En ce moment
 
 

18 ans de prisons requis contre une femme ayant tué son mari à La Louvière

18 ans de prisons requis contre une femme ayant tué son mari à La Louvière
 
 

Pierre Hustin, avocat général à la cour d'assises du Hainaut, a requis mercredi une peine de dix-huit années de réclusion criminelle contre Onjanirina Rakotomalala, reconnue coupable du meurtre de son époux, Francesco D'Alessandro, commis le 12 octobre 2018 à La Louvière.

La Malgache, arrivée en Belgique en août 2018, n'a aucun antécédent judiciaire, ce qui est une circonstance atténuante. Toutefois, ce n'est pas "une prime" comme l'a déclaré l'avocat général. Ce dernier note que, pour la première fois, la meurtrière a émis des regrets, se mettant à genoux pour demander pardon à la famille de la victime. "Mais nous sommes encore bien loin de l'amendement", a déclaré l'avocat général. La meurtrière a déclaré que son enfance avait été malheureuse dans un des pays les plus pauvres du monde. Des lacunes éducatives ont été mises en évidence par les experts en santé mentale, ce qui est une circonstance atténuante pour l'accusation.

Mercredi, le jury a estimé qu'elle était bien animée de l'intention de tuer quand elle a frappé son mari, à deux reprises, avec un couteau.

"Laissez-lui un peu d'espoir"

Les avocats d'Onjanirina Rakotomalala ont demandé au collège, formé par la cour et le jury, de laisser une lueur d'espoir à la Malgache.

Me Mairiaux est revenue sur cette enfance malheureuse dans sa plaidoirie, alors que la jeune femme a fait une énième crise de larmes depuis le début du procès. "Qui voudrait de cette jeunesse ?", demande l'avocat qui trouve indécent de banaliser la tentative de suicide qui a eu lieu juste après le crime. Il ajoute que la Malgache lui a confié que la prison était mieux que sa vie dans son pays.

Me Ronveau suit la jeune femme depuis son arrestation, le 6 novembre 2018, alors qu'elle venait de sortir du coma. Dès le début, sa cliente lui a raconté l'extrême précarité dans laquelle elle a grandi. Elle s'est construite dans un climat de violence, battue par sa mère, violée par son oncle, frappée par son premier mari. Pour ses avocats, elle n'a rien inventé au sujet de son enfance et de sa jeunesse.

Fin juin 2017, Onjanirina Rakotomalala rencontrait Francesco D'Alessandro sur Facebook, un réseau social qu'elle utilisait depuis deux ans. Elle se sentait malheureuse, en manque d'amour, dans son pays. "Quand on lit leurs conversations, on voyait des projets de vie entre eux. Je pense qu'elle voyait en lui un homme stable et responsable, qui pouvait la protéger de tout ce qu'elle a vécu. Dans un message, il avait juré de ne jamais lui faire de mal", a déclaré le pénaliste.

En janvier 2018, ils se sont rencontrés à Madagascar. Elle a débarqué, début août en Belgique. "Au début, tout allait bien même si elle avait du mal à s'intégrer, mais dès le mois de septembre, il s'est montré violent avec elle", a poursuivi l'avocat.

Pourquoi n'a-t-elle pas déposé plainte ? Le pénaliste répond qu'elle ne connaissait pas les us et coutumes en Belgique. "D'ailleurs, son amie malgache a déclaré que, le 12 octobre 2018, elle devait l'accompagner à la police pour déposer une plainte", a insisté l'avocat. Cinq jours plus tôt, l'amie malgache avait pris une photo du cou de l'accusée, marqué par une trace de violence.

L'avocat note que deux témoins, ex-compagne de la victime, ont parlé de faits de manipulation et de relation chaotique. "Ces deux femmes ont décrit ce que ma cliente a vécu, sans la connaître". Il ajoute que ces deux femmes ont décrit les exigences sexuelles de la victime, identiques à celles décrites par la meurtrière. À ce sujet, les autres parties au procès ont relevé que la meurtrière a proposé des relations très coquines à la victime, lors de leurs conversations sur internet.

Le 12 octobre 2018, Onjanirina Rakotomalala tuait son mari de deux coups de couteau, dont le deuxième a sectionné la carotide, car elle avait la certitude qu'il parlait avec d'autres femmes sur internet. Comme l'ont déclaré les jurés dans l'arrêt sur la culpabilité, ce coup a été porté plein de haine et de rancœur. Elle a ensuite tenté de se suicider en se portant des coups de couteau, en ingurgitant des médicaments et en buvant de l'esprit-de-sel.  Plusieurs circonstances atténuantes ont donc été plaidées par la défense : l'enfance malheureuse de la meurtrière, ses aveux, le comportement violent de la victime, sa tentative de suicide, le déracinement culturel de la meurtrière, l'absence d'antécédent judiciaire et le risque faible de récidive.


 




 

Vos commentaires