Le soutien du pape au cardinal Barbarin, décision à double tranchant

Le soutien du pape au cardinal Barbarin, décision à double tranchant
Photo fournie par le service de presse du Vatican montrant le pape François recevant le cardinal Philippe Barbarin au Vatican, le 18 mars 2019HO
Enfants

En refusant lundi la démission du cardinal français Philippe Barbarin avant l'issue de son appel, le pape François a rejeté toute précipitation risquant de créer un précédent, faisant fi de la pression médiatique et des critiques.

Alors que le pape François a déclaré la guerre à la loi du silence longtemps érigée en culture par la haute hiérarchie de l'Eglise, sa décision ne peut que susciter l'ire des victimes d'abus sexuels et un malaise dans les rangs catholiques.

Mais il martèle régulièrement qu'il faut respecter la présomption d'innocence et donc le temps de la justice. A cet égard, l'Eglise ne doit pas se plier à "la pression médiatique", avait-il insisté à la conclusion d'un sommet inédit de quatre jours fin février consacré aux scandales d'abus sexuels sur mineurs.

Ce jésuite mesuré aime aussi se donner le temps du "discernement", étudier chaque cas individuellement. Son rendez-vous lundi au Vatican avec le cardinal Barbarin, un prélat qu'il connaît bien, était décisif.

Dans un entretien mardi à la télévision catholique KTO, le cardinal Barbarin a confirmé qu'une note juridique préparée par ses avocats sur les perspectives d'un procès en appel était bien parvenue en espagnol au pape, qui n'a pas objecté à l'appel de sa condamnation.

"C'est normal, d'ailleurs, qu'il y ait un appel au vu de cet écart entre l'avis du procureur et le tribunal", s'est défendu le cardinal.

Le parquet de Lyon (représentant l'Etat français) n'avait pas demandé de sanction à l'encontre de Mgr Barbarin, condamné le 7 mars à six mois de prison avec sursis pour non dénonciation des abus sexuels d'un prêtre qui n'a pas encore été jugé. Le parquet a également fait appel du jugement.

- Cas par cas -

Pour le vaticaniste italien Paolo Rodari (La Repubblica), le refus de la démission "montre que François croit fondamentalement en l'innocence du cardinal ou qu'il préfère attendre la sentence d'appel avant d'avaliser sa démission".

"Le pape semble estimer que le primat des Gaules est injustement condamné, considérant que l'ont veut faire payer à un homme les erreurs de ses prédécesseurs", avance même Jean-Marie Guénois, expert français de l'Eglise (Le Figaro).

De fait, il pourrait exister des centaines d'évêques ayant écouté trop passivement des récits d'abus sexuels prescrits, tenus sous silence avant eux par les prélats en poste au moment des faits.

"Le pape s'inquiète peut-être de créer un précédent figé, signifiant que tout évêque soumis à une condamnation en première instance devrait être démis", note le vaticaniste britannique Christopher Lamb (The Tablet). Cela permettrait de congédier, sans aucun recours, des prélats accusés dans des régions hostiles à l'Eglise, estime-t-il.

Des décisions récentes montrent en tout cas que le pape n'a pas l'intention de se limiter à une réponse unique.

En mai 2018, l'archevêque australien Philip Wilson avait été reconnu coupable d'avoir dissimulé des agressions commises dans les années 1970 par Jim Fletcher, prêtre pédophile notoire. Le pape avait accepté sa démission en juillet. Mais en décembre, la justice australienne avait annulé la condamnation en appel.

En octobre, François avait accepté, avec réticence, la démission du cardinal américain Donald Wuerl, archevêque de Washington, soupçonné par un jury populaire d'avoir étouffé un vaste scandale d'agressions sexuelles en Pennsylvanie (nord-est). Il n'était pas sous le coup d'une condamnation directe.

Archevêque de Lyon depuis 2002, cardinal depuis 2003, primat des Gaules (titre honorifique conféré à l'archevêque de Lyon depuis le XIe siècle), Mgr Philippe Barbarin, 68 ans, est considéré comme le plus haut dignitaire de l'Eglise de France.

"En invoquant la présomption d'innocence", le pape "n'a pas voulu accepter cette démission", a annoncé mardi Mgr Barbarin. Le prélat s'est toutefois mis lui-même "en retrait", laissant la conduite du diocèse au vicaire général, sur "suggestion du pape".

Le Saint-Siège a confirmé, sans aucune explication, que le pape n'avait "pas accepté la démission présentée", ouvrant la voie à toutes les spéculations.

Vos commentaires