Jeanne d'Arc 2018: enquête préliminaire sur des tweets racistes

Jeanne d'Arc 2018: enquête préliminaire sur des tweets racistes
La statue de Jeanne d'Arc à Orléans le 8 février 2018CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
histoire

Le procureur de la république à Orléans a ouvert mercredi une enquête préliminaire pour "provocation publique à la discrimination et la haine raciale" à propos de deux tweets comparant à un singe une jeune métisse désignée pour incarner Jeanne d'Arc.

L'annonce lundi dernier de ce choix a déclenché sur les réseaux sociaux un déferlement de commentaires injurieux des tenants de la droite identitaire.

Deux tweets ont attiré l'attention du procureur à Orléans qui a dit à l'AFP avoir saisi la sûreté départementale d'Orléans, confirmant ainsi une information de France Bleue. L'objectif est d'"identifier les auteurs de ces tweets qui relèveent clairement de l'application de la loi pénale", a dit le magistrat. L'auteur du premier compare la jeune fille à un babouin, et le second, répondant au premier, montre une photo de bananes, a-t-il précisé.

Les faits sont passibles d'une peine de cinq ans de prison, a-t-il précisé.

Mathilde Edey Gamassou --qui a des origines béninoises par son père et polonaises par sa mère-- a été choisie parmi environ 250 candidates pour être la cinquantième incarnation de Jeanne d'Arc lors des fêtes johanniques célébrant chaque année au printemps la victoire en avril 1429 de la pucelle sur les Anglais qui assiégeaient Orléans.

La secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre femmes et hommes, Marlène Schiappa, a apporté jeudi "tout (son) soutien" à la lycéenne. "Jeanne d'Arc n'appartient pas aux identitaires" et "l'histoire de France non plus", a-t-elle dit. "La haine raciste de la fachosphère n'a pas sa place dans la République française", a tweeté la secrétaire d'État

Bénédicte Baranger, présidente du comité Jeanne d'Arc, déplore la "polémique" et se déclare "triste de penser que ce choix puisse susciter la moindre récupération". La présidente de l'instance qui a décidé de distinguer Mathilde Edey Gamassou a rappelé à l'AFP que "cette jeune fille a été choisie pour ce qu'elle est, une personnalité intéressante et un esprit bien fait".

"Elle répond aux quatre critères de choix que nous nous sommes fixés: résider à Orléans depuis dix ans, être scolarisée dans un lycée orléanais, être catholique et donner du temps aux autres", a-t-elle dit. "Il n'y a aucune provocation, elle portera notre histoire de France à tous, comme l'ont fait les autres Jeanne avant elle.", a-t-elle ajouté.

Sur Twitter, le maire d'Orléans Olivier Carré (indépendant, ex-LR) a réagi en ces termes : "Mathilde a été choisie par le jury. Seul critère: qu'en 2018 comme depuis 589 ans, le peuple d'Orléans célèbre Jeanne d'Arc par une jeune femme qui évoque son courage, sa foi et sa vision. Mathilde possède toutes ces qualités."

Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), s'est déclaré "choqué". Pour lui, le choix de la Jeanne d'Arc 2018 est "à l'image de la ville, populaire, dynamique, audacieuse".

La 589e édition de la célébration de la levée du siège d'Orléans pendant la Guerre de 100 ans se déroulera du 28 avril au 8 mai. Elle sera marquée comme toujours par la chevauchée dans la ville de la jeune fille choisie pour jouer le rôle de la libératrice de la ville, en armure et étendard au poing.

Sur des sites internet d'extrême-droite, ce choix est qualifié de "propagande pro-métissage", marquant le "début d'une tentative de transformer l'histoire en un récit où ce seront les Arabes et les Noirs qui ont fait l'histoire de France depuis les débuts".

"L'an prochain, Jeanne d'Arc sera en burqa", écrit le site anti-musulman Résistance républicaine.

Mathilde Edey Gamassou, 17 ans, élève de 1ère, pratique l'escrime et le chant lyrique au conservatoire d'Orléans.

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