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Rétrospective Tadao Ando au Centre Pompidou: un vide plein de lumière

Rétrospective Tadao Ando au Centre Pompidou: un vide plein de lumière
L'architecte japonais Tadao Ando le 28 septembre 2017 à TokyoKazuhiro NOGI
architecture

Le Centre Pompidou présente dès mercredi une rétrospective de cinquante ans de création du Japonais Tadao Ando, l'une des figures majeures de l'architecture contemporaine, mettant en valeur ses espaces vides qui accueillent la lumière, la nature et la sérénité.

En cette année parisienne "Japonismes 2018", Serge Lasvignes, directeur du Centre, a salué une oeuvre qui "capture la lumière, l'espace, l'air" et "atteint les espaces fondamentaux des émotions", en présence de l'artiste japonais et de plusieurs de ses pairs les plus renommés, Renzo Piano, Jean Nouvel, Paul Andreu, Christian de Portzamparc, rassemblés lundi au Centre Pompidou.

L’exposition "Tadao Ando, le défi" présente 50 projets majeurs avec 180 dessins, 70 maquettes originales, et est articulée autour de quatre grands thèmes : la forme primitive de l’espace, le défi de l’urbain, la genèse du paysage et le dialogue avec l’Histoire.

Son oeuvre majeure, l'espace muséal partiellement souterrain sur l'île de Naoshima, ancien dépôt de déchets industriels, sur lequel il travaille depuis 1988, est reconstituée par d'impressionantes maquettes.

L'architecte japonais, titulaire du prestigieux Prix Pritzker 1995, a réalisé quelque 240 projets à travers le monde, dont une cinquantaine de musées et quinze lieux de culte.

Pour cette exposition, Tadao Ando a reconstruit devant les baies vitrées latérales du Centre Pompidou la façade de sa célèbre église de la Lumière (1989) d'Ibaraki, "ce symbole iconique de toute son oeuvre" qui lance "le message humaniste d'une architecture qui se veut universelle", selon M. Lasvignes.

Les espaces vides, séparées de l'agitation de la ville par une façade aveugle sont caractéristiques de son travail et sont des "référence au shintoisme", note à l'AFP le commissaire de l'exposition, Frédéric Migayrou.

- Contre l'architecture technologique -

Avec ses surfaces dépouillées en béton lisse, ses compartiments harmonieux, ce disciple de Le Corbusier a engagé le combat dès le début de sa carrière contre une architecture technologique, qui dominait dans les années 60 et 70.

"Vu que ce sont les hommes qui s’en servent, l'architecture entretient des liens profonds avec le corps. Il faut que l’architecture accueille la joie de vivre des hommes. Sinon, notre corps n’est pas attiré vers elle", a-t-il résumé par le passé.

Une autre oeuvre célèbre est reproduite dans l'exposition: la Colline de Bouddha de Sapporo. La statue de Bouddha reste cachée jusqu'au niveau de sa tête par un monticule couvert de fleurs de lavande.

"L'architecture a quelque chose de forcément spirituel. Je ne fais pas de différences entre les religions", déclare à l'AFP cet ancien boxeur devenu un des artistes nippons les plus reconnus au monde, infatigable et optimiste, le regard doux et lumineux, malgré de sérieux problèmes de santé.

Sur des tables où sont exposées les maquettes, des esquisses au feutre bleu de ce dessinateur prolifique témoignent des explications qu'il a improvisées lundi en privé, avant le vernissage, à un illustre visiteur: François Pinault, qui l'a embauché pour la Bourse du commerce, son musée d'art contemporain dont l'ouverture est programmé en 2019 au coeur de Paris pour abriter ses collections.

Un cylindre en béton de 30 mètres de diamètre et de 9 mètres de haut sera inséré dans la rotonde de ce bâtiment du XVIIIème, non loin des Halles. Illustration de la capacité de Tadao Ando à inscrire ses créations futuristes dans l'ancien en le respectant.

L'artiste s'est engagé dans un autre chantier en Europe: une extension du musée d'art contemporain Kröller Müller aux Pays-Bas, un projet qui en est à ses débuts et n'aboutira que dans quelques années.

L'exposition au Centre Pompidou fermera ses portes le 31 décembre.

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