mais logique dans un pays qui a trop d'armes et pas assez de lois", a commenté Shannon Watts, la fondatrice de l'organisation Moms demand Action, qui milite pour un meilleur encadrement des armes à feu.

Près de 400 millions d'armes sont en circulation dans le pays et la Cour suprême a consacré à la fin juin le droit des Américains à les porter en dehors de leur domicile.

"L'industrie des armes, ses alliés au Parlement et la Cour suprême rendent le pays moins sûr", a commenté Shannon Watts, en appelant les électeurs à prendre leurs responsabilités lors du scrutin de mi-mandat, en novembre: "Si les élus ne veulent pas changer les lois, nous allons changer le Congrès !"


 

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