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Bulgarie: élection controversée d'un nouveau procureur général jugé trop proche du pouvoir

(Belga) Le conseil supérieur de la magistrature bulgare a élu jeudi un nouveau procureur général, Ivan Guechev, sur fonds de protestations mettant en cause l'indépendance du seul candidat au poste le plus élevé de la magistrature, dans un pays régulièrement épinglé pour sa corruption endémique.

M. Guechev, 48 ans, était jusqu'ici adjoint du procureur général sortant Sotir Tsatsarov critiqué par l'opposition pour sa proximité supposée avec le gouvernement conservateur. Lors d'une audience de huit heures devant l'instance de nomination des magistrats, M. Guechev a assuré vouloir "renforcer l'efficacité des organes d'investigation", notamment contre la corruption, le terrorisme et la criminalité organisée. Il a estimé que sa candidature faisait l'objet d'une campagne hostile menée par "des cercles politico-économiques" craignant les enquêtes. Défendue par des organisations de procureurs et de commissaires de police, la procédure de désignation de M. Guechev a été critiquée par le conseil supérieur des avocats et des ONG des droits de l'Homme. "Il s'agit d'une nomination, pas d'une élection. Ivan Guechev est le choix d'un lobby politique et économique", a déclaré Me Mihail Ekimdjiev, un avocat connu pour soutenir des plaintes auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme. Des manifestations contre l'élection de M. Guechev se sont tenues au cours des dernières semaines à Sofia. Jeudi, les protestataires ont de nouveau bloqué des carrefours du centre-ville brandissant des banderoles avec les slogans "Mafia" et "Guechev est une honte". Plusieurs ONG ont appelé le président Roumen Radev à imposer son véto à l'élection de M. Guechev. Le procureur général, nommé pour sept ans, est l'une des figures les plus puissantes de Bulgarie. Il supervise le travail de tous les autres procureurs et a le dernier mot sur l'opportunité de lancer ou d'arrêter une enquête. Aucun dispositif ne permet d'engager sa responsabilité et cette absence de garde-fou a fait l'objet de critiques d'organisations internationales comme la Cour européenne des droits de l'homme ou la Commission européenne. Dans son dernier rapport sur les réformes du système judiciaire bulgare publié au début de la semaine, l'exécutif européen a salué les progrès accomplis, tout en exhortant le pays à concrétiser ses engagements pour lutter contre la corruption. Douze ans après son adhésion à l'Union européenne en 2007, la Bulgarie reste le membre le plus corrompu des Vingt-Huit, selon l'indice de perception de la corruption de Transparency International, et est, avec la Roumanie, l'objet d'un mécanisme spécial de surveillance de l'UE. (Belga)

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