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Le puissant prince héritier d'Arabie saoudite attendu en France

Le puissant prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane arrive dimanche en France, nouvelle étape de sa tournée mondiale qui vise à projeter une image plus libérale de son royaume conservateur.

Cette visite officielle de 48 heures, lundi et mardi à Paris, intervient après un voyage de plusieurs semaines aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Egypte, où celui qu'on surnomme "MBS" a courtisé les chefs d'entreprises et signé une multitude d'accords pour favoriser les investissements dans son pays.

Pour le président Emmanuel Macron, il s'agit d'une visite délicate car les résultats concrets ne seront peut-être pas à la hauteur du "nouveau partenariat stratégique" souhaité entre les deux pays, alors que MBS privilégie la relation avec Washington.

A Paris, l'accent sera mis sur la culture, le tourisme, les investissements d'avenir et les nouvelles technologies. Mais l'Iran, le Liban et la guerre au Yémen -où Ryad intervient militairement- feront l'objet de discussions, certainement franches, entre les deux jeunes dirigeants, estiment des experts.

"Il ne s'agit pas d'une visite d'Etat traditionnelle", affirme à l'AFP une source proche de la délégation du prince héritier. "Il s'agit de forger un nouveau partenariat avec la France, et pas seulement de courir après des contrats". Même son de cloche à l'Elysée où on parle de "nouvelle coopération" avec "une vision commune".

Plus d'une douzaine de protocoles d'accord dans les domaines du tourisme, de l'énergie et des transports doivent être signés, indique une autre source proche de la délégation saoudienne. Un accord de coopération pour le développement d'Al Ula, où se trouvent d'importants vestiges archéologiques, doit être aussi annoncé.

- "Scepticisme durable" -

La première visite en France du prince Mohammed en tant qu'héritier du trône intervient après une période tumultueuse qui a vu des remaniements dans l'armée, des arrestations et une purge au sein même de la famille royale ayant abouti à une consolidation du pouvoir de MBS, âgé de 32 ans.

Sa tournée mondiale vise à "gagner une reconnaissance en tant que leader de facto et prochain roi d'Arabie saoudite", estime Bernard Haykel, professeur à l'Université de Princeton (Etats-Unis).

"C'est un signal qu'il a la situation en main et peut quitter le pays pendant des semaines sans que son autorité ne soit remise en cause", explique-t-il à l'AFP.

MBS a profité de sa tournée pour parler de ses réformes, y compris l'autorisation accordée aux femmes de conduire, la réouverture des cinémas et l'organisation de concerts mixtes, après avoir clamé qu'il souhaitait pour son royaume un islam "modéré" et "tolérant".

Le problème, c'est qu'il y a "peu de sympathie sincère pour l'Arabie saoudite en Occident", note Kristin Diwan du centre de réflexion Arab Gulf States Institute à Washington, en prédisant un "scepticisme durable" malgré les réformes.

- Tensions -

M. Macron s'était impliqué personnellement en novembre dans la crise autour du Premier ministre libanais Saad Hariri. Ce dernier, apparemment sous la pression de MBS, avait annoncé sa démission depuis Ryad où il était resté retenu pendant deux semaines avant de revenir sur sa décision.

"Il y a eu des tensions lorsque MBS aurait tenté de contester le rôle de Macron dans l'épisode Hariri, mais MBS a dû ensuite reculer", affirme Abdullah Alaoudh, un universitaire saoudien de la faculté de droit de Yale (Etats-Unis). "Ce n'est jamais facile pour un autoritaire comme lui d'accepter cela".

Paris souhaite que "le Liban soit aussi stable que possible, ce qui passe inévitablement par un certain accord" avec le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah, décrié par Ryad, explique Denis Bauchard, expert du Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales.

Le prince héritier mise sur le resserrement des liens avec le président américain Donald Trump qui a menacé de se retirer de l'accord nucléaire de 2015 avec l'Iran, grand rival de l'Arabie saoudite, faute d'améliorations de ce pacte international avant le 12 mai.

L'enjeu pour Emmanuel Macron est de convaincre qu'il vaut mieux cet accord que "pas d'accord du tout", estime M. Bauchard.

S'agissant du Yémen, des ONG ont intensifié leurs campagnes, notamment aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France, pour que ces pays cessent leurs exportations d'armes vers l'Arabie saoudite, régulièrement critiquée pour les bavures dont sont victimes les civils dans ce pays.

Trois Français sur quatre jugent "inacceptable" la vente d'équipements militaires à Ryad, selon une enquête de l'institut YouGov publiée en mars.

Autre épine dans le pied des relations franco-saoudiennes, le mandat d'arrêt émis en décembre par la justice française à l'encontre de la soeur du prince héritier, Hassa, soupçonnée d'avoir donné l'ordre à son garde du corps de frapper un artisan à Paris.

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