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Dans la vallée du Jourdain, colons ravis et Palestiniens fatalistes

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"Je n'en ai pas dormi de la nuit", frétille David Elhaiini, contemplant un panorama de plantations de palmiers dattiers depuis son balcon dans une colonie israélienne de la vallée du Jourdain, dans l'est de la Cisjordanie occupée.

"J'étais tellement content", se justifie celui qui dirige le Conseil qui gère les colonies de la vallée du Jourdain. Mardi soir, il a écouté le Premier ministre Benjamin Netanyahu promettre d'annexer quasiment toute la vallée du Jourdain s'il était réélu aux élections du 17 septembre.

Rongée en été par un soleil de plomb, cette région agricole correspond à 30% de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Environ 65.000 Palestiniens y vivent. Et un peu moins de 10.000 colons israéliens, installés ici illégalement aux yeux de la communauté internationale.

L'annonce de M. Netanyahu n'était "pas totalement une surprise", admet David Elhaiini, disant parler au nom des colons de la région.

Il s'exprimait depuis son bureau dans la colonie d'Arvot HaYarden, repoussant de la main une petite céramique où sont posées quelques dattes, la principale production agricole locale. Lui s'est installé dans une autre colonie ici à l'âge de 23 ans, en 1983. "Il n'y avait rien" à l'époque.

"Depuis juin, nous savons que le plan de Trump incluait la vallée du Jourdain en Israël", sourit-il, avant d'ajouter: "on ne peut rien sans les Américains".

Depuis son arrivée à la Maison blanche, Donald Trump soutient quasiment sans faillir la politique de M. Netanyahu. Et il a promis de dévoiler prochainement son plan pour tenter de résoudre le conflit israélo-palestinien.

- Sécurité -

Coincée entre deux massifs désertiques, irriguée par le fleuve du Jourdain, aujourd'hui réduit à un ruisseau, la vallée du Jourdain s'étire sur près de 85 km le long de la frontière avec la Jordanie.

Et cette plaine est quasi exclusivement sous contrôle d'Israël qui la considère comme essentielle à sa sécurité.

D'ailleurs, selon l'ONG anti-colonisation B'Tselem, 56% de la vallée est réservé à l'usage militaire.

"Sécurité et colonies marchent main dans la main", affirme David Elhaiini. "Quand il y a un tracteur, il y a une paire d'yeux en plus" pour surveiller la zone.

Selon lui, 70% des familles de colons travaillent dans l'agriculture qui emploie aussi 6.000 ouvriers palestiniens chaque jour.

Et la principale culture, c'est la datte.

Loin de la colonie, dans le village palestinien de Jeftlek, Mohamed Abou Saada, montre les siennes, qu'il tient au creux de sa paume, ovales, brunes, prêtes à être empaquetées. "Ce sont les medjoul, les meilleures dattes du monde!"

Le business marche bien et Mohamed Abou Saada compte encore agrandir l'usine où s'affairent déjà quarante ouvriers.

"Personne ne nous a aidés ici, que ce soit les Israéliens ou les Palestiniens, rien!" souligne le Palestinien de 69 ans à la peau acajou, présentant fièrement une nouvelle extension de l'usine.

- Fatalistes -

Ici, tout doit être construit avec un permis israélien, très difficile à obtenir.

Selon B'Tselem, 85% des terres dans la vallée ne sont pas accessibles pour les Palestiniens. "Israël a traité cette zone comme si c'était la sienne, depuis 52 ans!", considère Roy Yellin, directeur des relations publiques de l'organisation.

Mohamed Abou Saada a dormi, lui, cette nuit. Netanyahu "ne fera rien, il n'a jamais rien fait, il fait ça juste pour les élections", marmonne-t-il, dubitatif.

Mais si effectivement demain la zone devenait une partie d'Israël, "ça risque d'être pire", selon lui. Déjà aujourd'hui, "quand je m'aventure hors de mes terres, j'ai peur de sortir. On est sous occupation".

Un peu plus loin, à l'entrée du village palestinien de Marj Ghazal, niché dans une colline poussiéreuse qui donne sur les plantations de palmiers, Jalal Abou Jarrar vient d'ouvrir une station service.

Comme un peu partout dans le coin, "parfois on a de l'eau, parfois on n'en a pas. Pareil avec l'électricité". "Et encore, c'est mieux qu'avant, où on n'avait que de l'eau salée!", s'exclame le trentenaire, cheveux noirs frisés et sourire éclatant.

Le visage devient soudain plus sombre: "Mais c'est déjà comme si c'était en Israël. Qu'est-ce qui va changer ? Ici, on est sous contrôle total israélien. Il n'y aura rien de nouveau".

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