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Venezuela: Maduro, sous pression internationale, libère 40 détenus

Venezuela: Maduro, sous pression internationale, libère 40 détenus
Daniel Ceballos, opposant au président Maduro et ancien maire dans l'ouest du Venezuela, a été libéré comme 39 autres détenus politiques, le 1er juin 2018 à CaracasCarlos BECERRA

Quarante détenus accusés de délits politiques, pour l'essentiel des opposants au président vénézuélien Nicolas Maduro, ont été libérés vendredi sur décision du chef de l'Etat, ont annoncé les autorités.

Cette mesure intervient alors que M. Maduro subit une forte pression internationale après sa réélection contestée à un nouveau mandat présidentiel.

"Vous êtes le premier groupe à bénéficier de ces mesures. Dans les prochaines heures, le pays connaîtra les autres groupes", a déclaré aux prisonniers libérés la présidente de l'Assemblée constituante, Delcy Rodriguez, lors d'une cérémonie officielle.

Mme Rodriguez a plaidé devant ces opposants pour que la crise que connaît le Venezuela soit résolue en interne et sans pressions étrangères. "Nous devons résoudre nos divergences sans aucune sorte d'ingérences ou d'interventions", a-t-elle déclaré.

La Cour suprême (TSJ) a d'abord indiqué que 39 détenus avaient été remis en liberté, et la libération d'un général en retraite, Angel Vivas, a été annoncée par la suite, ce qui porte à 40 le nombre de libérations effectuées vendredi.

Le procureur général Tarek William Saab, également présent, a lui aussi indiqué que d'autres libérations devaient intervenir samedi et dans les prochains jours.

- "Politique de pacification" -

M. Maduro a déclaré que la mesure de vendredi était la mise en oeuvre d'une politique d'apaisement qu'il souhaite poursuivre. Mais il a en même temps adressé un avertissement à ceux qui voudraient "conspirer" contre le pouvoir.

"Un premier groupe a bénéficié de cette politique de pacification que je veux mener au niveau le plus large", a déclaré M. Maduro lors d'une réunion au palais présidentiel de Miraflores à Caracas. Il a précisé qu'il s'agissait d'"un message de paix et de bonne volonté".

Toutefois, "celui qui conspire, tous ceux qui cherchent des chemins en dehors de la Constitution pour porter atteinte à la paix, pour renverser les institutions légitimes, tous recevront leur châtiment, la main ferme de la justice doit agir", a dit le président socialiste.

Parmi les personnes libérées vendredi figure Daniel Ceballos, 34 ans, ancien maire de San Cristobal, dans l'ouest du Venezuela, qui avait été arrêté en mars 2014 lors de protestations contre le chef de l'Etat socialiste.

M. Ceballos avait participé il y a quelques jours à une mutinerie "pacifique" dans le centre de détention des services de renseignement pour demander la libération des prisonniers.

L'ancien maire devra néanmoins se présenter aux autorités tous les mois, et il lui est interdit de quitter le Venezuela et de s'exprimer sur les réseaux sociaux, a précisé le président du TSJ, Maikel Moreno.

Les régimes de remise en liberté varient en fonction du profil des anciens détenus, a-t-il ajouté.

Selon l'ONG Foro Penal, le Venezuela compte quelque 350 "prisonniers politiques", ce que le gouvernement socialiste dément.

La semaine dernière, quatorze manifestants incarcérés depuis avril avaient été libérés, selon une ONG, au lendemain de la prestation de serment pour un deuxième mandat de Nicolas Maduro, dont la réélection le 20 mai est très contestée par la communauté internationale.

Devant l'Assemblée constituante, uniquement constituée de ses partisans, M. Maduro avait proposé de libérer des opposants incarcérés pour "surmonter les blessures laissées par les manifestations, les conspirations".

Par ailleurs, l'Américain Joshua Holt, missionnaire mormon âgé de 26 ans et détenu au Venezuela depuis juin 2016, a retrouvé la liberté le 26 mai. Une libération présentée par Caracas comme un geste d'ouverture en direction des Etats-Unis, avec lesquels le pouvoir de M. Maduro a des relations tendues.

- Isolement renforcé -

L'isolement international du pouvoir vénézuélien s'est renforcé depuis la réélection de M. Maduro lors d'un scrutin boycotté par la coalition de l'opposition, la Table de l'unité démocratique (MUD), qui considérait l'élection comme truquée.

Ce scrutin n'a pas été reconnu par les Etats-Unis, l'Union européenne et 13 pays d'Amérique latine.

Pour Primero Justicia, l'un des principaux partis de la MUD, les mesures de libération qui viennent d'être prises "constituent une tentative désespérée (de M. Maduro) pour obtenir une apparence de légitimité".

Le politologue Luis Salamanca a relevé que ces mesures de clémence ne concernaient pas les opposants les plus en vue, comme le plus connu d'entre eux, Leopoldo Lopez.

Condamné à près de 14 ans de prison sous l'accusation d'avoir incité à la violence lors d'une vague de manifestations contre M. Maduro, Leopoldo Lopez a été placé aux arrêts domiciliaires en juillet 2017 après avoir passé près de deux ans et demi dans une prison militaire.

"Maduro sait que sa réélection le place dans une situation quasiment sans retour dans le rôle d'un dirigeant autoritaire. Il cherche à combattre cette image et à apparaître comme bienveillant", a déclaré M. Salamanca à l'AFP. "Mais s'il ne libère pas les poids lourds comme Lopez, c'est une mesure décorative".

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