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Poursuite aux Philippines contre des cadres de Sanofi, le groupe conteste

Maladie, pharmacie

Le gouvernement philippin a annoncé vendredi des poursuites contre six responsables de Sanofi Pasteur dans une enquête sur le décès d'enfants ayant reçu le vaccin contre la dengue fabriqué par le groupe pharmaceutique français, qui a vivement réagi en exprimant son "profond désaccord".

Le département de la Justice a annoncé vendredi à Manille qu'il y avait des raisons d'engager des poursuites contre des responsables de Sanofi pour "négligence grave ayant entraîné la mort". Mais il n'a donné aucun calendrier.

"Nous sommes en profond désaccord avec les conclusions formulées à l'encontre de Sanofi et de certains de ses employés et nous les défendrons vigoureusement", a rétorqué le groupe pharmaceutique dans un communiqué.

L'affaire avait débuté fin 2017, après une campagne de vaccination publique lancée en 2016 qui avait concerné 837.000 écoliers. Les Philippines étaient le premier pays à utiliser le vaccin Dengvaxia dans le cadre d'un programme massif de vaccination.

Sanofi avait présenté le Dengvaxia, premier vaccin contre la dengue au monde, comme une percée dans le combat contre cette maladie transmise par des moustiques, qui fait chaque année des centaines de morts dans l'archipel, essentiellement des enfants.

Mais le géant pharmaceutique avait créé la panique fin 2017 en annonçant que le vaccin pouvait aggraver les symptômes chez les personnes jamais infectées auparavant en cas d'exposition au virus.

Dans la foulée, Manille avait suspendu sa campagne de vaccination tandis que des centaines de milliers de parents terrorisés se demandaient si leurs enfants étaient en danger.

Les autorités philippines avaient annoncé une enquête sur le décès d'une dizaine d'enfants vaccinés. Sanofi a toujours contesté tout lien de causalité entre ces décès et son vaccin.

Le ministère a précisé vendredi que ces poursuites se fondaient sur une enquête concernant la mort de dix enfants, en ajoutant que d'autres plaintes font encore l'objet d'une enquête.

Le département de la Justice a indiqué que les faits étaient passibles de six ans d'emprisonnement.

- "Infraction par négligence" -

"Les membres du conseil d'administration de Sanofi Pasteur ont activement fait la promotion du produit en dépit de la connaissance des risques associés au vaccin, en dépit de la connaissance des risques associés à son utilisation", a déclaré Markk Perete, porte-parole du ministère.

"Par la suite, quand des décès certains et d'autres urgences médicales sont apparues, ils n'ont pas porté assistance aux victimes et à leurs familles", a-t-il dit. "C'est une infraction par négligence".

Les procureurs philippins blâment par ailleurs le géant pharmaceutique pour "ne pas avoir observé activement et surveillé de près les sujets vaccinés", a indiqué le ministère dans un communiqué, précisant que des poursuites seront aussi engagées contre des responsables du ministère philippin de la Santé.

Après l'expression de son "profond désaccord", Sanofi a ajouté que compte tenu de la procédure en cours, il ne ferait "pas d'autre commentaire à ce stade".

Depuis fin 2015, Dengvaxia a déjà été approuvé dans plusieurs pays endémiques en Amérique latine et en Asie. Une demande de mise sur le marché est à l'étude aux Etats-Unis.

Sanofi a annoncé en décembre que le Dengvaxia était désormais autorisé à la vente en Europe pour des personnes ayant déjà été infectées une fois par le virus.

Le groupe pharmaceutique avait alors souligné que le vaccin contre la dengue avait été évalué à travers des études cliniques portant sur plus de 40.000 personnes dans 15 pays. Il ajoutait que les études d’efficacité et de tolérance avaient permis de recueillir jusqu'à six années de données de suivi.

A la Bourse de Paris, vers 14h05 (13h05 GMT), l'action Sanofi progressait de 0,24% à 73,68 euros dans un marché en hausse de 0,70%.

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