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JO-2018: le ski, sport oublié dans les montagnes enneigées d'Algérie

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Les Algériens scrutaient plus cette semaine les stades de foot européens que les pistes olympiques de Pyeongchang où aucun athlète ne représente leur pays. Méditerranéenne et saharienne, l’Algérie est pourtant aussi montagneuse et le ski y fut pratiqué.

L'hiver, à l'époque coloniale, les Pieds-noirs dévalaient les pentes des stations de Tikjda, en Kabylie, ou de Chréa, surnommée le "Chamonix algérien", perchée à 1.550 m d'altitude au-dessus de Blida (50 km au sud d'Alger).

La Fédération algérienne de Ski et des Sports de montagne (FASSM) a été créée immédiatement après l'indépendance et le ski connaît son apogée dans les années 1970 et 1980, se souvient Amar Kadouche, son actuel président.

Si plus de 500 athlètes algériens ont participé aux Jeux d'été depuis la première participation de l'Algérie en 1964, récoltant 17 médailles, seuls sept ont concouru aux JO d'Hiver, loin des podiums.

Les premiers, trois skieurs et une skieuse alpins, enfants de Tikjda, aux Jeux d'Alberville en 1992. Cette même année en Algérie éclate la guerre civile, point de départ d'une "décennie noire" durant laquelle les montagnes algériennes deviennent un maquis pour les groupes armés islamistes.

"Il y a eu une paralysie presque totale des sports de montagne, les installations se sont détériorées, les remontées sont tombées en panne et ne sont jamais reparties", souligne M. Kadouche.

Depuis, seuls un fondeur et une descendeuse, en 2006 à Turin, puis un fondeur en 2010 à Vancouver, tous franco-algériens et nés en France, ont représenté l'Algérie aux JO d'Hiver.

- 'Tout est artisanal' -

Regroupant ski alpin, escalade, randonnée et "randonnée d'orientation", la FASSM compte 1.500 licenciés, pour un pays de 40 millions d'habitants.

Tous les week-ends pourtant, une longue file de voitures, venues de toute l'Algérie, serpente sur les 19 km de lacets de l'étroite RN 37 qui mène à Chréa, nichée au milieu de forêts de cèdres.

Sur l'unique "piste", la multitude de luges en bois chevauchées en tous sens par adolescents et familles ont relégué au sommet de la pente les rares skieurs. Ils slaloment entre quelques piquets avant de remonter à pied, skis sur l'épaule, longeant le tire-fesses à l'arrêt depuis près de 25 ans, comme le télésiège menant à un autre massif.

"A Chréa, on avait la meilleure équipe de ski", se souvient nostalgique Noureddine Khalifi, 65 ans, "des jeunes sont même partis faire des compétitions en France".

Parmi eux, Redha Kheddaoui, 30 ans, ancien de l'équipe nationale, a rangé les skis, découragé et amer: "Pour un skieur de haut niveau, en Algérie, il n'y a pas d'avenir", explique ce spécialiste du combiné alpin, devant le petit kiosque où il gagne sa vie en vendant du poulet grillé aux touristes.

"Il n'y a pas de moyens, aucun remonte-pente. Tout est artisanal, on monte à pied et on descend à ski", souligne-t-il, "c'est très difficile de s'entraîner et d'être au niveau professionnel". Sans compter les indemnités ou les bourses jamais perçues, les déplacements payés de sa poche.

- 'Pour le plaisir' -

Il skie désormais "pour le plaisir" mais refuse compétitions et convocations, "même pour l'équipe nationale". "Je l'aime ce sport, mais le ski personne n'en entend parler" en Algérie.

Montagnes et climat, l'Algérie bénéficie pourtant de conditions idéales, constate le président de la FASSM, "il y a des projets, mais il faut des moyens qui sont hors de portée de la fédération".

"Le ski est un sport onéreux, qui demande du matériel" introuvable en Algérie. Il n'y a plus de dameuses, pas d'anneau de ski de fond ou de patinoire olympique.

"En Algérie, la priorité est donnée au foot, puis à l'athlétisme", souligne Amar Kadouche.

Au bas de la piste de Chréa, les loueurs de luges proposent bien quelques skis, mais il n'y a pas de moniteur et l'immense majorité des touristes n'envisage même pas d'essayer.

Enfant, Nassim a appris à skier avec son père, ici même. A son tour, cet ingénieur de 50 ans est venu d'Alger transmettre la tradition famililale à ses deux fils.

Etudiant en droit, Mohamed Jouabi a appris seul, il y a trois ans. "Au début, je tombais dès que je chaussais", s'amuse-t-il, ravi de ses progrès, après avoir descendu, un brin crispé, un bout de piste au milieu des luges.

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