La découverte de deux os humains relance l'affaire Seznec, un siècle après

histoire

Près d'un siècle après la disparition de Pierre Quémeneur, la découverte de deux os humains, lors de fouilles dans l'ancienne maison de la famille Seznec à Morlaix (Finistère), a relancé une des plus retentissantes énigmes judiciaires en France.

Sans preuves et sans aveux, Guillaume Seznec a été condamné en 1924 au bagne à perpétuité pour le meurtre un an plus tôt de Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère avec lequel il était associé en affaires, ainsi que pour des faux en écriture. Mais le corps de Quémeneur n'a jamais été retrouvé.

C'est pour tenter d'élucider cette énigme qu'un ancien avocat de la famille, Denis Langlois, et l'auteur d'un livre sur l'affaire, Bertrand Vilain, ont lancé des fouilles "privées" dans l'ancienne maison des Seznec où l'élu aurait en fait été tué involontairement par l'épouse du condamné, selon eux.

Les fouilles effectuées dans un ancien cellier ont livré un premier résultat samedi: un os humain a été découvert, "peut-être une tête de fémur", selon le procureur de Brest Philippe Récappé.

"Une photo en a été prise" et "a été transmise au médecin légiste", a assuré le procureur.

Un autre fragment d'os a été retrouvé dimanche, cette fois par les enquêteurs de la police qui ont pris le relais après les premières découvertes. La PJ de Rennes a été saisie de l'enquête.

Avant de repartir vers 16H00 dimanche, les enquêteurs ont mis des scellés sur la maison avec les mentions: "lieu de recherche des causes de la mort" et "découverte de deux fragments d'os et une pipe".

"Il y aura d'autres choses. On s'attendait à faire des découvertes à un mètre de profondeur et on trouve à la surface", a déclaré à l'AFP Bertrand Vilain, qui est l'un des initiateurs des fouilles.

"On avait une information solide, un témoignage précieux. On n'a pas creusé au hasard", a-t-il ajouté.

- "Jurer de ne rien dire" -

Ces nouvelles recherches sont motivées par la révélation, dans un ouvrage de Denis Langlois paru en 2015, du témoignage inédit d'un des enfants du couple Seznec, âgé de 11 ans au moment des faits. Il a été enregistré en 1978 par l'un de ses neveux.

En ce jour ensoleillé de mai 1923, "Petit-Guillaume" raconte avoir entendu sa mère repousser les avances d'un certain "Pierre", puis avoir vu Quémeneur par terre et sa mère debout devant lui. "Je crois qu'elle a dû se défendre et le frapper à la tête", racontait-t-il, selon le récit qu'en a fait Denis Langlois dans "Pour en finir avec l'affaire Seznec".

Selon "Petit-Guillaume", en dehors de ses parents et de lui-même, seule une domestique, Angèle, présente dans la maison au moment du drame, fut mise au courant. Le jour même, "avec Angèle, on nous a fait jurer de ne rien dire", précise-t-il.

Mort en 1982, "Petit-Guillaume" a livré ce témoignage au soir de sa vie. Quant à Denis Langlois, il l'a conservé pendant plus de 35 ans.

"L'hypothèse sur laquelle nous travaillons c'est que Pierre Quémeneur aurait tenté d'abuser" de l'épouse de Seznec qui "se serait défendue en le frappant avec un candélabre", explique dimanche à l'AFP Bertrand Vilain.

L'explication de "Petit-Guillaume" est "la thèse la plus vraisemblable, la moins en contradiction avec les éléments du dossier", selon Denis Langlois.

En 2015 déjà, M. Langlois avait demandé au procureur de Brest de faire procéder à des investigations dans l'ancienne maison familiale pour savoir si le corps y était enfoui.

Le procureur avait rejeté cette demande, estimant qu'elle ne pouvait émaner que du condamné, de ses descendants ou des autorités judiciaires compétentes.

Si les nouvelles fouilles corroborent le témoignage de "Petit-Guillaume", une procédure de révision du procès de Seznec devrait être mise en route.

Depuis 1924, quatorze demandes en révision du procès ont été rejetées, la dernière en 2006.

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