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Le pasteur d'Obama crée la polémique

La polémique provoquée par le pasteur de Barack Obama, Jeremiah Wright, était comme "un poignard fiché au coeur de sa candidature, fondée sur la réconciliation nationale", soulignait Bill Galston, un chercheur à la Brookings institution. Obama a fait de son mieux mardi pour désamorcer une polémique sur les vues incendiaires de son pasteur, qui touche le coeur de son message: l'espoir dans une réconciliation des Etats-Unis au-delà de tous les clivages, y compris raciaux et religieux.

Une polémique à ne pas négliger pour le candidat Obama. De fait, un sondage réalisé dimanche et lundi, alors que les chaînes de télévision passaient en boucle des sermons du pasteur Wright, a montré l'impact potentiellement dévastateur de l'affaire sur la candidature de M. Obama. Selon cette enquête réalisée pour la télévision CBS, 30% des Américains ayant suivi la polémique ont une opinion moins favorable du sénateur de Chicago depuis qu'ont été diffusés à l'envi des sermons de Jeremiah Wright.

Ces clips montraient cet influent prêcheur noir de Chicago affirmant que le "terrorisme" américain était responsable des attaques du 11-Septembre, ou que les Noirs américains devraient dire "Que Dieu maudisse l'Amérique" au lieu de "Que Dieu bénisse l'Amérique", en raison du traitement infligé, selon lui, aux Noirs vivant aux Etats-Unis.

Ces déclarations ont été vigoureusement dénoncées par M. Obama, pour qui "la faute profonde des sermons du révérend Wright n'est pas qu'il ait parlé du racisme dans notre société, (mais) qu'il ait parlé comme si notre société était statique, comme si aucun progrès n'avait été accompli, comme si ce pays (...) était encore irrévocablement lié à un passé tragique".

A l'inverse, M. Obama, fils d'un Kényan et d'une Blanche du Kansas, a non seulement disséqué le racisme présent et ses racines, mais aussi évoqué son ambition de le surmonter autant que possible à l'avenir. "Je n'ai jamais été assez naïf pour croire qu'une élection suffirait à faire disparaître nos divisions raciales, surtout avec une candidature aussi imparfaite que la mienne", a dit M. Obama, prenant acte de la "colère" des Noirs et du "ressentiment" des Blancs. "Mais, a-t-il ajouté, j'ai la ferme conviction que c'est en travaillant ensemble que nous pourrons aller au-delà des vieilles blessures du racisme", a-t-il ajouté.

Certains ont révélé un paradoxe évident dans ce discours. "Voilà un candidat qui essaie d'être le candidat post-racial, qu'est-ce qu'il a à parler de race? ", demande Terry Madonna, professeur au Franklin and Marshall College en Pennsyvlanie, qui en janvier avait souligné le succès sans précédent de M. Obama à dépasser les clivages entre Noirs et Blancs.

La polémique sur les sermons de Jeremiah Wright "l'a forcé à revenir une fois de plus sur le problème des races, et d'essayer de tourner la page", parce qu'il "essaie d'éviter de devenir comme Jesse Jackson (en 1984 et 1988), ndlr), le candidat de l'Amérique noire", estime M. Madonna. Toute cette polémique relance le débat sur l'aspect "post-racial" de M. Obama, perçu comme "dangereux" par certains, comme l'universitaire noir Ricky Jones, qui insiste sur l'urgence de s'attaquer aux séquelles de la ségrégation.

En fait, "post-racial" ne voudrait rien dire s'agissant de Barack Obama: "il n'oublie jamais qu'il est noir, il a un héritage métis, et dans ce pays il suffit d'une goutte de sang noir pour être noir", souligne Anthea Butler, professeur des religions noires américaines à l'Université de Rochester (New York, nord-est). "Dire post-racial signifierait qu'on peut l'oublier, qu'on est au-delà de cela, et ce n'est pas du tout ce qu'il dit", souligne Mme Butler, reconnaissante au sénateur de Chicago pour avoir abordé le problème de front dans son discours de mardi.

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