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Guatemala: corruption et pacte migratoire avec Washington dominent le scrutin présidentiel

La corruption qui gangrène le pays et le pacte migratoire humiliant imposé par Donald Trump sont au coeur des préoccupations des huit millions de guatémaltèques appelés à élire dimanche le président qui succèdera à Jimmy Morales dont le mandat a été entaché de scandales.

Un dernier sondage publié jeudi par le quotidien Prensa Libre, donne un large avantage au candidat conservateur, le médecin de droite Alejandro Giammattei, en lui attribuant 61,1% d'intentions de vote.

Son adversaire, la sociale démocrate Sandra Torres, pourtant arrivée en tête au 1er tour en juin, n'est créditée que de 38,9% des intentions de vote

Les deux candidats assurent qu'ils lutteront contre la corruption, mais cette volonté affirmée se heurte au scepticisme de leurs opposants et des analystes.

Il est vrai que la seule candidate qui avait vraiment fait de ce combat son cheval de bataille, l'ancienne juge anti-corruption Thelma Aldana, a été écartée de la compétition grâce à d'obscures accusations et est aujourd'hui en fuite à l'étranger et sous le coup d'un mandat d'arrêt.

Tant Mme Torres que M. Giammattei ont annoncé qu'ils se passeront de l'aide de la CICIG, la mission anti-corruption de l'ONU, déclarée indésirable pour avoir mis en accusation le président sortant Jimmy Morales.

La CICIG a commencé ses travaux en 2007 pour lutter contre les réseaux criminels et corrompus au coeur de l'appareil d'Etat, hérités de la guerre civile qui a fait plus de 200.000 morts et disparus entre 1960 et 1996.

- "Pays tiers sûr" -

La mission onusienne a notamment à son actif la chute en 2015 du président Otto Perez, dénoncé comme étant à la tête d'un vaste réseau douanier de corruption, de fraude et de détournement de fonds grâce à des dessous-de-table versés pour échapper aux taxes d'importation.

Les deux candidants prévoient de créer des institutions anti-corruption guatémaltèques, avec le soutien de la communauté internationale.

Des projets jugés "très faiblards" par Manfredo Marroquin, politologue et candidat malheureux à la présidence, évincé au 1er tour.

Samuel Perez, élu député du parti Semilla (semence) créé dans la chaleur des manifestations contre la corruption et contre le président déchu Otto Perez, craint que les deux candidats n'aient surtout comme objectif d'enterrer les enquêtes ouvertes contre eux deux à l'instigation de la CCIG.

A la préoccupation lancinante du combat anti-corruption, est venue s'ajouter récemment l'humiliation d'un pacte migratoire arraché par Donald Trump.

Selon la Maison Blanche le Guatemala serait dorénavant considéré comme un "pays tiers sûr" auprès duquel les demandeurs d'asile devront effectuer leurs premières démarches.

Au Guatemala, où 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté, l'opacité entourant la négociation et la signature de l'accord a soulevé un tollé.

Pour nombre de responsables d'ONG, le Guatemala ne peut recevoir les migrants en route pour les Etats-Unis alors qu'il n'arrive même pas à subvenir aux besoins de sa propre population. En outre, ce pays du "triangle nord" d'Amérique centrale fournit lui-même, avec ses voisins du Honduras et du Salvador, parmi les plus forts contingents de candidats au "rêve américain".

- Forte opposition -

A l'origine, c'est le président Morales et son homologue américain qui devaient parapher le document le 15 juillet. Mais le chef de l'Etat guatémaltèque avait reporté sine die sa visite à Washington devant la levée de boucliers que provoquait la perspective de ce pacte.

Furieux, Donald Trump a alors imposé la conclusion de l'accord en menaçant de taxer les importations guatémaltèques des Etats-Unis, ainsi que les transferts d'argent des émigrés à leurs proches restés au pays (près de 9,3 milliards de dollars l'année dernière, soit presque autant que les exportations du pays).

Environ 1,5 million de Guatémaltèques résident aux Etats-Unis, dont 300.000 à 400.000 légalement, selon une estimation officielle.

Les chefs d'entreprise guatémaltèques, soulagés de voir s'éloigner les menaces de sanctions américaines, ont été les seuls à se réjouir de la conclusion de l'accord.

La Cour constitutionnelle est saisie de plusieurs recours contre le pacte migratoire.

La forte opposition à ce pacte migratoire se manifeste aussi dans la rue, sur les routes où des barrages sont érigés sporadiquement, et par l'occupation par des étudiants de l'Université publique de San Carlos.

De leur côté, les deux candidats à la présidence se sont montrés jusqu'ici d'une grande prudence dans leurs commentaires.

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