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L'"odyssée" des Vénézueliens partis acheter des biens de première nécessité en Colombie

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Des Vénézuéliens attendent à San Antonio del Tachira de traverser le pont Simon-Bolivar pour arriver à Cucuta, en Colombie, le 8 juin 2019Schneyder MENDOZA

Seize heures d'autocar, des achats, un "bon repas" et retour à la maison: comme Juana, de plus en plus de Vénézuéliens traversent tout le pays pour aller acheter en Colombie des biens introuvables au Venezuela, pays saigné par la crise économique.

"Ca a été une odyssée pour arriver jusqu'ici", souffle Juana Estrado, 63 ans, depuis San Antonio del Tachira, ville de l'ouest vénézuélien reliée à sa jumelle colombienne Cucuta par le pont Simon-Bolivar.

Juana et l'un de ses deux fils ont dû faire 1.100 km depuis la province d'Anzoategui, à l'autre bout du Venezuela, pour arriver jusqu'à San Antonio. Mais, dit-elle à l'AFP, le jeu en vaut la chandelle tant les biens de première nécessité manquent au Venezuela.

Aux pénuries de médicaments et d'aliments s'ajoute une fulgurante inflation qui pourrait atteindre 1.000.000% selon le FMI cette année et qui fait fondre à vue d'oeil le pouvoir d'achat des Vénézuéliens.

Au moins, jubile Juana, pendant les quelques heures passées côté colombien de la frontière, "on va très bien manger".

- Trouver de l'essence -

Environ 50.000 Vénézuéliens empruntent chaque jour le pont Simon-Bolivar pour aller en Colombie, selon les autorités. Et les Vénézuéliens viennent de plus en plus loin pour aller faire leurs emplettes côté colombien.

"Ils vont acheter des marchandises, surtout des aliments (...), pour certains passagers c'est devenu une routine. Ils viennent tous les huit ou quinze jours", observe Hector Bolivar, un responsable de la commune de Bolivar sur laquelle se trouve San Antonio.

Mais le voyage n'a rien d'une promenade de santé, raconte Juana. Combien de fois les militaires et les policiers l'ont-elle faite descendre du bus à des barrages pour fouiller ses bagages ? "On descend du car et on remonte, on descend et on remonte, on descend et on remonte", s'échauffe-t-elle.

Luisa Gonzalez vient de l'Etat de Barinas à 340 km de San Antonio, et elle a fait le voyage en voiture. Mais encore a-t-il fallu trouver de l'essence, devenue rarissime ces derniers mois dans l'ouest du Venezuela, pays qui détient les plus grandes réserves de pétrole au monde.

"Ca nous a pris quelques jours pour en trouver (de l'essence) et une fois qu'on a fait le plein, on a décidé de venir", explique Luisa.

La frontière reste ouverte malgré les tensions entre les gouvernements des deux pays qui n'ont plus de relations diplomatiques.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro accuse régulièrement son homologue colombien Ivan Duque de soutenir des "terroristes" qui projettent de le renverser.

La semaine dernière, il a décrété l'"alerte orange" à la frontière face aux "manoeuvres" de Bogota qui visent à "déclencher un conflit" avec le Venezuela.

Ivan Duque qualifie, lui, Nicolas Maduro de "dictateur" et l'accuse d'"héberger" et de "soutenir" des groupes armés colombiens sur le sol vénézuélien.

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