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L'ONU se déchire à nouveau sur la Syrie avec un 13e veto russe

L'ONU se déchire à nouveau sur la Syrie avec un 13e veto russe
Des civils dans la ville d'Idleb en Syrie le 16 septembre 2019Zein Al RIFAI

La Russie et la Chine ont mis jeudi leur veto à une résolution de l'Allemagne, de la Belgique et du Koweït imposant un cessez-le-feu à Idleb en Syrie, approuvée par 12 pays, illustrant à nouveau la profonde division du Conseil de sécurité de l'ONU sur ce dossier.

Il s'agit du 13e veto de la Russie à une résolution sur la Syrie depuis le début du conflit en 2011. La Guinée équatoriale, membre non permanent, s'est abstenue lors du vote.

Le texte avait fait l'objet de négociations ardues pendant une quinzaine de jours. La Russie a plaidé en vain pour que le cessez-le-feu comprenne des exemptions pour les "opérations terroristes" menées dans la province d'Idleb (nord-ouest).

Inacceptable cependant pour les auteurs de la résolution car cela aurait ouvert à de multiples interprétations et aurait conduit à de possibles nouvelles attaques de sites civils en Syrie.

Les trois co-auteurs avaient accepté dans un texte qualifié de "purement humanitaire" une mention évoquant des "mesures terroristes" sous condition qu'elles respectent le droit international, a souligné l'ambassadeur allemand à l'ONU, Christoph Heusgen.

"Bombarder les hôpitaux, les écoles et les installations civiles ne participe en rien à la lutte contre le terrorisme", a lancé son homologue belge, Marc Pecsteen de Buytswerve.

L'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, a dénoncé de son côté "la flambée d'activisme humanitaire" des autres membres du Conseil de sécurité à chaque avancée dans la reprise de territoires par le régime syrien, soutenu par la Russie.

"C'est la même chanson, les terroristes se transforment en représentants de l'opposition", a ironisé le diplomate. "La résolution était d'emblée vouée à l'échec et vous divisez délibérément le Conseil de sécurité" avant le début la semaine prochaine de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, a-t-il accusé.

- Texte concurrent rejeté -

"Il ne faut pas politiser la question humanitaire", a réclamé son homologue chinois, Zhang Jun, en demandant la participation de tous à la reconstruction de la Syrie.

Tous les pays ayant voté en faveur de la résolution ont déploré plus ou moins vivement le blocage de la Russie et de la Chine. Les Etats-Unis ont mis en garde contre une nouvelle offensive militaire à Idleb et exhorté l'ONU à rendre responsables les auteurs de la dégradation de la situation humanitaire dans le nord-ouest de la Syrie.

Avant la réunion, l'ambassadeur français, Nicolas de Rivière, avait souligné le lien entre une fin de conflit et la reconstruction du pays.

"Aussi longtemps qu'il n'y aura pas de solution sur les volets humanitaire et politique, la France, l'Europe et plusieurs autres pays ne participeront pas à la reconstruction" du pays, estimée à 400 milliards de dollars, a-t-il averti.

Des frappes sporadiques se poursuivent à Idleb après quatre mois de bombardements du régime syrien. L'ONU ne cesse depuis le printemps de mettre en garde contre la dégradation de la situation humanitaire dans cette province où vivent quelque 3 millions de personnes dont 1 million d'enfants.

Selon Ursula Mueller, une responsable du département des Affaires humanitaires de l'ONU, "la situation humanitaire reste alarmante" dans la province syrienne avec "environ 400.000 personnes ayant fui leurs maisons entre mai et août".

L'ambassadeur syrien à l'ONU, Bashar Ja'afari, a dénoncé un projet de résolution "qui n'a rien à voir avec l'objectif proclamé" d'une aide humanitaire. Il "ignore la cause du conflit, le terrorisme", a-t-il dit.

Dans la foulée de leur veto, la Russie et la Chine ont mis au vote un texte concurrent imposant lui aussi un cessez-le-feu.

Mais à la différence du premier texte, ce dernier spécifiait que "la cessation des hostilités ne s'applique pas aux opérations militaires contre des individus, des groupes ou des entités associés avec des groupes terroristes".

Comme attendu, la résolution a été rejetée, ne recueillant pas les 9 voix sur 15 indispensables à son adoption.

Le résultat du scrutin représente un sérieux revers pour Moscou et Pékin, seuls à avoir voté en sa faveur. Quatre pays se sont abstenus - Indonésie, Afrique du Sud, Côte d'Ivoire, Guinée équatoriale -, les neuf derniers membres du Conseil ayant voté contre.

Aucune négociation n'a eu lieu sur ce texte, a dénoncé, ulcéré, l'ambassadeur allemand.

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