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"Du pyrophosphate de fer dans le Nesquik": faut-il en avoir peur?

 

Intrigué par un ingrédient présent dans la célèbre poudre chocolatée, Philippe nous a contacté après avoir découvert des informations alarmantes à son sujet sur internet. RTLinfo.be a enquêté sur cet ingrédient et ses effets soi-disant néfastes pour la santé. Il en ressort qu'il n'est pas nocif pour des personnes en bonne santé en respectant les doses conseillées sur l'emballage. Par contre, cet ingrédient, un additif permis par l'Europe, contribue à augmenter la quantité de phosphore qu'on ingurgite chaque jour, alors qu'on en absorbe déjà environ 2 fois trop... Explications.

En regardant par hasard derrière la boite de poudre chocolatée Nesquik qu’il donne à ses enfants, Philippe y repère un ingrédient "pour le moins étonnant" : le pyrophosphate de fer.

En cherchant des informations sur internet, il tombe alors sur un site consacré aux additifs alimentaires, ces fameux composés commençant par E que l’on retrouve dans la plupart des aliments industriels commercialisés en Europe.


Des sites internet alarmistes

L’autre nom du pyrophosphate de fer, c’est le E450. Et les informations que Philippe trouve sur ce site internet sont pour le moins alarmantes à son sujet : "Parfois rapporté comme sans danger connu à doses alimentaires ou sous la DJA (Dose Journalière Admissible), cette dernière serait dépassable, notamment chez les jeunes et les adolescents", explique le site qui recommande donc : "À consommer très modérément ou à éviter".

Le site explique que le problème vient des phosphates en général et cite plusieurs effets néfastes potentiels une fois consommés à trop forte dose : "Troubles digestifs", "nombreux dysfonctionnements du métabolisme", "possibilité de décalcification" des os, "les phosphates sont aussi suspectés de causer de l'hyperactivité chez l'enfant", est-il écrit.

"De nombreux parents achètent et donnent cette boisson à leurs enfants et je crois important de les alerter de la présence de cet additif", conclut Philippe dans le message qu’il nous laisse via notre bouton orange Alertez-nous.

Qu’en est-il vraiment ? Nous avons mené l’enquête pour tenter de vérifier les informations données par ce site.

1) Trouve-t-on du pyrophosphate de fer dans le Nesquik ? Oui

Comme sur chaque aliment préparé, on retrouve sur l’étiquette du Nesquik ses ingrédients, dont effectivement ce fameux pyrophosphate de fer.

nesquickinside

Vous pouvez d’ailleurs retrouver ces ingrédients sur le site belge de Nesquik, à la rubrique "Information nutritionnelle".

2) Pourquoi se trouve-t-il là ? Pour enrichir l'aliment en fer

On constate tout d’abord grâce au site Open Food Facts que cet ingrédient n’est présent que dans certains produits très spécifiques : le Nesquik, mais aussi certains laits pour bébés et certains aliments destinés aux sportifs avec les termes Health (santé) ou Fit (en forme) accolés.

La raison n’a rien d’étonnant : le pyrophosphate de fer est une des manières de fournir au corps humain une source de fer assimilable par notre organisme, donc d’enrichir un aliment en fer. C’est surtout un argument de vente puisqu’une alimentation équilibrée nous apporte normalement tout le fer dont notre organisme a besoin.

3) Qu’est-ce que c’est ? Un additif alimentaire autorisé par l'Europe

Pour faire simple et pour vous épargner des mots qui ne parlent qu’aux chimistes, ce pyrophosphate de fer (également appelé diphosphate de fer) est, comme tous les pyrophosphates, issu de l’acide pyrophosphorique, lui-même issu de l’acide phosphorique qu’on trouve à l’état naturel et qui est également utilisé comme additif alimentaire (E338).

Ces pyrophosphates sont effectivement repris dans la liste des additifs alimentaires autorisés en Europe sous le nom E450. Ils sont donc autorisés en Belgique puisqu’on se conforme à la législation européenne en la matière.

4) Est-ce sans danger pour la santé ? "A surveiller ..."

L’association Test-Achats, dans son dossier consacré aux additifs alimentaires, classe le E450 comme additif "à surveiller en raison d’un dépassement possible de la dose journalière admissible".

Contactée, l’association nous explique qu’elle a simplement répercuté la recommandation faite par le SPF Santé Publique, elle-même basée sur les études de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

Il faut noter ici que tous les additifs constitués de phosphates (et donc de phosphore, son constituant de base) obtiennent cette même recommandation par Test-Achats.

5) Quelle quantité de phosphore consomme-t-on ? Bien plus que la dose recommandée

Selon le Linus Pauling Institute de l’Université d’Oregon aux Etats-Unis, les doses de phosphore recommandées par jour sont de :

- 100 mg pour les bébés de 0 à 6 mois
- 275 mg pour les bébés de 7 à 12 mois
- 460 mg pour les enfants de 1 à 3 ans
- 500 mg pour les enfants de 4 à 8 ans
- 1250 mg pour les enfants et ados de 9 à 18 ans
- 700 mg après 19 ans

Mais ces valeurs ne représentent rien sans savoir quelle quantité de phosphore on consomme en général par jour. Selon l’EFSA, la consommation moyenne par jour des Européens adultes varie de 1000 mg à 1500 mg, avec des pics à 2600 mg, soit près de 3,5 fois la dose recommandée.

On consomme donc plus de phosphore qu’il n’en faut dans notre alimentation.

6) Quelles sont les doses journalières à ne pas dépasser ? 3000 à plus de 5000 mg

Une étude diligentée par les pays scandinaves en 2002 sur tous les additifs alimentaires autorisés en Europespécifie que "la dose journalière maximale tolérée" de phosphore est de "70 mg par kilo de masse corporelle". Soit, pour un homme belge moyen de 182 cm et 73,5 kg, 5145 mg de phosphore.

Chez nous en Belgique, on se base sur les recommandations de l’EFSA de 2006, qui stipulent que "un individu normal et en bonne santé peut tolérer jusqu'à 3000 mg de phosphore par jour, ce qui peut également être considéré comme étant l'apport maximal tolérable". Une valeur encore plus stricte donc que les 70 mg par kilo cités plus haut.

7) Pourquoi une telle différence entre dose recommandée et maximale ? Car on urine l'excédent

700 mg par jour recommandé pour un adulte, 1000 à 1500 mg réellement consommés en moyenne mais jusqu’à 3000 à 5145 mg comme valeur maximale.

Si l’on peut consommer tant de fois plus de phosphore que notre corps a besoin sans danger, c’est simplement parce que le trop plein est excrété par voie urinaire. Voilà pourquoi la Belgique précise sa dose maximale pour un individu "en bonne santé". En effet, chez les individus souffrant d’insuffisance rénale, les risques liés à un excès de phosphore sont plus grands.

8) Quelle quantité de Nesquik peut-on consommer sans risque ? Exemple pour un enfant

Par rapport au Nesquik, que représentent ces valeurs maximales ? Selon les données nutritionnelles du site de Nesquick, la quantité de phosphore dans le Nesquik est de 170 mg par 100g, "soit 24% des apports de référence pour un adulte-type".

On remarque donc que pour la marque, l’apport de référence est d’environ 700 mg, soit celle préconisée par l’Université d’Oregon pour un adulte. La marque n’oublie d’ailleurs pas de préciser "portions à adapter pour les enfants selon leur âge".

Mais on ne mange pas la poudre, on la dilue dans le lait. Toujours selon ces données, la quantité de phosphore dans un verre de Nesquik, soit 13,5g de poudre (2 cuillères à café) + 200 ml de lait demi-écrémé, est de 214,9 mg (dont "seulement" 22,95 mg dans la poudre). Les quelque 192 mg restants viennent tout simplement du lait. Et il faut aussi ajouter que le E450 n'est pas la seule source de phosphore dans la poudre de Nesquik, puisque le cacao, qui entre dans sa composition, en contient en grande quantité.

Selon ces données, on va voir qu’on se retrouve relativement vite en surdose, mais qu’on dépasse beaucoup moins vite la dose maximale préconisée.

Prenons l’exemple un enfant de 2 ans qui pèse un poids moyen de 12 kg. On lui recommande 460 mg de phosphore par jour. Un seul verre de Nesquik lui en apporte déjà 214,9 mg, soit près de la moitié. Un peu plus de 2 verres sur la journée et c’est déjà la surdose.

Et si on tient compte de la quantité maximale de phosphore recommandée (70 mg par kilo), on atteint une limite pour cet enfant à 840 mg par jour. À supposer que cet enfant ne se nourrit que de verres de Nesquik, il dépasserait la dose maximale tolérable après seulement… 4 verres.

On l'a vu, ce n’est pas tant le Nesquik qui est en cause, mais bien le lait. Il n’empêche que les enfants se retrouvent particulièrement vite en surdose de phosphore.

9) Quels sont les risques pour notre santé et celle de nos enfants ? Des effets gastro-intestinaux bénins

Le site trouvé par Philippe en répertoriait plusieurs.

1. "Troubles digestifs"

C’est vrai en cas de surdose, mais suffisamment bénin et pas assez systématique pour que l’Europe ne l’interdise pas. Elle cite 6 études différentes qui décrivent tout de même des "effets aigus" : "Des diarrhées osmotiques et d'autres effets gastro-intestinaux bénins, y compris dyspepsie (douleurs à l’estomac, ndlr), nausée et vomissements, ont été observés chez certains patients participant à des études" lors desquelles ils ingéraient volontairement jusqu’à 3008 mg de phosphore par jour.

2. "Possibilité de décalcification"

C’est vrai mais seulement en cas de problèmes rénaux. En effet, trop de phosphore associé à pas assez de calcium fragilise les os, mais cela n’a jamais été observé dans les études citées par l’Europe chez les personnes en bonne santé puisqu’on l’a vu, le trop plein de phosphore est évacué dans l’urine. Mais des problèmes de décalcification des os ont été effectivement observés chez des patients dont la fonction rénale était déficiente.

3. "Nombreux dysfonctionnements du métabolisme"

C’est faux. Seuls les deux cas cités au point 1 et 2 sont vérifiés. Le seul autre problème potentiel relevé par l’Europe, mais pour lequel "les données ne sont pas suffisantes" pour le prouver, est un éventuel lien entre trop de phosphore et une aggravation d’un état d’hyperparathyroïdie secondaire chez les personnes en carence de calcium ou de vitamine D, comme les femmes ménopausées.

10) Et le risque d’hyperactivité des enfants dans tout ça ? "Il n'y a pas d'étude pour le prouver"

On peut lire sur le site cité par Philippe que le phosphore est "suspecté de causer de l'hyperactivité chez l'enfant". C’est en effet une suspicion, mais il n’y a actuellement aucune étude qui le prouve.

Cette suspicion a été soulevée en 1976 par la pharmacienne allemande Hertha Hafer, dans son livre intitulé "La drogue cachée : les phosphates alimentaires (cause de troubles du comportement, de difficultés scolaires et de délinquance juvénile)".

L’hypothèse est que certains humains seraient plus sensibles aux phosphates que d’autres. Chez eux, les phosphates en trop grande quantité bloqueraient la sécrétion de noradrénaline, l’hormone qui sert à faire circuler l’information de et vers notre néocortex. Celui-ci représente 80% de notre cerveau alors qu’il n’atteint que 20% chez les petits rongeurs et est inexistant chez les poissons ou les amphibiens. Il est le centre de la perception, du mouvement, de l’abstraction et du langage, et c’est par lui que passe la mémoire. Résultat : il ne fonctionnerait plus parfaitement et laisserait place à l’impulsivité, aux problèmes de concentration, à la violence, bref, à tous les symptômes constitutifs de l’hyperactivité, un des composantes du TDA/H, le Trouble Déficitaire de l'Attention / Hyperactivité.

Mme Hafer a donc mis en place un régime pauvre en phosphates, la diète Hafer, avec lequel elle aurait soigné son propre fils avec succès. Il ne faudrait que 4 jours pour en ressentir les effets bénéfiques et l’ingestion de vinaigre de vin (donc d'acide acétique) prémunirait contre les rechutes en cas d’écart alimentaire.

Son gros avantage est que ce régime permettrait de se passer de Rilatine, le médicament qui calme les symptômes de l’hyperactivité mais qui est de la catégorie des amphétamines : il booste les capacités cognitives pour rétablir l’attention des enfants.


Des avis divergents

Face à ce qui semble être un remède miracle, Pascale De Coster, la fondatrice de l’asbl TDA/H Belgique, elle-même atteinte de TDA/H comme ses deux enfants, nous a donné son point de vue. "Je n’ai pas d’avis sur la question à partir du moment où il n’y a pas d’étude en double aveugle qui démontre son efficacité". Aucune étude ne permet en effet de conclure aujourd’hui que les phosphates causeraient l’hyperactivité. Elle ajoute aussi que "mes enfants ont régulièrement mangé sans aucun phosphate et on n’a pas vu de différence".

Mais les témoignages positifs d’autres parents fleurissent sur internet, comme dans cet exemple ou celui-ci. Selon eux, la méthode fonctionne très bien.

On serait tenté de se demander pourquoi douter de l’honnêteté de ces témoignages ? Que gagneraient ces personnes à mentir, puisqu’elles n’ont rien à nous vendre… au contraire de l’industrie agro-alimentaire qui ajoute des phosphates partout et de l’industrie pharmaceutique qui commercialise la Rilatine ? Si vous êtes dans le cas et souhaitez tenter la diète Hafer, RTLinfo ne peut que vous recommander d’en parler à votre médecin d'abord. S’il confirme que l'essayer 4 jours ne nuira pas à votre santé ou à celle de vos enfants, pourquoi ne pas tenter le coup ?

Mme De Coster souligne cependant un autre problème : ce régime est très contraignant. Il "désocialise" des enfants déjà stigmatisés pour leur différence. En effet, c'en est fini de manger comme les autres, "il doit tout refuser", déplore-t-elle.

11) Où trouve-t-on des phosphates ? Partout, mais en supplément dans la nourriture industrielle

Tenter de ne manger que la dose recommandée de phosphore par jour (qu'on trouve donc sous forme de phosphates dans l'alimentation) est effectivement très contraignant, pour la simple raison qu'il est présent partout ou presque : seuls le sucre et l'huile purs n'en contiennent pas. Même l'eau en contient (en quantités infimes). Il est un des deux minéraux les plus répandu dans les être vivants avec le calcium.

Il est particulièrement présent de manière naturelle dans :

Les produits laitiers (surtout le fromage), le poisson (surtout les oeufs), les fruits de mer, les graines, les fruits à coque, la viande (surtout le foie) et les oeufs, les légumes secs et le quinoa, les céréales, le cacao et les levures naturelles. Globalement, on peut résumer en disant que les aliments riches en protéines sont également riches en phosphore, mais il faut signaler que le phosphore présent dans les végétaux est moins assimilable par l'organisme que celui d'origine animale.

Avec ces sources naturelles, on atteint déjà aisément la dose recommandée par jour. Le problème, c'est que les industriels de l'agro-alimentaire en rajoutent de manière cachée.

C'est ainsi qu'il est aussi présent de manière artificielle, donc sous forme d'additifs, dans :

La levure chimique, les charcuteries (dont nuggets de poulet), le surimi, les sodas (en particulier les colas), les laits en poudre, les boissons pour sportifs, et globalement dans beaucoup d'aliments industriels. Selon le site Open Food Facts, près de 40.000 produits alimentaires vendus dans le monde en contiennent.

Ils servent d'acidifiants pour les boissons gazeuses, de sels de fonte pour les fromages, d'agents texturant rétenteurs d'eau pour les charcuteries, d'agents levants pour les biscuits ou pâtisseries industrielles, ou encore de stabilisants pour les purées de pommes de terre, etc. Et les phosphates dont ils sont constitués sont particulièrement facilement assimilables par l'organisme.

Si vous comptez y regarder à deux fois afin de réduire votre consommation de phosphates, voici en conclusion la liste de tous les additifs qui en contiennent:

E338 (Acide phosphorique ou acide orthophosphorique)

E339 (Phosphates de sodium ou orthophosphates de sodium)

E340 (Phosphates de potassium ou orthophosphates de potassium)

E341 (Phosphates de calcium ou orthophosphates de calcium)

E343 (Phosphates de magnésium ou monophosphates de magnésium)

E450 (Diphosphates ou pyrophosphates)

E451 (Triphosphates)

E452 (Polyphosphates)


Mais aussi en plus faibles quantités dans :

E442 (Phosphatides d'ammonium)

E626 (Acide guanylique ou guanosine 5'-monophosphate)

E627 (Guanylate disodique ou guanylate-5' de sodium)

E628 (Guanylate dipotassique ou guanylate 5'-potassique)

E629 (Guanylate de calcium ou ganylate 5'-calcique, apparemment dans aucun aliment commercialisé)

E630 (Acide inosinique ou inosine 5'-monophosphate)

E631 (Inosinate disodique ou inosinate de sodium)

E632 (Inosinate dipotassique ou inosinate de potassium, apparemment dans aucun aliment commercialisé)

E633 (Inosinate de calcium ou inosinate calcique, apparemment dans aucun aliment commercialisé)

E634 (5’-ribonucléotide calcique ou ribonucléotide de calcium, apparemment dans aucun aliment commercialisé)

E635 (5’- ribonucléotide disodique ou ribonucléotide de sodium)

E101(ii) (Riboflavine-5’-phosphate, colorant)

E1410 (Phosphate de monoamidon ou phosphate d'amidon ou amidon modifié)

E1412 (Phosphate de diamidon ou amidon modifié)

E1413 (Phosphate de diamidon phosphaté ou amidon modifié, apparemment dans aucun aliment commercialisé)

E1414 (Phosphate de diamidon acétylé ou amidon modifié)

E541 (Phosphate d'aluminium sodique acide ou phosphate de sodium-aluminium)

 

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