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Indonésie : un étudiant tué dans une manifestation contre des lois controversées

Un étudiant a été tué en Indonésie jeudi, au quatrième jour d'une vague de manifestations à travers le pays de jeunes qui protestent contre des lois controversées, mettant le gouvernement en difficulté.

Cette vague de manifestations contre une réforme qui risque d'affaiblir l'agence de lutte contre la corruption, et une révision du code pénal vue comme liberticide, est la plus importante en Indonésie depuis le soulèvement ayant abouti à la chute du dictateur Suharto en 1998.

"Un étudiant blessé dans la foule" à Kendari, sur l'île de Célèbes, a confirmé la police. "Il a été emmené à l'hôpital et déclaré mort alors que les médecins tentaient de le sauver", a précisé Harry Golden Hart, porte-parole de la police du sud-est de l'île, interrogé sur la chaîne Metro TV.

"Il a reçu une blessure à la poitrine, mais je ne peux pas confirmer de quel type de blessure il s'agit", a ajouté le porte-parole, affirmant que les policiers ne disposaient ni de balles réelles ni de balles en caoutchouc.

Cette mort est la première confirmée par les autorités depuis le début d'une vague de protestations violentes cette semaine.

Des manifestations ont été organisées dans de nombreuses villes du pays, faisant des centaines de blessés. Amnesty international a appelé à l'ouverture d'une enquête sur "des violences policières de grande ampleur".

La première victime de ces manifestations, un jeune homme de 21 ans, a succombé à une blessure à la poitrine alors que des émeutes secouaient Kendari, où le parlement local a été incendié jeudi.

Des milliers d'étudiants ont manifesté aussi à Banda Aceh, sur l'île de Sumatra ou à Surabaya sur l'île de Java, la deuxième ville du pays.

- Sexe hors mariage interdit -

Les députés indonésiens devaient voter cette semaine une révision drastique du code pénal, qui a déclenché un concert de protestations.

Des peines de prison sont notamment prévues dans le projet de loi pour les relations sexuelles hors mariage ou entre personnes du même sexe. Et le fait de "montrer ou d'offrir" des moyens de contraception à des mineurs deviendrait illégal.

Le projet prévoit aussi une application plus large de la loi controversée sur le blasphème qui inquiète les minorités dans ce pays qui compte la plus grande population musulmane au monde. Il envisage d'interdire les "insultes" envers le président ou le vice-président.

Devant les critiques, le chef de l'Etat Joko Widodo avait demandé la semaine dernière à ce que l'examen du code pénal soit repoussé à la session parlementaire suivante, en octobre.

Les étudiants sont aussi en colère contre des mesures qui amputent les pouvoirs de l'agence de lutte contre la corruption (KPK), une institution respectée dans le pays qui n'hésite pas à enquêter au sein de l'exécutif.

- Recul de l'exécutif -

Jeudi, le président indonésien a semblé reculer sur la réforme de cette agence, indiquant qu'il réfléchissait à un décret pour la modifier. "On m'a donné beaucoup de retours sur la loi", et "bien sûr je vais envisager" une révision, a indiqué le président au cours d'une conférence de presse.

La police a arrêté plus de 500 étudiants après une nuit de violences à Jakarta mercredi entre des manifestants qui ont lancé des cocktails molotov et la police qui a répliqué avec du gaz lacrymogène. Le parlement local de la ville de Padang sur l'île de Sumatra a aussi été envahi.

Les étudiants ont publié une longue liste d'exigences, parmi lesquelles la révision des articles controversés du code pénal, le retrait des troupes de Papouasie ou la fin des feux de forêt à Sumatra et Bornéo.

La révision du code pénal - qui date de l'époque coloniale néerlandaise - est en discussions depuis plusieurs décennies. Elle avait déjà été repoussée l'an dernier.

Mais les efforts des groupes musulmans conservateurs pour durcir le code pénal sur les aspects de morale sexuelle sont décriés par les défenseurs des droits et de nombreux citoyens de ce pays de 260 millions d'habitants.

Longtemps montrée en exemple pour la tolérance entre les différentes religions et cultures de l'archipel, l'Indonésie a pris un tournant plus conservateur sous l'influence de mouvements musulmans traditionalistes.

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