Passé la rentrée, encore des difficultés dans l'accueil des élèves handicapés

Passé la rentrée, encore des difficultés dans l'accueil des élèves handicapés
Cours de mathématiques dans un centre pédiatrique pour enfants handicapés à Francheville près de Lyon, le 6 mai 2013JEFF PACHOUD
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"Les mardis et jeudis, qui va leur couper la viande ?" : la rentrée faite, des centaines voire des milliers d'enfants handicapés ne sont toujours pas accueillis correctement à l'école, selon des associations de parents en colère que le gouvernement tente de rassurer.

Les difficultés surviennent quand les élèves "n'ont pas eu d'accompagnement adapté en cette rentrée, qu'ils ne bénéficient que de quelques heures hebdomadaires de scolarisation, ou qu'ils sont placés sur les interminables listes d'attente des établissements spécialisés", dénonce l'Unapei, qui regroupe des parents d'enfants porteurs d'un handicap mental.

Marie, 6 ans et polyhandicapée, doit en principe quitter bientôt la crèche pour intégrer un institut médico-éducatif (IME), mais n'a pas obtenu de place, comme environ 500 enfants sur liste d'attente dans son département de Loire-Atlantique.

"Je n'ai aucune solution. Je vais devoir rester à la maison avec elle", enrage sa mère, Louise Compain. "Je ne comprends pas qu'on soit confronté à des problématiques comme ça dans un pays comme la France".

"A la date du 6 septembre, on nous avait signalé les cas d'environ 1.400 enfants dont la situation était toujours bloquée", a indiqué à l'AFP Jean-Louis Garcia, président de la Fédération APAJH (Association pour adultes et jeunes handicapés). Il évoque des cas où les accompagnants promis "se désistent au dernier moment", ou dont le contrat "n'a pas été signé à temps".

Des familles considèrent insuffisant l'accompagnement octroyé à leur enfant. C'est le cas d'Angélique, 39 ans, dont les jumeaux Gabriel et Raphaël, tous deux autistes, viennent de rentrer en CE2 dans une école rurale du Cantal.

Le jour de la rentrée, c'était "la douche froide" pour leur maman: "On a appris par leur accompagnante qu'elle ne pourrait être avec eux que 12 heures par semaine", alors que l'an dernier elle était présente à temps plein.

"Les mardis et jeudis, qui va leur couper la viande ? Qui va les aider à se concentrer ? Leur dire d'aller faire pipi car ils n'y pensent pas ?", s'alarme la mère, "en colère".

- "Des manques partout en France" -

Angélique a appelé la ligne téléphonique non-surtaxée (0800 730 123) mise en place par le gouvernement pour recenser les situations problématiques, mais "attend toujours qu'ils rappellent". "Nous n'avons pas beaucoup d'espoir, on sait bien qu'on va nous répondre qu'ils ne peuvent pas recruter".

Cette ligne a reçu quasiment deux fois moins d'appel en ces premiers jours de rentrée que l'an dernier à la même époque, se sont félicités dans un communiqué la secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel et le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer.

Mme Cluzel affirme y voir le signe que le gouvernement "répond au mieux aux besoins" des 341.500 enfants handicapés scolarisés cette année, dont 175.000 qui ont besoin d'un accompagnement.

"J'entends les attentes et les impatiences des familles", a assuré la ministre, qui reconnaît quelques "tensions" dans le recrutement des accompagnants pendant la rentrée, mais assure que l'échéance a été "anticipée au maximum".

Cette année, 3.584 postes supplémentaires d'accompagnants d'enfant en situation de handicap (AESH) en équivalent temps-plein ont été créés, et au total quelque 110.000 accompagnants - certains à temps partiel, mutualisés entre plusieurs élèves - sont prévus dans les établissements.

Malgré tout, les difficultés d'accès à l'école sont "dans les mêmes proportions que l'an dernier", voire même "se sont encore accrues un peu", indique à l'AFP Marion Aubry, vice-présidente de l'association TouPI, qui défend les droits des personnes handicapées.

Sur la page Facebook de l'association, sur les 1.591 parents ayant pris part à une consultation, 539 parents ont déclaré que l'accompagnant promis n'était pas présent le jour J, et parmi eux, 99 ont précisé que cela avait "empêché leur enfant d'aller à l'école".

Si ces chiffres ne sont pas "statistiquement représentatifs", ils "donnent une idée des manques, partout en France", déplore Mme Aubry, pour qui le manque d'accompagnants ne se pose d'ailleurs pas qu'à la rentrée, mais "toute l'année".

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