Quel est ce mur dont parle tant Donald Trump?

Quel est ce mur dont parle tant Donald Trump?

Le président Donald Trump veut-il un mur en dur à la frontière sud des Etats-Unis? La question, qui est au coeur de la paralysie partielle des administrations fédérales depuis neuf jours, a resurgi dimanche avec les confidences d'un haut responsable.

"Pour être honnête, ce n'est pas un mur", a déclaré le secrétaire général de la Maison Blanche, John Kelly, dans un entretien publié par le quotidien Los Angeles Times.

"Le président dit encore 'mur' - parfois, il parle de 'barrière' ou de 'clôture', maintenant il penche pour des barreaux en fer. Mais nous avons abandonné l'idée d'un mur solide et concret lors des débuts de cette administration", ajoute le général, qui doit quitter ses fonctions dans deux jours.

Pour John Kelly, dont les relations avec Donald Trump s'étaient tendues ces derniers mois, l'administration est arrivée à cette conclusion en discutant avec les garde-frontières, qui réclament "des barrières physiques dans certains endroits" mais surtout des moyens supplémentaires en hommes et en technologies.

Pourtant, Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale un de ses chevaux de bataille, répète à l'envi qu'il veut un "mur" à la frontière des Etats-Unis et du Mexique, longue de 3.200 kilomètres. "Les garde-frontières ont besoin du mur", tweetait-il encore samedi.

Et le président refuse de signer une loi budgétaire si elle n'inclut pas 5 milliards de dollars pour ce mur, ce que les démocrates refusent, proposant en échange plus d'un milliard pour d'autres mesures de sécurité à la frontière.

"Donald Trump et les républicains veulent gaspiller 5 milliards pour un mur médiéval inefficace, qui est une solution du 5e siècle aux problèmes du 21e", a déclaré le représentant démocrate Hakeem Jeffries sur la chaîne ABC.

L'opposition est selon lui "prête à donner des moyens supplémentaires pour des clôtures renforcées, de la technologie, des drones, des satellites, des lumières, des censeurs...", mais pas pour satisfaire une promesse de campagne du milliardaire républicain.


"Débat sémantique idiot"

Ce bras de fer a entraîné un "shutdown" de 25% des administrations fédérales qui ne sont plus financées depuis le 22 décembre à minuit. Et la situation devrait se prolonger au moins jusqu'en milieu de semaine prochaine, quand le Sénat reprendra l'examen de la loi de finances.

Une proche conseillère de Donald Trump a toutefois estimé dimanche que savoir s'il s'agissait d'"un mur ou pas" était "un débat sémantique idiot".

"Certaines personnes veulent juste dire mur, mur, mur, mur" pour réduire le débat "à un mot de quatre lettres", a estimé Kellyanne Conway sur la chaîne Fox.

Selon elle, les agents des douanes et des frontières "ont besoin d'améliorations technologiques, de barrières physiques et des barreaux en fer mentionnés par le président à l'oral et sur Twitter".

Le patron des garde-frontières a abondé en son sens. "Nous avons besoin d'une barrière pour nous aider à mieux contrôler" les flux de migrants dans certaines zones, a déclaré Kevin McAleenan sur la chaîne ABC. Mais, a-t-il ajouté, cela ne doit être qu'une partie "d'une réponse à plusieurs facettes".

Evoquant une "crise" suscitée par l'arrivée de 60.000 migrants clandestins chaque mois depuis octobre, dont 30.000 familles et 5.000 enfants, il a notamment jugé nécessaire de revoir les lois migratoires dans une logique non partisane.

Il a aussi demandé d'"investir en Amérique centrale" pour tenter d'endiguer les départs. A l'inverse, le président Trump a menacé cette semaine de couper les aides au Honduras, au Salvador et au Guatemala, accusés de "ne rien faire pour les Etats-Unis".

Quant au mur, "nous avons demandé un mur d'environ 1.600 kilomètres, quand il y a des zones urbaines denses des deux côtés de la frontière", a rappelé Kevin McAleenan. "Nous ne parlons pas juste d'une pauvre barrière, nous voulons des censeurs, des caméras, des lumières, des accès pour nos agents."

"Quel est le meilleur moyen de sécuriser notre frontière sud? C'est ça le plus important. On doit pouvoir le faire avec des technologies et des hommes plus efficacement qu'avec un mur", a commenté le parlementaire démocrate John Tester. "Mais on a besoin de savoir ce que le président veut."

Vos commentaires