Dieux et pêcheurs se ruent à la plage pour le Nouvel an chinois

C'est encore l'hiver, mais l'heure est au bain de mer pour les dieux d'un village de pêcheurs du sud-est de la Chine, qui depuis des siècles célèbrent le Nouvel an en implorant les flots de remplir leurs filets.

Les stocks de poisson sont en berne en mer de Chine orientale: il est donc plus important que jamais de célébrer comme il convient "la Ruée des dieux de la mer" dans les semaines qui suivent le Nouvel an chinois, tombé cette année le 16 février.

Portés à bout de bras dans des palanquins, une vingtaine d'habitants du village de Fuye, situé face à Taïwan dans l'île de Nanri, sont amenés dans les vagues au son des pétards et des cymbales. Déguisés en divinités marines, ils ont pour mission de favoriser le sort durant l'année nouvelle: une mer calme et du poisson.

Le village de 5.000 habitants, qui semble à des années-lumière des métropoles modernes de la Chine côtière, a grand besoin de bienveillance divine: les prises diminuent et les accidents de pêche amènent leur lot de victimes.

"Beaucoup de gens sont morts l'an dernier et j'ai à peine gagné ma vie. La vie est si dure aujourd'hui", assure Zhou Rongbin, un pêcheur âgé de 28 ans, expliquant que les habitants du village ne connaissent rien d'autre que la pêche.

"Je n'avais jamais vu une fête aussi triste", déclare-t-il à l'AFP.

La plupart des pêcheurs ne peuvent s'offrir que de modestes canots en bois, sur lesquels ils emportent des statuettes de dieux du panthéon taoïste, afin d'assurer leur protection.

"Nos dieux, nous pouvons leur demander de nous protéger en mer mais ce n'est pas eux qui nous apporteront le poisson ou nous diront où le trouver", se résigne Zhou Rongbin, qui s'est mis à l'anglais dans l'espoir de trouver du travail sur un navire-usine.

Plus au nord, à Huangqi, les habitants ont leur version locale de la prière aux dieux de la mer, comme dans de nombreuses communes de la province du Fujian.

Pendant des mois, Lin Qianzun a confectionné la tête géante d'une divinité au visage blanc et à la barbe noire, chargée elle aussi de protéger les pêcheurs en mer.

La légende raconte que le dieu, ramené à l'état humain, fut décapité. Sa tête tomba dans la mer, où elle fut récupérée par les habitants de la ville.

Après une procession dans les rues de Huangqi, la réplique de la tête divine est remplie de faux billets de banque et incendiée: le dieu peut regagner le ciel avec de quoi assurer sa subsistance pendant l'année qui s'ouvre.

"C'est une belle légende. Quand je le regarde, la tête est tellement réaliste, j'ai l'impression qu'il prend vie", s'enthousiasme Lin Qianzun.

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