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Le roi du Maroc gracie la journaliste emprisonnée pour avortement illégal

Le roi du Maroc gracie la journaliste emprisonnée pour avortement illégal

Le roi du Maroc a gracié la journaliste Hajar Raissouni, condamnée à un an de prison pour "avortement illégal" et "sexe hors mariage", suscitant la joie sur les réseaux sociaux après des semaines de débat sur l'état des libertés individuelles dans le pays. La grâce concerne la jeune femme de 28 ans et son fiancé ainsi que l'équipe médicale arrêtée en même temps qu'eux, a annoncé le ministère de la Justice dans un communiqué publié mercredi. La journaliste du quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum sera libérée "dans les prochaines heures", en même temps que son fiancé et que le gynécologue qui avaient été condamnés avec elle, a indiqué une source gouvernementale à l'AFP.

Cette décision a été motivée par "la compassion" et le "souci" du roi Mohammed VI de "préserver l'avenir des deux fiancés qui comptaient fonder une famille conformément aux préceptes religieux et à la loi, malgré l'erreur qu'ils auraient commise", a précisé le ministère de la Justice dans le communiqué. Le roi a pris sa décision "sans entrer dans le débat souverain que les citoyens marocains mènent sur l'évolution de leur société et dans lequel se sont invités, de façon regrettable, certains étrangers, intellectuels, médias et ONG", a tenu à souligner la source gouvernementale.

"Enfin, une bonne nouvelle!"

La nouvelle de la libération d'Hakar Raissouni s'est rapidement diffusée sur les réseaux sociaux au Maroc et à l'étranger, alors que le mot d'ordre #freehajar était devenu viral depuis son arrestation fin août. "Enfin, une bonne nouvelle!", "Merci majesté", "Les combats justes ne laissent pas indifférents", "Bravo aux hommes et femmes libres dans ce pays et dans le monde", ont commenté les internautes. "Enfin une décision sage et joyeuse", a écrit sur Twitter Younes Maskine, le directeur de publication du journal Akhbar Al-Yaoum. Depuis son arrestation, Hajar Raissouni dénonce un procès "politique" liés à l'engagement de ses proches et de son journal. Elle dit aussi depuis le début avoir été traitée pour une hémorragie interne, ce que son gynécologue a confirmé devant le tribunal de Rabat. Le jeune couple assure aussi s'être fiancé dans un cadre religieux et avoir prévu de se marier mi-septembre, un projet contrecarré par leur arrestation. Lors du procès, Hajar Raissouni et son fiancé ont été condamnés à un an de prison. Le médecin, un praticien reconnu qui avait autrefois été décoré par le roi, a été condamné à deux ans ferme alors qu'un anesthésiste et une secrétaire ont respectivement écopé d'un an et de huit mois de prison avec sursis.

"Hors-la-loi"

Ces condamnations avaient suscité des réactions indignées sur les réseaux sociaux et dans certains médias au Maroc et à l'étranger, avec des critiques très virulentes sur l'état des libertés individuelles dans le royaume de la part des féministes et des défenseurs des droits humains. Un collectif auteur d'un manifeste de "hors-la-loi" signé par 10.000 personnes a demandé cette semaine au parquet marocain de suspendre l'application de "lois liberticides" punissant de prison le sexe hors-mariage, l'adultère et l'avortement. Démarche sans précédent au Maroc, les signataires du manifeste des "hors-la-loi" proclament avoir déjà violé les lois "obsolètes" de leur pays sur les moeurs et l'avortement.

En 2018, la justice marocaine a poursuivi 14.503 personnes pour débauche, 3.048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortements, selon les chiffres officiels. Entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, selon des estimations.  Alors que le Parlement est en train de discuter un projet de réforme du code pénal, plusieurs ONG de défense des droits humains ont appelé les législateurs à dépénaliser entre autres les relations sexuelles entre majeurs consentants, l'avortement, l'homosexualité et la rupture du jeûne pendant le mois de ramadan, actuellement passibles de prison. Le texte en cours de débat ne change rien sur ces questions, à part un léger assouplissement concernant les conditions de l'avortement en cas de viol, d'inceste et de malformation du foetus, selon les informations concordantes obtenues par l'AFP auprès de différentes sources judiciaires et parlementaires.

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