COMPRENDRE le conflit entre taxis bruxellois et Uber: le questions-réponses de Bruno Wattenbergh

Les axes principaux de Bruxelles seront touchés mardi dès 05h du matin par la grande manifestation du secteur des taxis en front commun, a indiqué samedi Sam Bouchal, porte-parole de la Fédération belge des taxis (FeBeT). Cette manifestation vise à ce que la société de transport de personnes Uber se plie aux réglementations en vigueur. Les chauffeurs de taxis réclament également la démission du ministre bruxellois de la Mobilité Pascal Smet. "On s'excuse sincèrement auprès de la population", souligne Sam Bouchal. "On est le laboratoire de 'l'ubérisation' et on ne peut pas se permettre de perdre cette bataille. Si on la perd, 100 ans de construction sociale se retrouveront à terre. L'application Uber est un petit bijou, mais l'innovation doit être porteuse de progrès social et ne vaut que si elle profite à tous. Sinon, ce n'est pas une innovation, mais une régression."


Comment expliquer simplement pourquoi est-ce que les taxis vont bloquer Bruxelles demain pour protester contre le système UBER ?

Parce que des chauffeurs UBER continuent à prendre des clients à Bruxelles, sans disposer de toutes les autorisations pour le faire, c-à-d une course réservée plusieurs heures à l’avance, pour une durée fixe, etc.


Comment est-ce possible ?

Le monde politique bruxellois se déchire sur le sujet. Et ce sujet est effectivement kafkaïen ! Des dizaines de milliers de Bruxellois ont adopté UBER et l’utilisent chaque jour, des milliers de bruxellois et de non-bruxellois ont décidé de devenir chauffeur UBER pour améliorer leur quotidien, souvent en plus de leur job principal. Bref, UBER, c’est une affaire qui tourne et qui complète idéalement l’offre de transport public et des taxis.

Enfin, les Bruxellois ont une offre de transport individuel privé qui est transparente, conviviale, facile à commander, avec un service de qualité, pas de transfert d’argent liquide, une facturation, etc. Bref, ce que les taxis n’offraient pas, UBER l’a apporté au client.


Est-ce que les taxis n’ont pas suffisamment évolué ?

Quand on dispose d’un quasi-monopole pourquoi évoluer ? À partir du moment où le nombre de licences taxis est limité par rapport à d’autres capitales européennes, où il n’y a pas d’alternatives abordables, oui c’est une sorte de monopole. Et dans les monopoles privés ou publics, c’est toujours le client qui est insatisfait, que ce soit au niveau du prix ou de la qualité du service. Ce n’est pas un hasard si des milliers de clients ont choisi UBER.

Maintenant reconnaissons que depuis l’arrivée d’UBER, les taxis ont eux aussi évolué. Avec des applications notamment, qui copient UBER mais qui ont amélioré le service client.


Les taxis critiquent aussi que les revenus d’UBER échappent au fisc ?

C’est plus compliqué que cela. Les chauffeurs UBER sont payés par virement international et sont obligés d’être assujettis au statut social des indépendants. Toutes les courses sont tracées par informatique. Donc on peut supposer qu’il y a moins de noir chez UBER que chez des taxis qui exigent souvent le paiement en cash. Par contre, les bénéfices d’une entreprise de taxi sont imposés chez nous, ce qui n’est pas le cas d’UBER qui est fiscalement basé aux Pays-Bas. 

Tout cela est donc beaucoup plus compliqué que ce que les deux parties tentent d’imposer comme image réductrice de la vilaine multinationale contre les gentils taximens. Ou des clichés de ceux qui veulent récupérer politiquement ce dossier brûlant. 


Où est la solution ?

Le plan taxi de Pascal Smet, pour l’instant recalé, propose de rapprocher les statuts de taxis et d’UBER et de lâcher du lest sur le nombre de licences. Ce qui ne plait logiquement pas aux taxis. Ce qui est sûr, c’est que le plan taxi tarde à accoucher. Et on comprend pourquoi … Je ne voudrais pas être celui qui doit le négocier.

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