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Biden, "machine à gaffes": inquiétant ou délicieusement authentique?

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Joe Biden, le 8 août 2019, à Des Moines, dans l'Iowa Alex Edelman

Connu de longue date pour ses "gaffes", le favori de la primaire démocrate Joe Biden a multiplié cet été les dérapages de langage qui alimentent le doute sur la capacité du septuagénaire à tenir la route d'une longue campagne électorale pour la Maison Blanche.

"Je ne suis pas en train de devenir fou!", a plaisanté la semaine dernière l'ancien vice-président de Barack Obama, âgé de 76 ans, sous les rires, apparemment complices, d'un groupe d'électeurs.

Problème: sa déclaration bon enfant a été largement reprise par tous ceux qui pointent vers les nombreuses déclarations erronées ayant émaillé son été de campagne électorale.

Un dur article du Washington Post affirme jeudi qu'il a mélangé plusieurs anecdotes pour saluer la bravoure d'un militaire.

Joe Biden a balayé cet article --"ce que j'ai dit était absolument correct"-- dans un entretien au Post and Courier, avant de rejeter les inquiétudes sur son côté gaffeur: "C'est ridicule".

Pourtant, ses faux pas à répétition préoccupent bien certains démocrates pour qui la priorité absolue est de choisir "le" candidat qui pourra battre le président républicain Donald Trump en 2020.

Ils craignent qu'avec ses gaffes, ajoutées aux doutes sur sa forme physique, le grand favori chez les démocrates ne prête le flanc à de féroces attaques du président, qui le surnomme déjà "Joe l'endormi" et a mis en doute sa santé mentale.

D'autant que l'été de Joe Biden a été particulièrement truffé de déclarations... surprenantes.

Juste après les fusillades meurtrières d'El Paso, au Texas, et de Dayton, dans l'Etat de l'Ohio (31 morts au total), début août, il avait ainsi déploré les "tragiques événements à Houston", également au Texas, "et aussi dans le Michigan", un tout autre Etat... avant de rectifier.

Peu après, il faisait de nouveau parler de lui en lançant que "les enfants pauvres sont aussi intelligents et talentueux que les enfants blancs". Là aussi, il s'est vite repris --"que les enfants riches"--, mais la phrase a largement circulé.

Et à la même période, il a tonné d'un ton convaincu, en plein discours, "Nous choisissons la vérité plutôt que les faits", s'embrouillant dans sa phrase habituelle destinée à critiquer Donald Trump: "Nous choisissons la vérité plutôt que la fiction".

La réputation de gaffeur de ce vétéran de la politique n'est pas nouvelle.

En 2007, il avait notamment salué en Barack Obama le premier candidat noir "intelligent, propre, qui s'exprime bien".

Sur un plan plus sensible, il a aussi été dénoncé en 2019 par plusieurs femmes pour ses gestes d'affection jugés trop marqués.

- "Gaffeur", mieux qu'un Trump "menteur" -

"L'une des choses compliquées pour l'équipe de campagne de Biden, c'est que l'idée circule maintenant qu'il est un habitué des gaffes et qu'il est trop vieux", souligne Robert Boatright, professeur à l'université Clark.

Il sait que "chaque fois qu'il va se tromper, on va tenter d'inscrire cela dans le cadre de ce récit, tandis que les autres candidats peuvent faire des erreurs sans que personne ne les remarque".

Très connu et encore largement populaire chez les démocrates, Joe Biden suit un agenda plus léger sur le terrain de la campagne que celui de certains rivaux qui doivent encore se faire un nom.

Mais cela alimente l'image d'un candidat plus fatigué que les prétendants d'âges comparables bien plus actifs. Deuxième dans la course à l'investiture démocrate, Bernie Sanders a 77 ans, et Elizabeth Warren, troisième, 70 ans... En face, Donald Trump a 73 ans.

Sur le terrain en tout cas, les électeurs semblent lui rester fidèles, pardonnant ces dérapages à un candidat qu'ils jugent sympathique et authentique, et accusant les médias de grossir les polémiques.

"Tous les électeurs interrogés sur ses gaffes dans cet article parlent d'à quel point @JoeBiden est vrai, a du coeur, et les comprend", a souligné vendredi sa directrice de communication Kate Bedingfield en retweetant un article en ce sens.

Joe Biden lui-même, en 2018, avait reconnu sa propension à déraper, mais avait du même coup taclé Donald Trump: "Je suis peut-être une machine à gaffes, mais mon Dieu, quelle chose merveilleuse comparée à un homme qui ne peut pas dire la vérité".

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