Crise politique au Nicaragua - Le jugement de la Belgo-Nicaraguayenne Amaya Coppens à nouveau reporté

(Belga) Le jugement de la Belgo-Nicaraguayenne Amaya Coppens, emprisonnée depuis septembre au Nicaragua, annoncé pour lundi, a été reporté, a annoncé en soirée son frère, Diego, lors d'une conférence à Bruxelles sur la situation dans le pays. Cette étudiante en médecine est notamment accusée d'avoir érigé des barricades et d'avoir incendié un bâtiment de l'université lors des manifestations dans la ville de Leon (ouest). Le pays compte près de 800 prisonniers politiques depuis la répression par le régime de Daniel Ortega.

Diego Coppens a tenu a souligner "l'ampleur" de cette répression, lors d'une conférence organisée à Bruxelles en présence de plusieurs figures de la communauté nicaraguayenne. "Amaya est présente depuis le début de la contestation et elle a décidé depuis le premier jour d'assumer son engagement", a-t-il déclaré. "Elle n'a jamais voulu être une vedette ou se prendre pour un chef car elle était très réservée. Lorsque des députés européens se sont rendus au Nicaragua, ils ont rendu visite à Amaya, car c'est un cas connu en Europe. Elle leur a dit 'Ce n'est pas moi qu'il faut faire sortir, c'est tout le monde'", a-t-il ajouté. Lorsque sa sœur a été jetée en prison, il raconte avoir d'abord ressenti un soulagement, "car nous savions où elle était et qu'elle n'avait pas été assassinée". "Ensuite, on a vu sa photo, entourée de deux policiers, et elle sourit. Je crois que ce message est très fort. Cela montre le courage de tous ces jeunes que l'on accuse de terrorisme." "Le combat continue en prison. Ils n'ont par réussi à les mettre à genoux", poursuit son frère qui quittera la Belgique cette semaine pour poursuivre ses études. Diego Coppens s'est dit "très reconnaissant" pour tout le soutien apporté à sa famille. "Notre espoir est que la communauté internationale fasse pression", a également plaidé Francisca Ramírez Torres, agricultrice et militante des droits des paysans. "La situation est encore plus difficile aujourd'hui. Des mères perdent leurs fils et des prisonniers sont torturés. Nous n'avons plus de liberté d'expression." "Le seul point de départ acceptable aux négociations est le respect sans condition des droits humains", a enchaîné Mónica López Baltodano, née dans une famille de militants de la révolution sandiniste. "Nous exigeons la libération absolue des près de 800 prisonniers, l'annulation de leur procès et que les crimes commis fassent l'objet d'enquêtes. Il faut une pression nationale et internationale. Notre espoir se trouve dans la rébellion massive." Cette conférence, organisée par le Centre Tricontinental (CETRI), le Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM), Monde selon les femmes, le CNCD-11.11.11, SOSNicaragua Bélgica et la FIDH, était aussi l'occasion de donner la parole aux victimes, comme cette mère de famille dont le fils de 24 ans a été assassiné le 20 avril 2018. "C'était un citoyen comme un autre qui ne représentait un danger pour personne. (...) La ministre de la Famille s'est rendue chez ma fille pour lui proposer 20.000 dollars et une maison pour qu'elle se taise. Mais la mort de mon fils ne peut pas être négociée. Justice n'a pas été rendue." Samedi, au lendemain d'un accord entre le gouvernement et l'opposition visant à apaiser la crise politique qui dure depuis près d'un an, trois manifestants antigouvernementaux ont été blessés par balles à Managua par un homme qui a ensuite été passé à tabac par la foule. Dans un communiqué, la police a accusé les manifestants d'avoir troublé l'ordre public et d'avoir lynché cet homme. La répression au Nicaragua a fait 325 morts en 11 mois et entraîné le départ en exil de quelque 50.000 personnes, principalement vers le Costa Rica, selon les ONG. (Belga)

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