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Procès du viol et meurtre de Wivinne Marion: les caméras et le téléphone de l'accusé contredisent ses déclarations

 
 

La cour d'assises de Namur a entamé ce lundi le procès de Xavier Van Dam, accusé de séquestration, viol, et assassinat sur Wivinne Marion, le 1er novembre 2018 à Namur. Après la lecture de l'acte d'accusation par l'avocat général, le président Olivier Warnon a procédé à l'interrogatoire de l'accusé. Si ce dernier a accepté de répondre aux questions du président au sujet de son passé, il a fait usage de son droit au silence en ce qui concerne les faits de la cause. Après cet interrogatoire, les enquêteurs ont présenté leur travail.

Durant l'interrogatoire, Xavier Van Dam n'a pas donné plus d'explications, car il continue de dire qu'il ne sait pas ce qu'il s'est passé. Il avait le discours fluide et posé. En aveu, il maintient l'amnésie. "Si c'est moi qui ai fait, je préfère ne pas m'en souvenir", a-t-il déclaré, selon notre envoyé spécial. Lorsque le président de la cour Olivier Warnon lui demande s'il est d'accord de répondre à ses questions, l'accusé répond: "Je suis surtout d'accord de prendre mes responsabilités. Je n'ai pas beaucoup plus d'explications à donner vu que je ne m'explique pas ce qui s'est passé". L'inculpé a ensuite refusé de répondre aux questions concernant les faits pour lesquels ils est poursuivi, faisant appel à son droit au silence (voir ci-dessous).

Après l'interrogatoire de l'accusé, les enquêteurs de l'affaire ont présenté leur travail à la cour. 

La téléphonie et les caméras contredisent les déclarations de l'accusé

Les enquêteurs ont commencé leur exposé par la retransmission de l'appel d'un agriculteur. Peu avant 9h, à Boninne, il avait surpris l'accusé en train de donner des coups et d'étrangler une femme avant de la charger dans le coffre de sa voiture, une Renault Laguna bleue. Un véhicule qu'il précipitera dans la Sambre au bord du hallage à Flawinne. Xavier Van Dam sera interpellé sur place, couvert de sang. Quelques heures plus tard, la voiture est sortie de l'eau. Le corps de Wivinne Marion y est retrouvé.

De l'autopsie du corps, il ressort que la victime présentait d'importantes blessures au visage et des indices de strangulation. Une absence d'eau dans la cavité buccale et dans l'estomac est relevée, ce qui prouve que la Namuroise était décédée au moment où la voiture a été immergée. Aucune lésion de défense n'ont été relevées.

Le 2 novembre, Xavier Van Dam est auditionné par la juge d'instruction Burton. L'homme réaffirme alors qu'il n'a plus de souvenirs à partir du 1er novembre à 5h du matin, heure à laquelle il quitte une soirée qui se déroulait à Meux. Il affirme s'être ensuite réveillé sur un parking à Onoz, 5 heures plus tard. L'individu est ensuite inculpé pour homicide volontaire avec préméditation, détention arbitraire d'un particulier et tentative de viol. Cette dernière qualification évoluera en viol avec la découverte de l'ADN de l'accusé dans l'intimité de la victime. L'accusé est alors placé sous mandat d'arrêt.

Sur le téléphone de Wivinne Marion, retrouvé par un passant chemin des Tombes à Boninne, à proximité de l'endroit où l'agriculteur a observé Van Dam en train d'agresser la victime, l'application de running relève que la course de la Namuroise s'est arrêtée brusquement à cet endroit à 8h46. De la téléphonie de Xavier Van Dam, il ressort que malgré le fait que celui-ci dise ne se souvenir de rien à partir de 5h, il a pourtant été en contact par message avec plusieurs personnes. Son téléphone a activé plusieurs antennes après 5h40 du matin. Vers 5h49, il active des pylônes au niveau de Gembloux, se rend ensuite à Bois-de-Villers, essaie de contacter un ami vers 6h du matin, se rend à Bouge vers 6h45. Entre 7h15 et 7h40, l'inculpé consulte ensuite de la pornographie en ligne.

De l'enquête caméras, il ressort qu'à 7h14, Xavier Van Dam est à la station Q8 de Malonne. Il est ensuite observé entre 7h30 et 8h au bar à Champagne La Libertine à Lives-Sur-Meuse, où il aura une relation tarifée avec une hôtesse. Les caméras repèrent ensuite Xavier Van Dam chaussée de Louvain, où il croise le chemin de Wivinne Marion, qui a commencé son jogging quelques minutes plus tôt. Xavier Van Dam effectue ensuite des allers-retours, visiblement afin de recroiser le chemin de la joggeuse.

Des témoignages recueillis dans la station-service et dans le bar à champagne où s'est rendu l'accusé, il ressort que Van Dam n'était pas en état d'ivresse. 

Le passé du prévenu: père absent, décès de proches, alcool, drogue et condamnations

Xavier Van Dam est né de père inconnu. L'accusé l'a retrouvé alors qu'il était adolescent mais son géniteur a refusé de le reconnaître. Le trentenaire a vécu avec sa mère chez ses grands-parents, qui l'ont élevé comme leur fils. Le Namurois fond en larmes lorsqu'il évoque le souvenir de ceux-ci, leurs décès l'ayant profondément marqué vu le rôle qu'ils ont joué durant son enfance, son grand-père ayant été un père pour lui.

La disparition de son ami Adrien Mourialmé, dont le corps a été retrouvé en mai 2018 près d'Annecy après que le cuisinier namurois se soit suicidé a également touché Van Dam, ému au moment d'évoquer le souvenir de son ami. C'est à partir de ce moment que la consommation d'alcool et de stupéfiants, de cocaïne, essentiellement, a pris des proportions problématiques. "Je faisais cela pour oublier, c'était une fuite en avant et pas la bonne solution. Je me suis rendu compte en prison que j'avais un problème d'alcool".

Xavier Van Dam a déjà été condamné par la justice à plusieurs reprises. Deux fois par le tribunal de police pour excès de vitesse, conduite en état d'ivresse et délit de fuite, et deux fois par le tribunal correctionnel. La première pour vente de cannabis ("Je vendais pour consommer gratuitement") et la seconde pour des coups et une violation de domicile.

Initialement incarcéré à Namur, Xavier Van Dam dit avoir été victime de violences de la part de certains gardiens et détenus, suite à la médiatisation de l'assassinat de Wivinne Marion. L'accusé a donc été transféré vers Marche et vient de réintégrer la prison de Namur dans le cadre de son procès. "Je suis la cible de pressions psychologiques, mais rien de physique. Je reçois énormément de visites".

Je souhaite que mon droit au silence soit respecté

En début d'après-midi, le président Warnon a tenté de questionner Van Dam au sujet des évènements qui se sont tenus le jour des faits. Et l'accusé de répondre: "Je souhaite prendre mes responsabilités. Je ne m'explique toujours pas le meurtre de madame Marion. Je souhaite faire usage de mon droit au silence. Je n'irai pas plus loin". Quand le président lui demande s'il connaissait la victime, l'accusé répond: "Je ne souhaite pas répondre, je souhaite que mon droit au silence soit respecté".

Un refus de s'exprimer qui a surpris le président de la cour. "C'est un cas de figure que je n'ai jamais eu", a-t-il réagi. L'interrogatoire du prévenu s'est donc terminé. Les enquêteurs doivent désormais être entendus durant l'après-midi.

Rappel des faits

L'affaire a débuté suite aux constats d'un agriculteur. Peu avant 9h, à Boninne, ce dernier a surpris l'accusé, Xavier Van Dam, né en 1990, en train de donner des coups et d'étrangler une femme avant de la charger dans le coffre de sa voiture, une Renault Laguna bleue qui a démarré en trombe. Le témoin a relevé partiellement la plaque du véhicule et les forces de l'ordre l'ont recherché dans la région de Namur. La voiture de Van Dam a alors été repérée au bord du hallage, à Flawinne. Le temps que les policiers se rendent sur les lieux, l'accusé a précipité le véhicule dans la Sambre. Celle-ci contenait le corps de Wivinne Marion, la victime, née en 1976.

Privé de liberté dans la foulée, le Namurois a expliqué qu'il était sorti la veille dans une soirée à Meux qu'il a quittée vers 5h. Il a ensuite évoqué un trou noir lié à sa consommation d'alcool et le fait de s'être réveillé couvert de sang sur un parking à Onoz. C'est à ce moment qu'il aurait découvert le corps de Wivinne Marion dans son coffre et aurait tenté de s'en débarrasser, pris de panique. Entre-temps, la disparition de la victime, médecin au CHR de Namur, avait été signalée par son mari, celle-ci n'étant jamais rentrée de son jogging matinal.

L'autopsie de la Namuroise révélera un important traumatisme cranio-facial et des manœuvres strangulatoires manuelles, qui sont la cause de la mort de Wivinne Marion, déjà décédée avant que l'accusé précipite son véhicule dans la Sambre.

L'amnésie? Peu crédible selon les experts

Des analyses toxicologiques, il ressort que Van Dam avait consommé de l'alcool et de la cocaïne le soir des faits. A 8h53, son alcoolémie était estimée à 1,53 gramme par litre de sang. L'ADN de l'accusé a été retrouvé sur le corps de la victime.

Selon les expertises psychiatriques et psychologiques de Van Dam, son amnésie affirmée apparaît peu crédible et vraisemblablement manipulatoire, précisant que les quantités de toxiques absorbées avant les faits ne sont pas de nature à avoir provoqué une telle amnésie. Des traits manifestes de personnalité psychopathique sont relevés.


 




 

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