L'hostilité commerciale entre Pékin et Washington redouble d'intensité

L'hostilité commerciale entre Pékin et Washington redouble d'intensité
Le président américain Donald Trump, le 5 avril 2018 à bord de l'avion présidentiel Air Froce One à WashingtonNicholas Kamm
Chine

La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis n'a jamais semblé aussi proche, Pékin se montrant inflexible vendredi face à la dernière offensive de Donald Trump qui menace de tripler les taxes sur les importations chinoises.

Les déclarations hostiles sont devenues quotidiennes cette semaine de part et d'autre du Pacifique.

La Chine se battra avec force et "détermination" si les Etats-Unis publiaient une nouvelle liste de taxes sur les importations chinoises, a averti vendredi le porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères.

"Cela nuit aux intérêts vitaux de la Chine et nuit encore davantage aux intérêts communs de l'économie mondiale", a-t-il déclaré. "Confronté à une telle situation, nous devons nous battre avec détermination", a-t-il justifié.

"J'ai demandé au ministère du Commerce d'examiner si 100 milliards de dollars supplémentaires de tarifs douaniers seraient adaptés en application de l'article 301 (sur la propriété intellectuelle) et, dans ce cas, d'identifier les produits sur lesquels ils pourraient être imposés", avait annoncé jeudi soir le président américain.

Ces nouveaux tarifs s'ajouteraient aux quelque 50 milliards de dollars de taxes déjà brandies le 3 avril par Washington.

"Si les Etats-Unis ignorent l'opposition de la Chine et de la communauté internationale et persistent dans leurs mesures unilatérales et protectionnistes, la Chine est prête à aller jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix", a insisté Pékin.

- "Pas sans peine" -

"Je ne dis pas que cela se fera sans peine", a reconnu Donald Trump à une radio locale de New York, déterminé à réduire le déficit commercial des Etats-Unis avec le géant asiatique (375,2 milliards de dollars en 2017) qu'il impute aux pratiques commerciales jugées "déloyales" de Pékin.

Le représentant américain au commerce (USTR) Robert Lighthizer a de nouveau dénoncé des pratiques chinoises qui relèvent, selon les Américains, du pillage de la propriété intellectuelle des entreprises américaines qui veulent travailler en Chine ou y font déjà des affaires.

Le conseiller économique du président, Larry Kudlow, a en outre souligné que les Etats-Unis étaient "sérieux sur la question" et qu'il fallait "accuser la Chine, pas Trump", lors de déclarations à la Maison Blanche.

Mais face à la volatilité des marchés qui redoutent une véritable guerre commerciale, il a parallèlement tenté de calmer le jeu soulignant que pour l'heure, aucune menace n'était effective puisque les taxes proposées sont soumises à une période de consultation qui peut durer deux mois. "Nous espérons que tout cela finira bien", a-t-il même déclaré.

- Appel chinois au ralliement -

La Chine s'efforce, de son côté, de rallier à sa cause l'Union européenne, qui se trouve également sous la pression de Washington sur le dossier de l'acier et de l'aluminium.

"La Chine et l'UE ont pour responsabilité de faire respecter l'ordre commercial multilatéral basé sur des règles (...) nous devons agir ensemble", a affirmé l'ambassadeur chinois auprès de l'UE, Zhang Ming.

Contrairement à la Chine, les 28 états membres de l'UE ont pour le moment été exemptés des 25% de taxes sur leurs exportations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium à destination des Etats-Unis, tarifs promulgués le 8 mars.

Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, en visite à Moscou jeudi, avait déjà appelé à la mobilisation internationale contre Washington "pour défendre dans son ensemble la croissance de l'économie mondiale et aider ceux qui pensent que tout leur est permis à retrouver le bon sens".

Pékin a en outre décidé de jouer la carte de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en formulant une nouvelle plainte contre "les mesures tarifaires visant des produits chinois" que les Etats-Unis entendent mettre en place.

Cette mesure a suscité l'agacement du président américain qui a incriminé de nouveau cette instance internationale, "injuste avec les Etats-Unis". Selon lui, la Chine y bénéficie au contraire d'un traitement de faveur en raison de son statut "de pays en voie de développement".

Avant de saisir l'OMC, Pékin avait déjà fait preuve de fermeté en répliquant à Washington avec une liste visant des produits américains stratégiques dont le soja, l'automobile et l'aéronautique pour un montant équivalent aux premières mesures annoncées par Washington en début de semaine.

Pékin a pris soin d'établir une liste de produits à taxer pour frapper le plus durement possible des régions qui ont voté en faveur de Donald Trump, ont observé des experts. Une manière d'exercer un maximum de pression sur Donald Trump avant les élections de mi-mandat prévues le 6 novembre.

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