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En mer Baltique, la traque des filets de pêche "fantômes"

En mer Baltique, la traque des filets de pêche

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Chaluts, cordes et lignes... Dans la Baltique, la Finlande traque les filets de pêche "fantômes", dévastateurs pour la faune et la flore d'une mer à l'écosystème déjà très fragile.

"Ils piègent des poissons, qui mourront et pourriront, mais aussi des oiseaux et des mammifères marins", comme des dauphins ou des baleines, explique à l'AFP Pekka Kotilainen, chercheur à l'Institut finlandais de l'environnement en charge du projet.

Autre problème: le plastique se dégrade sous l'effet des courants marins, libérant des microplastiques aux effets toxiques.

L'ONU estime que sur l'ensemble des déchets plastiques présents dans les mers et les océans, un dixième provient de ces filets abandonnés.

Les repérer et les repêcher est un travail fastidieux. Beaucoup sont quasi-invisibles, plongés dans les abîmes marins, et peuvent s'accrocher sur des rochers et autres épaves de bateaux.

- Opération filets fantômes -

Fin août, Pekka Kotilainen et son équipe ont lancé le tout premier projet finlandais de recherche de filets fantômes dans les eaux côtières du "pays aux 180.000 lacs".

La mer Baltique, l'un des passages maritimes les plus empruntés au monde, a été désignée par l'Union européenne et les ONG environnementales comme nécessitant une attention particulière et urgente face à ses niveaux élevés de pollution, d'origine agricole et industrielle essentiellement.

La mer Baltique est victime d'une eutrophisation, ce processus d'enrichissement des eaux par apport excessif d'éléments nutritifs qui entraîne prolifération végétale, appauvrissement en oxygène et déséquilibre de l'écosystème.

Les algues prolifèrent, la ressource halieutique (saumon, cabillaud, anguille) diminue, les autorités sanitaires recommandent aux femmes enceintes de s'abstenir de consommer du poisson pêché dans ces eaux.

Contrairement aux autres pays riverains - comme la Suède et l'Allemagne - la Finlande ne s'était encore jamais attaquée au fléau des filets fantômes.

"En Finlande, nous sommes un peu en retard", concède Pekka Kotilainen. "De nombreux pays l'ont déjà fait auparavant."

Après des mois de recherche et d'essais, l'équipe en charge du projet a identifié un certain nombre de zones au large de la côte ouest finlandaise - prisée pour la pêche au saumon, au hareng et à la perche - comme étant probablement des zones regorgeant de filets fantômes.

Elle a ensuite équipé deux bateaux de pêche de crochets lestés, "conçus pour être aussi souples que possible", afin de ratisser les fonds marins.

En cette journée de septembre, la houle fait tanguer le Kalkas, un chalutier blanc et rouge armé pour la mission.

Au départ du port de Reposaari, son équipage mettra une demi-heure pour rejoindre le site du jour avant de démarrer les opérations et plonger à 14 mètres de profondeur pour balayer trois kilomètres de mer et remonter... les crochets vides.

Au cours des trois premières semaines, "nous avons dragué un peu plus de 300 kilomètres (...). Dans environ 10% (des cas), nous avons attrapé quelque chose", explique Pekka Kotliainen.

L'équipe a déjà repêché quelque 1.000 mètres de filets abandonnés, ainsi que de nombreux cordages, poids et autres outils de pêche.

- Argent jeté à la mer -

Après avoir analysé la quantité d'objets repêchés, l'équipe proposera d'étendre ou non l'initiative à d'autres régions.

Parmi les objectifs visés, il s'agira également de trouver un moyen de recycler les plastiques repêchés, ainsi que les quantités de filets abandonnés qui jonchent les ports finlandais.

Pour Markku Saiha, de l'Association finlandaise des pêcheurs, les professionnels du secteur doivent être davantage sensibilisés à l'impact des filets fantômes sur l'environnement.

"Il y a beaucoup de choses à faire", déclare-t-il à l'AFP. "Nous devons dire aux gens que le risque est là et perdure s'ils abandonnent leurs filets sur l'archipel ou la côte".

Les filets abandonnés représentent également un risque pour la sécurité des petits bateaux, précise Markku Saiha, et un coût pour les pêcheurs.

"C'est de l'argent. Personne ne veut laisser de l'argent au fond de la mer".

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