La TENSION règne entre taximen et chauffeurs Uber à Bruxelles: le plan taxi devient urgent

La TENSION règne entre taximen et chauffeurs Uber à Bruxelles: le plan taxi devient urgent

Deux communes de Bruxelles ont annoncé ce jeudi un renforcement des contrôles des taxis et véhicules Uber. Mais selon un chauffeur Uber qui nous a contactés récemment, l'intensification des contrôles policiers, parfois avec l'appui des taxis eux-mêmes, a démarré depuis plusieurs semaines et visent essentiellement ses homologues. Dans les deux camps, on estime que la solution est politique et on réclame plus que jamais l'aboutissement du plan taxi du ministre Pascal Smet. Celui-ci ne prévoit plus qu'un seul type de chauffeur. Enquête.

Selon plusieurs témoignages reçus via le bouton orange Alertez-nous, la tension règne à Bruxelles entre taximen (environ 1200) et chauffeurs "Uber" (estimés à 600 par les représentants des taxis). L'un de ces derniers affirme que plusieurs fois en juillet, des taxis ont bloqué un véhicule Uber. Un chauffeur Uber aurait également été malmené à la place Rogier (commune de Saint-Josse) sans toutefois oser porter plainte, craignant de voir sa voiture saisie. Nous ne pouvons vérifier ces dérives mais qu'elles aient ou non eu lieu, il ne fait pas de doute qu'après la victoire de la fermeture d'UberPOP, les taxis poursuivent la lutte contre Uber qui a rebondi avec UberX, un service qui entraînerait lui aussi concurrence déloyale et illégalité. Les autorités ont répondu à l'appel des représentants des taxis et les contrôles de chauffeurs se sont intensifiés au cours de l'été. Peu loquaces sur le sujet, elles ont fini par communiquer ce jeudi par la voix de Philippe Close et Emir Kir, respectivement bourgmestre de Bruxelles-Ville et de Saint-Josse.

Il apparaît de plus en plus urgent que le gouvernement bruxellois mette en place le fameux plan taxi, attendu depuis des années, qui doit réformer le secteur. Avant de donner la parole aux uns et aux autres, rappelons dans les grandes lignes une affaire qui, pour une majorité d'entre nous, demeure floue et complexe.

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Uber est une boîte américaine qui a commencé ses activités à San Francisco en 2010. L'idée avait germé deux ans plus tôt dans l'esprit de trois jeunes entrepreneurs américains qui ne parvenaient pas à obtenir un taxi à Paris (en savoir plus sur Wikipédia).

La firme californienne propose des applications mobiles qui s'appuient sur la géolocalisation et mettent en contact des clients et des chauffeurs. L'utilisateur consulte une carte qui montre son emplacement et ceux des véhicules les plus proches. Il fournit ses points de départ et d'arrivée. L'application lui renvoie une fourchette de prix (qui peut varier avec la demande). Si le client est OK, Uber alerte les chauffeurs qui circulent aux alentours. Lorsqu'un de ceux-ci prend la course, le programme prévient l'utilisateur et lui livre le délai d'attente (quelques minutes en général). Le futur passager peut même suivre la progression du chauffeur sur la carte de son smartphone.

À la fin de la course, le paiement, électronique, est aussi réalisé via l'application. Le client peut noter le chauffeur et inversement. Seul Uber peut consulter ces notes et décider d'exclure un partenaire dont la note serait devenue trop basse. 

L'idée est excellente et Uber a rapidement connu le succès dans des villes souvent engorgées, polluées et où les taxis n'ont pas toujours bonne réputation. Sur son site internet, Uber met en avant de nombreux avantages à sa perle technologique:

Mobilité
Le service complète l'offre des transports en commun: il assure la mobilité de gens sans voiture qui se trouvent, par exemple, dans une zone mal desservie par les transports publics

Sécurité
Réduit les risques d'accident en poussant davantage les gens alcoolisés à prendre un chauffeur

Qualité
Service fiable (les chauffeurs sont évalués par les clients sur l'app) sans refus de prise en charge (un comportement souvent reproché aux taximen)

Emploi
L'arrivée d'Uber dans une ville offre à ses habitants une nouvelle source de revenus flexible.

À Bruxelles, un grand nombre de chauffeurs Uber pratiquent cette activité à côté d'une profession principale. "On compte de nombreux STIBards et des agents de BXL Propreté qui ont des horaires décalés. À la fin de leur travail, ils se reposent quelques heures puis prennent leur véhicule et se connectent à Uber", nous a raconté un taximan.

Aujourd'hui, Uber fonctionne dans 632 villes à travers le monde et la société est valorisée en Bourse à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Ça, c'est pour la face claire. Car, comme souvent, il y a une face obscure.

chapitre2

L'entreprise Uber a vite été contestée par les taximen pour concurrence déloyale. En particulier son service UberPOP qui permet à n'importe quel particulier de s'inscrire comme chauffeur puis de conduire des clients avec sa propre voiture. Pas besoin de licence, d'assurance spéciale, rien du tout. À l'inverse, les taximen et exploitants de sociétés de taxis doivent obéir à une lourde et coûteuse réglementation. Un chauffeur Uber que nous avons interrogé (voir plus bas) le reconnait lui-même: "C'était une concurrence vraiment déloyale. On ne déclarait rien du tout. Tout allait dans la poche du chauffeur, je le reconnais."

On ne déclarait rien du tout

Dès 2014, les procès intentés par les taxis contre Uber se sont accumulés et le service UberPOP a été progressivement interdit dans un grand nombre de pays européens au nom d'une concurrence déloyale.

En Belgique, le tribunal de commerce l'a déclaré illégal en octobre 2015. Uber a été en appel et la cour a confirmé l'interdiction en mai 2016. Mais entretemps Uber a rebondi et lancé UberX. Ce service met toujours en lien des clients et des chauffeurs mais, cette fois, ces derniers doivent posséder une licence de "Location de Voiture avec Chauffeur", une LVC. Il s'agit d'une licence professionnelle détenue par les chauffeurs de limousine (qu'on surnomme parfois les "Limos"). Le transport par limousine est différent du transport par taxi. Il nécessite une réservation à l'avance, ainsi qu'un montant et une durée minimaux (voir plus bas). La délivrance de la licence LVC s'accompagne d'une réglementation. Et c'est là que se situe la pierre d'achoppement.

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Nombreux sont les chauffeurs Uber qui contourneraient les règles liées à la LVC. Celles-ci sont fixées par la Région et, puisqu'il n'y a pas de raison de faire simple quand on peut faire compliqué dans notre petit pays, elles ne sont pas les mêmes en Flandre, Wallonie et à Bruxelles.

C'est dans la capitale que la législation est la plus sévère. Si on veut rouler comme chauffeur de limousine avec une licence LVC, il faut notamment que le véhicule:

- soit une berline (pas de break ni 4x4), 4/5 portes
- que sa valeur catalogue minimum soit de 32.240€ (HTVA et hors options)
- que son empattement (distance entre roues avant et arrière) minimum fasse 2.80m

Toutes ces exigences sont absentes en Wallonie et en Flandre. Et par ailleurs, dans ces deux régions, la licence coûte 250 euros alors qu'elle vaut 682 euros à Bruxelles.

Conséquence logique, ils seraient des centaines de chauffeurs Uber à s'être procurés une licence en Flandre ou, surtout, en Wallonie pour travailler à... Bruxelles. En Wallonie, le nombre de demandes de licences LVC aurait explosé alors que le besoin en chauffeurs avec limousine est faible dans le sud du pays... Avec une licence wallonne, vous pouvez transporter un client à Bruxelles mais avec un point de départ en Wallonie, ce qui ne serait pas le cas de nombreux Uber qui circulent essentiellement dans la capitale.

Au-delà de cette infraction qui concernerait une fraction des chauffeurs Uber, il existe selon la Fédération Belge des Taxis (FeBet) d'autres infractions qui, elles, touchent 100% des chauffeurs de limousine connectés à Uber. En effet, certaines règles propres aux Limos seraient purement et simplement incompatibles avec le système Uber tel qu'il existe. Sam Bouchal, le porte-parole de la FeBet rappelle qu'en région bruxelloise le transport par un chauffeur de limousine implique la signature d'un contrat au préalable (une copie du contrat doit même se trouver dans le véhicule, et une autre au siège de l'exploitant). De plus, le paiement doit être exécuté après réception d'une facture. Enfin, le contrat doit être noué pour trois heures de course au minimum et un montant plancher de 90 euros. Les chauffeurs Uber ne respectent que rarement ces règles, roulant davantage sur le mode "taxi" faits de courts déplacements entre deux points de la capitale.

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Le secteur des taxis et limousines déclare ne réclamer qu'une seule chose: l'application de la loi. Comment ? En contrôlant davantage. Il y a quelques semaines, une délégation des représentants du secteur des taxis et transports en limousine avait rencontré le procureur du roi de Bruxelles pour demander un surcroit de vérifications policières. Les deux parties devaient se revoir à la rentrée. Mais dès ce jeudi 10 août, les bourgmestres de Bruxelles-Ville et Saint-Josse ont annoncé un renforcement des contrôles sur le territoire de leurs communes.

À l'heure actuelle, l'administration des taxis à Bruxelles ne compte que 7 postes d'inspecteurs, déplore Sam Bouchal pour qui la police doit davantage prêter main forte. Et s'il se dit conscient que la police ait d'autres chats à fouetter dans une agglomération où on est toujours en alerte terroriste de niveau 3, il conseille de concentrer les contrôles sur les quelques points chauds de la capitale, essentiellement des lieux de sorties nocturnes et la proximité de certaines gares: le Cimetière d'Ixelles, la place Flagey, le Bois de la Cambre, gare du Midi, quartier européen (gare Schuman et Luxembourg).

En juillet déjà, avant l'annonce des bourgmestres, il y avait eu plusieurs contrôles policiers, en particulier sur le territoire de Saint-Josse. Apparemment trop selon un chauffeur Uber qui nous a joint via le bouton orange Alertez-nous. "Bien sûr que le policier a le doit de contrôler. Mais aujourd'hui, les contrôles sont excessifs. Ils viennent sans arrêt nous contrôler, ras-le-bol", écrit-il.

Ce trentenaire est chauffeur de limousine à Bruxelles depuis plusieurs années. Il s'est inscrit sur la plateforme Uber il y a un an pour rentabiliser les "trous" entre deux transports de sa clientèle habituelle. "Nous avons un grand problème avec des taximen qui nous bloquent à la gare du Midi. Ils ont trouvé une nouvelle tendance à se mettre devant les véhicules ou venir à plusieurs avec leur taxis pour bloquer un chauffeur Uber", assurait-il dans son message initial, photo à l'appui. Nous l'avons rappelé. Il parle d'un "acharnement" et d'une collaboration excessive entre taxis et policiers.

Ils ont trouvé une nouvelle tendance à se mettre devant les véhicules ou venir à plusieurs avec leur taxis pour bloquer un chauffeur Uber

Les chauffeurs Uber qui roulent à Bruxelles avec une licence wallonne sont facilement repérables par leurs homologues taxis. Leur plaque d'immatriculation commence par T-L et ils portent une vignette spécifique sur les pare-brises avant et arrière. On les repère aussi parce qu'ils ont souvent une voiture qui n'obéit pas aux critères minima (32.000 euros de valeur HTVA, empattement minimum). "Quand vous voyez une Dacia Duster avec une plaque T-L à Bruxelles, il y a des chances que le chauffeur Uber soit dans l'illégalité", dit un taximan.

Pour notre témoin, les chauffeurs T-L ne devraient pas être contrôlés plus que les T-X (les taxis) qui eux aussi ne respectent pas toujours la réglementation à d'autres niveaux. "C'est carrément de l'acharnement. Si les taxis étaient contrôlés comme les TL, ok. Mais là, on est clairement ciblés", s'insurge le chauffeur Uber.

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Les infractions à la réglementation sont aussi nombreuses d'un côté que de l'autre mais on s'acharne sur les "Uber" selon le chauffeur Limo qui craint que la situation ne dégénère: "Une minorité de taxis se sent aujourd'hui en confiance et bloque des chauffeurs Uber, appelle la police et voit qu'on saisit la licence de ces chauffeurs. Quand tous les taxis prendront confiance, ça risque de vraiment dégénérer, c'est une certitude", assène notre témoin qui, s'appuyant sur le cas du chauffeur Uber frappé, redoute que des "faits divers" plus graves finissent par se produire.

Ces faits, s'ils s'avèrent exacts sont probablement liés à une minorité. La Fédération belge des Taxis (FeBet) dément avoir jamais donné pour mot d'ordre d'entraver un chauffeur Uber. Et dans le message d'un taximan adressé à ses collègues et que nous avons reçu, on pouvait lire la consigne d'appeler la police en cas de repérage d'un chauffeur Uber mais de ne manquer de respect ni au client ni au chauffeur. Néanmoins, à côté de ces messages apaisés, sur certains forums de taxis, la parole envers les Uber, serait plus haineuse. Et dans l'autre camp, on ne serait pas en reste: Sam Bouchal, le porte-parole des taxis déclare avoir reçu des menaces de mort...

Avec les contrôles policiers des dernières semaines et l'excès de zèle voire la violence de certains taximen, les chauffeurs de limousine Uber ont le sentiment d'être des criminels alors qu'ils roulent simplement pour gagner leur vie, estime notre témoin. Et que, selon lui, personne à Bruxelles ne respecte à la lettre la réglementation. "Aucune société de taxis ou de limousines ne respecte la législation. Aucune. Pour les limousines, la législation dit notamment que tout contrat doit concerner un transport d'une durée de 3 heures minimum avec un montant minimum. Aucune société ne respecte cela. Peut-être de temps en temps. Mais la plupart, ce sont des transferts. De Bruxelles jusqu'à l'aéroport, c'est pas trois heures hein!", explique-t-il. Il rappelle par ailleurs que les chauffeurs de limousine via Uber déclarent 100% de leurs revenus (les paiements sont électroniques via la plateforme, il est donc plus difficile de frauder). Alors que, affirme-t-il, payés souvent en liquide, de nombreux taximen déclarent à peine 30% de leurs recettes.


Et Uber dans tout ça?

Pourquoi la firme US ne s'assure-t-elle pas que les chauffeurs inscrits sur sa plateforme respectent les lois régionales? Sur son site internet, la société américaine demande à ses "partenaires" de bien prendre connaissance de la règlementation de la région où ils prennent leur licence. On est dans le cas de figure habituel des géants d'internet qui gèrent des plateformes mais ne s'estiment pas responsables de ce que les utilisateurs y font.

Notre chauffeur Uber lui-même y perçoit une certaine hypocrisie: "Si Uber fait du service taxi, il devrait travailler avec les taxis et pas avec les limousines qui sont soumises à une autre législation (voir plus haut)", estime-t-il.

Si le secteur des taxis bruxellois a déployé toute son énergie pour lutter, avec légitimité, contre la concurrence déloyale d'UberPOP, ce secteur, souvent critiqué par les Bruxellois pour son prix et la qualité de son service (des critiques qu'on retrouve cependant dans de nombreuses grandes villes du monde) aurait aussi dû prendre l'arrivée d'Uber comme une aubaine pour se remettre en question et évoluer, estiment de nombreuses personnes, dont le chauffeur Uber que nous avons questionné.

"Souvent, les taxis nous disent qu'on leur a volé leur pain. Mais en réalité, ils ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ce sont les clients Uber qui en ont d'abord marre des taxis car certains ne sont pas corrects, font des détours, les maltraitent et ainsi de suite. Pas tous, mais certains sont des crapules", considère-t-il. "Faites une enquête auprès des clients Uber. C'est d'abord eux qui décident de choisir un véhicule Uber plutôt qu'un taxi, ce n'est pas nous les chauffeurs qui leur disons "Allez, prenez Uber, prenez Uber". Si on laisse le choix au client entre Uber et un taxi, la plupart choisira Uber, en tout cas ceux qui sont connectés dans le monde moderne", poursuit le chauffeur Uber. "Les taximen doivent se remettre en question et améliorer la qualité du service. Quand c'est un petit trajet, le taxi envoie balader le client. Le service manque de professionnalisme. Certaines voitures sont sales et de nombreux chauffeurs ne portent pas de cravate", observe encore notre témoin.

Et quand les taxis mettent en avant les différences de coût des licences et de formation entre eux et Limos, là encore le chauffeur Uber a son avis sur la question. "Je paie autant qu'eux pour les assurances. C'est une assurance spéciale qui coûte 3000 euros. La différence est que nous n'avons pas acheté une licence (NDLR: il y a un nombre limité de licences mais elles peuvent être revendues). Si eux se sont fait avoir et ont acheté une licence à 100.000 euros, excusez-moi, mais ils sont stupides. Ce n'est pas nous qui leur avons dit "Allez-y, achetez une licence à 100.000 euros" et qu'après ils se retrouvent bloqués, surendettés, c'est de leur faute". Quant à la formation, le chauffeur ne l'estime plus nécessaire à l'époque du GPS: "Peut-être fallait-il une formation dans les années 80 pour connaître toutes les rues mais maintenant, avec la technologie, il y a tout ce qu'il faut. Il n'y a rien à apprendre pour le service limousine, mis à part remplir un contrat, mais il ne faut pas être diplômé pour ça".

Précisons également que les taxis doivent aussi passer un test psycho-technique suivi d'un entretien avec un psy, ce qui n'est à nouveau pas le cas des chauffeurs de limousine. Quant au prix de la course, souvent jugé trop élevé, Sam Bouchal de le FeBeT objecte que de toutes les villes de Belgique, Bruxelles est la moins chère, juste derrière Liège.

Les différences entre taxis et limos appartiendront peut-être bientôt au passé si le plan taxi du ministre de la Mobilité, Pascal Smet, voit (ENFIN) le jour dans sa version actuelle.

chapitre6

Il est un point sur lequel taximen et chauffeurs Uber s'accordent: la solution est politique. Pour les deux camps, le gouvernement bruxellois doit agir et vite. Il faut apporter de la clarté et éliminer les "zones grises" dans la réglementation actuelle. Cela passe par le Plan Taxi sur lequel planche le ministre de la Mobilité Pascal Smet depuis de nombreuses années. Le Plan Taxi est une adaptation en profondeur du transport rémunéré dans la capitale. Il cherche à tenir compte de l'apparition de nouveaux services comme celui d'Uber, avec ses aspects positifs (facilité, sécurité, côté pratique, etc.) et négatifs (concurrence déloyale, "ubérisation" c'est-à-dire apparition de "mini-jobs" mal payés avec une faibles protection sociale).

Ce Plan Taxi est aussi guidé par un objectif de mobilité plus large pour Bruxelles: "Pousser davantage les gens à prendre un transport rémunéré pour diminuer le nombre de véhicules en circulation dans une capitale congestionnée", écrit-on dans la présentation du plan. Aujourd'hui, 35% des ménages à Bruxelles sont sans voiture. La Région veut atteindre les 45% en 2025.

Le Plan Taxi a été dévoilé au printemps de cette année par Pascal Smet. L'accueil des taxis n'a pas été particulièrement enthousiaste... Informé par une brochure explicative, ceux-ci se sont d'ailleurs mobilisés pour manifester leur désaccord dans les rues de Bruxelles. Une phase de concertation entre autorité et représentants des taxis est en cours. "Chacun a pu faire ses remarques sur les grandes lignes du plan. Celles-ci ont été consignées, enregistrées. Le ministre va en faire part au gouvernement", nous a rapporté le porte-parole du ministre.

Quels sont les grandes lignes du plan? Aujourd'hui, il y a deux systèmes qui coexistent: d'une part celui des taxis, de l'autre celui des chauffeurs de limousine. Le but est de tout ramener à un seul système avec les mêmes règles pour tout le monde. Petite révolution, la licence ne serait plus liée à un véhicule mais bien à un chauffeur, ce qui empêcherait la vente en noir des licences et l'accumulation des licences par un exploitant. Le "numerus clausus" de chauffeurs et de véhicules seraient augmentés. On pourrait avoir 1800 taxis au lieu des 1300 actuels et le nombre de chauffeurs grimperaient à 3600 au lieu de 3000.

La Région voit dans cette réforme l'opportunité pour le chauffeur d'être son propre patron avec toute la flexibilité que cela permet. Il sera libre de choisir s'il veut travailler pour une entreprise, en coopération avec d'autres chauffeurs ou comme indépendant. Il pourra aussi s'inscrire à autant de plateformes de réservation (Uber, centrale téléphonique, etc.) qu'il veut.

Mais la FeBet voit au contraire une fragilisation des chauffeurs: "Pascal Smet va tirer l’ensemble du secteur des taxis vers le bas ! Le fait d’accorder des licences aux chauffeurs et non plus par véhicule entraînera la fin du salariat. Chaque chauffeur devra assumer les charges sociales, les frais liés au véhicule, les assurances spéciales. On se dirige vers une précarisation du secteur", dénonçait Sam Bouchal, porte-parole de la Fédération belge des taxis, dans le journal La Libre Belgique.

Le fait d’accorder des licences aux chauffeurs et non plus par véhicule entraînera la fin du salariat

Et que devient Uber? Les autorités bruxelloises ne veulent pas sa disparition mais sa soumission à des règles. Les plateformes de réservation seront "réglementées et responsabilisées", peut-on lire dans la note de principe du plan. Elles devront "remplir les conditions en matière de transparence et de respect des droits des chauffeurs".

L'application d'un plan Taxi à Bruxelles n'est sans doute pas pour demain et il reste toujours à trouver un accord avec les représentants de la profession. Mais il faut aboutir, toutes les parties en conviennent. Il serait stupide que des plateformes modernes et aussi pratiques qu'Uber ne puissent être intégrées durablement (d'ailleurs, il y aurait de nombreux taxis qui, discrètement, travailleraient déjà avec Uber, c'est en tout cas ce qu'affirment des clients Uber qui sont régulièrement transportés par des taxis bruxellois alors qu'ils sont passés par la plateforme Uber). Cela passera par des efforts de tous, du géant américain qui devra se plier à certaines règles et jouer le jeu, aux taxis qui doivent saisir l'opportunité pour se moderniser, améliorer leur image et la qualité du service. Tout le monde sera gagnant et d'abord les Bruxellois et leur ville.

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