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Sauvetage inédit dans l'Himalaya, un exploit des "guerriers des glaces" polonais

Sauvetage inédit dans l'Himalaya, un exploit des
Deux alpinistes polonais viennent aux secours de l'alpiniste française Elisabeth Revol, sur le Nanga Parbat, au Pakistan, le 28 janvier 2018SAYED FAKHAR ABBAS

Le sauvetage inédit de la Française Elisabeth Revol par deux Polonais le week-end dernier dans l'Himalaya ne serait sans doute pas possible sans l'expérience de leurs collègues, premiers à s'être lancés en hiver à la conquête des plus hauts sommets de la Terre.

En péril de mort sur la "montagne tueuse", le Nanga Parbat dans la partie pakistanaise de l'Himalaya, Elisabeth Revol a été sauvée dimanche grâce à une ascension extraordinaire menée de nuit par Denis Urubko, d'origine kazakhe, et Adam Bielecki, appuyés par l'armée pakistanaise.

Les deux hommes sont reconnus comme faisant partie du petit groupe des meilleurs grimpeurs du monde.

Ils n'ont toutefois pas été en mesure d'atteindre leur compatriote Tomek Mackiewicz, compagnon de cordée de la Française, qu'elle avait dû abandonner inconscient à plus de 7.000 m d'altitude, pour sauver sa propre vie.

Pour l'alpiniste pakistanais Karim Shah, ce sauvetage était sans précédent dans l'histoire de l'alpinisme. Les Polonais ont gravi sans corde fixe et de nuit 1.200 mètres par une route très difficile.

"C'est la nouvelle génération des +guerriers des glaces+", déclare à l'AFP Piotr Pustelnik, président de l'Association polonaise d'Alpinisme (PZA). Le surnom est apparu dans l'Himalaya dans les années 1980, une époque où les grimpeurs polonais étaient les premiers à s'attaquer à des 8.000 mètres en hiver.

Et à les conquérir. Au total, dix des treize premières ascensions hivernales ont été réalisées par les Polonais.

"Nous avions le malheur de vivre derrière le rideau de fer et nous n'avions pas pu participer à la conquête de l'Himalaya dans les décennies précédentes comme nos collègues occidentaux", explique M. Pustelnik. "Lorsque finalement nous avons pu y aller, tous les sommets étaient déjà pris. Alors notre collègue Andrzej Zawada a eu l'idée de les escalader en hiver ce que personne n'avait jamais fait".

- Ascensions hivernales -

Leszek Cichy, une légende polonaise des expéditions dans l'Himalaya, se rappelle également comment il voulait fuir la grisaille du communisme. "On était jeune, on voulait voir le monde, respirer un peu", dit-il à l'AFP.

Forts de leur expérience acquise en hiver notamment dans les montagnes polonaises des Tatras, chaîne de type alpin des Carpates, les Polonais ont commencé par le point d'orgue, l'Everest (8.848 mètres), le "toit du monde". Andrzej Zawada expliquait alors son choix, non sans autodérision: "Si on doit échouer à grimper un 8.000 mètres en hiver que ce soit l'Everest".

"On était au pied de l'Everest le 31 décembre 1979 et on a atteint le sommet le 17 février 1980", raconte à l'AFP M. Cichy, qui a gravi le sommet avec son collègue Krzysztof Wielicki.

"C'était un moment d'intense satisfaction, de joie pour toute notre équipe". Et de reconnaître aujourd'hui: "ce fut tellement dur...".

Pendant quelques années, les Polonais ont continué sur leur lancée, réalisant les premières ascensions hivernales de six autres sommets de plus de 8.000 mètres.

- "Une belle boucle" -

Une interruption a suivi, après la mort dans l'Himalaya de plusieurs Polonais qui a laissé un vide dans ce milieu très élitiste.

C'est seulement dans les années 2000 que les Polonais sont de retour dans l'Himalaya en hiver. Entretemps, quelques autres sommets ont été conquis par des alpinistes d'autres pays. La course reprend pour gravir les derniers qui restent et les Polonais en conquièrent encore trois.

Aujourd'hui, il ne reste qu'un seul sommet à escalader en hiver: le K2 (8.611 mètres), considéré comme le plus difficile. Par le passé, deux expéditions polonaises et une russe ont dû rebrousser le chemin.

Les sauveteurs d'Elisabeth Revol font partie d'une nouvelle expédition polonaise nationale représentant la nouvelle génération des "guerriers des glaces", âgés de 30-40 ans, qui s'attaquent à ce sommet redoutable.

"Si on réussit, ce sera une belle boucle, après 38 ans", estime M. Cichy, 66 ans. "On a commencé par le plus haut sommet de la Terre, on finirait par le plus difficile".

Son collègue de l'Everest Krzysztof Wielicki,68 ans, 5e homme à gravir les 14 sommets de plus de 8.000 mètres, dirige aujourd'hui l'expédition sur le K2. "Nous devons finir ce que nous avons commencé", avait-t-il déclaré en décembre avant le départ pour l'Himalaya.

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