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Pour Time Warner, la fusion avec ATT est nécessaire pour contrer les géants tech

Pour Time Warner, la fusion avec ATT est nécessaire pour contrer les géants tech
Le patron de Time Warner Jeff Bewkes, le 22 mars 2018 à WashingtonJIM WATSON

Le patron de Time Warner a invoqué mercredi les bouleversements "tectoniques" en cours dans le paysage des médias pour défendre sa fusion avec AT&T, contestée devant la justice par le gouvernement américain qui la juge néfaste pour la concurrence.

Ce mariage entre un opérateur téléphonique également distributeur de contenus (AT&T) et d'un fournisseur de ces mêmes contenus (Time Warner) va-t-il créer un géant des médias qui va étouffer la concurrence ou accoucher d'un nouveau rival de Google et Facebook? Telle est la question à laquelle devra répondre la justice américaine à l'issue de ce procès qui a commencé le 22 mars.

Time Warner, qui possède notamment les chaînes HBO ou CNN, est mis en difficulté par "deux gros changements tectoniques" dans le secteur de la télévision, tant du côté des programmes que de la publicité, a déclaré son patron Jeff Bewkes, qui a témoigné pendant deux heures dans ce procès historique.

Les acteurs traditionnels de la télévision sont dépassés par les plateformes de vidéo à la demande comme Netflix ou Amazon Video, a-t-il expliqué, et les recettes publicitaires sont captées par des groupes comme Google ou Facebook, qui peuvent passer des publicités personnalisées, ciblées très finement et pour des tarifs moins élevés.

Internet a permis l'arrivée "de nouveaux concurrents gigantesques qui proposent de la télévision directement aux consommateurs", a-t-il affirmé.

La force des groupes technologiques, a-t-il poursuivi, ce sont les données qu'ils collectent et qui leur permettent de cibler les programmes et la publicité car "ils savent ce qu'ont regardé les consommateurs (...). Ils peuvent proposer de meilleures offres".

Time Warner fonctionne au contraire comme un "grossiste" auprès des opérateurs câble et satellite, et en sait fort peu sur ce que regardent les téléspectateurs, a-t-il aussi expliqué. D'où le besoin de fusionner avec AT&T, qui "sait ce que regardent les gens" notamment via sa plateforme DirecTV et d'autres services.

Mais pour les autorités américaines, une telle fusion étoufferait les concurrents et entraînerait des hausses de prix pour les consommateurs. Le dossier est d'autant plus compliqué qu'il revêt aussi une teinte politique en raison des attaques récurrentes du président américain Donald Trump contre CNN: selon la presse américaine, le gouvernement a même cherché à obliger Time Warner à vendre la chaîne d'information pour approuver l'opération.

Randall Stephenson, le PDG d'AT&T, devrait témoigner jeudi. Le procès doit durer jusqu'à la fin de la semaine prochaine, pour une décision mise en délibéré.

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