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L'armée vénézuélienne, colonne vertébrale de Maduro

L'armée vénézuélienne, colonne vertébrale de Maduro
Le président du Venezuela Nicolas Maduro et le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, le 10 janvier 2019 à CaracasFederico Parra

Malgré les fortes turbulences, Nicolas Maduro est toujours à la tête du Venezuela grâce au soutien d'un allié de poids : l'armée. Elle lui a réaffirmé jeudi sa loyauté après que le chef du parlement s'est autoproclamé président par intérim.

Nicolas Maduro est le "président légitime" du Venezuela, a redit dans la matinée le haut-commandement militaire, qui a qualifié de "coup d'Etat" la proclamation du président du Parlement Juan Guaido.

"On a cherché à instaurer de facto un gouvernement parallèle", a dénoncé lors d'une conférence de presse le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, entouré des membres du haut-commandement militaire.

Mercredi, Juan Guaido, 35 ans, s'est autoproclamé "président en exercice" du Venezuela devant des milliers de partisans de l'opposition, immédiatement soutenu dans sa démarche par les Etats-Unis et une dizaine de pays d'Amérique latine.

"Quand tu franchis le pas, il faut savoir sur quels soutiens compter, surtout de la part des militaires", analyse le politologue Luis Salamanca, interrogé par l'AFP.

Le chef de file de l'opposition a offert une amnistie aux militaires qui rompraient avec le dirigeant socialiste de 56 ans. Il affirme également qu'en raison de son soutien au président vénézuélien, qu'il qualifie d'"usurpateur", le haut-commandement est lui-même illégitime.

- Large pouvoir -

Nicolas Maduro, qui a entamé le 10 janvier un deuxième mandat contesté par l'opposition et une grande partie de la communauté internationale, n'a eu de cesse ces dernières années de récompenser les militaires pour leur loyauté, en leur attribuant toujours plus de pouvoirs politiques et économiques.

Sous l'ex-président Hugo Chavez (1999-2013), lui-même ancien soldat, les militaires représentaient 25% de l'exécutif. Avec Maduro, ils ont représenté jusqu'à 43% de l'exécutif en 2017, avant de revenir à 26% actuellement, selon l'ONG Control Ciudadano.

Sur 32 ministres, neuf sont des militaires. Ils détiennent notamment la Défense, l'Intérieur, l'Agriculture et l'Alimentation. Ils assurent aussi la supervision de la compagnie pétrolière nationale PDVSA, source de 96% des revenus du pays, et contrôlent les services de renseignement.

Pour Rocio San Miguel, présidente de Control Ciudadano, cette plus faible présence s'explique car "les ministères ne représentent plus des sources d'enrichissement comme auparavant. Les militaires préfèrent gérer" l'importation et la vente de produits subventionnés.

Une chaîne de télévision, une banque, une usine d'assemblage de voitures, une entreprise du bâtiment, une compagnie minière, pétrolifère et gazière : d'autres domaines ont permis aux militaires de renforcer leur influence qui, selon des analystes, n'a cessé de croître à mesure que grimpait l'impopularité de Nicolas Maduro

Le président socialiste considère d'ailleurs l'armée comme "la colonne vertébrale" du pays, jadis l'un des plus prospères d'Amérique latine et désormais plongé dans une profonde crise économique. Le Venezuela (31 millions d'habitants) compte 365.000 soldats et 1,6 million de réservistes.

Le Parlement, seule institution aux mains de l'opposition, et dont les décisions sont systématiquement annulées par la Cour suprême, acquise au pouvoir, est remplacé dans les faits par une Assemblée constituante 100% chaviste.

Selon Luis Salamanca, "Maduro s'appuie sur les militaires et eux s'appuient sur Maduro pour tirer des bénéfices économiques et pour éviter de faire l'objet de poursuites judiciaires en cas de déroute du régime".

- "Le diable" dans les casernes -

Malgré les efforts pour faire apparaître l'armée comme unie, le ministre de la Défense a admis que le "diable" rôde dans les casernes. Lundi, 27 militaires se sont soulevés contre le régime, en appelant la rue à l'insurrection, avant d'être rapidement arrêtés.

De plus, parmi les 25 personnes incarcérées et accusées d'avoir organisé un attentat contre le chef de l'Etat le 4 août, figurent deux généraux. Quelque 180 militaires accusés de conspirer contre le gouvernement ont par ailleurs été emprisonnés en 2018, selon Rocio San Miguel.

En septembre, le New York Times a révélé que des responsables américains avaient rencontré des militaires vénézuéliens rebelles pour évoquer le renversement de Nicolas Maduro.

Plus tard, le président américain Donald Trump a déclaré que le régime vénézuélien "pourrait être renversé très rapidement par l'armée si les militaires décidaient de le faire".

Dans un pays où il est difficile d'échapper aux pénuries alimentaires ou de médicaments, plus de 4.300 soldats ont quitté la Garde nationale en 2018, selon un document de l'institution citée par Control Ciudadano.

L'ONG estime qu'environ 10.000 militaires ont demandé à démissionner depuis 2015.

Pour l'analyste Luis Salamanca, les hauts responsables militaires sont pris dans un dilemme entre "suivre Maduro au risque de couler avec lui" ou "sauver leur peau" en se présentant à la justice d'autres pays comme les Etats-Unis.

Washington, qui a déjà ciblé un certain nombres d'entre eux avec des sanctions (interdiction d'entrée sur le territoire américain et gel de leurs avoirs financiers), a menacé de les renforcer.

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