Trump et Pelosi ferraillent autour du discours sur l'état de l'Union

Le président américain Donald Trump a concédé mercredi qu'il ne prononcerait pas la semaine prochaine devant le Congrès le traditionnel discours sur l'état de l'Union, dernier dommage collatéral en date du plus long "shutdown" de l'histoire américaine.

Ira-t-il? N'ira-t-il pas? Le bras de fer autour de cette impasse budgétaire a tourné à une guerre des nerfs teintée de vaudeville entre le républicain et la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi.

"Nancy Pelosi a annulé le discours sur l'état de l'Union parce qu'elle ne veut pas entendre la vérité, elle ne veut pas que les Américains entendent ce qu'il se passe", a déclaré Donald Trump à des journalistes.

La Maison Blanche "envisage des alternatives", a-t-il ajouté sans autre précision. "Nous annoncerons ce que nous ferons".

En réalité, la dirigeante démocrate n'a pour l'instant que reporté ce discours, au départ prévu le 29 janvier et qui doit rassembler notamment le gouvernement et les parlementaires. Elle affirme qu'il serait trop dur d'y assurer la sécurité à cause du "shutdown", qui paralyse une partie des administrations fédérales depuis le 22 décembre.

Au coeur de leur conflit se trouve le mur que veut ériger Donald Trump à la frontière avec le Mexique, et pour lequel il réclame plus de cinq milliards de dollars. Les démocrates, vent debout contre cette initiative, refusent de signer un compromis budgétaire sur cette base.

Faute d'accord, quelque 800.000 employés fédéraux sont au chômage forcé ou contraints de travailler sans solde car leurs emplois sont jugés essentiels.

Sans compter les nombreux sous-traitants dont les emplois dépendent directement du gouvernement et qui ne seront pas, à la différence des fonctionnaires, payés rétroactivement.

Le Sénat doit examiner jeudi deux projets de loi concurrents visant à débloquer les administrations fédérales, mais aucun ne devrait obtenir la majorité des voix.

- "Otage affamée" -

"Cela fait cinq semaines maintenant que je n'ai pas travaillé, à part un ou deux jours", a confié à l'AFP Claudia Martinez, employée d'une société sous-traitante à la cafétéria de la Chambre des représentants, la chambre basse du Congrès.

"Jusqu'ici, nous avons puisé dans nos économies mais ce mois-ci va être très difficile", a ajouté cette mère de famille de 43 ans, qui doit rembourser chaque mois les 400 dollars du prêt étudiant d'un de ses enfants.

Elle participait mercredi à un rassemblement pacifique dans un bâtiment annexe du Congrès avec quelque 500 manifestants qui ont protesté en silence pendant 32 minutes, symbole de la durée de cette paralysie (entrée dans son 33e jour).

"Otage affamée" pouvait-on lire sur le bandeau d'une manifestante tandis que de nombreux participants brandissaient des assiettes marquées des mots "Laissez-moi travailler".

Derrière cette réalité difficile, la bataille entre Donald Trump et Nancy Pelosi s'est centrée mercredi sur le fameux discours dans un échange public de lettres.

La tradition veut en effet que ce soit le chef de la chambre basse qui invite le président à ce discours annuel devant la Chambre des représentants et le Sénat réunis. Le premier discours de l'état de l'Union a été prononcé par George Washington le 8 janvier 1790.

C'est le républicain qui a envoyé la première salve avec une missive chargée d'ironie dans laquelle il affirmait qu'il maintenait la date prévue du 29 janvier, malgré la suspension annoncée par Nancy Pelosi la semaine dernière.

"Le Secret Service m'a expliqué" qu'il n'y aurait "absolument aucun problème concernant la sécurité", a-t-il écrit.

Dans une courte lettre, la démocrate a rétorqué que la Chambre des représentants "n'autoriserait pas" ce discours tant que les administrations n'auraient pas repris un fonctionnement normal.

"M. le président, arrêtez de tenir les fonctionnaires en otage et débloquez le gouvernement", a renchéri sur Twitter le chef de la minorité démocrate du Sénat, Chuck Schumer.

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