USA-Canada: des sorbets aux tweets de Trump, chronologie d'une négociation enrayée

"J'ai eu une brève conversation avec l'ambassadeur (Robert) Lighthizer et son équipe. J'avais quelque chose à dire". La ministre canadienne des Affaires étrangères n'est restée que quelques minutes dans l'immeuble où elle négocie d'arrache-pied depuis mardi un accord commercial avec les Etats-Unis.

Il est près de 22H30, jeudi, quand Chrystia Freeland lâche cette petite phrase aux journalistes qui font le pied de grue sur un trottoir non loin de la Maison Blanche.

Le ton semble moins optimiste qu'il ne l'était plus tôt dans la journée. Toujours soucieuse des journalistes --son ancien métier-, elle avait même pris le soin d'apporter des sorbets aux fruits aux deux douzaines de reporters qui rôtissaient sous le soleil brûlant de la capitale américaine.

Elle avait relevé à plusieurs reprises "la bonne volonté" des négociateurs réunis autour de la table, qui mènent d'intenses discussions quasiment jour et nuit.

Très peu de temps auparavant, lors d'un meeting électoral dans l'Indiana, Donald Trump avait laissé planer une menace: "Il faut qu'ils (les Canadiens) se débarrassent de ces barrières et de ces tarifs".

Le président faisait certainement allusion au mécanisme de protection du secteur laitier canadien, qu'il a dénoncé à de nombreuses reprises. Dans un entretien, il avait en outre affirmé que les Canadiens "n'avaient pas le choix".

Vendredi matin, le ton reste froid. "Nous avons eu toute la nuit pour réfléchir et je suis impatiente d'entendre ce que l'ambassadeur Lighthizer a à dire ce matin", dit la ministre à son arrivée pour la première réunion du jour.

Hasard ou nécessité, le négociateur américain sort de son silence pour la première fois depuis mardi, dans un bref communiqué, pour bien souligner que le Canada n'a fait "aucune concession" dans le secteur agricole.

Mais ce sont surtout les informations du Toronto Star qui font du bruit. Le quotidien a publié des propos tenus la veille par le président des Etats-Unis devant des journalistes de l'agence Bloomberg. Ils devaient rester secrets, "off the record" dans le jargon journalistique.

Le président s'est vanté auprès des reporters que l'administration Trump ne fasse aucun compromis avec le Canada et qu'un accord potentiel se ferait "uniquement à nos conditions".

Le président américain souligne qu'il s'abstient de le dire publiquement, car "ce serait si insultant qu'ils ne pourraient pas trouver d'accord".

Loin de nier, le président républicain confirme plus tard ces propos dans un tweet: "Au moins, le Canada sait à quoi s'en tenir!"

Ces déclarations font craindre aux Canadiens que les Américains n'ont pas négocié en toute bonne foi. Au Canada, une source officielle ayant requis l'anonymat confirme que le Canada a fait connaître son déplaisir à M. Lighthizer vendredi matin. "Depuis un an, on sait bien qu'il y a bien des choses qui ont été dites par le président", ajoute cette même source.

Lors d'une conférence de presse, Chrystia Freeland a ostensiblement ignoré les remarques désobligeantes du président, expliquant que son interlocuteur n'était pas le locataire de la Maison Blanche, mais le représentant au Commerce (USTR) Robert Lighthizer.

"L'ambassadeur Lighthizer et son équipe sont des professionnels très expérimentés et ils ont fait preuve d'une absolue bonne foi et une bonne volonté autour de la table (des négociations). Et comme je l'ai aussi dit, nous allons tous nous montrer flexibles pour finalement parvenir à un accord", a-t-elle déclaré, toute en diplomatie.

Les négociations doivent reprendre mercredi à Washington.

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