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L'enfer des transports en commun en temps de coronavirus pour Laurence, aide-soignante: 4 heures pour Bruxelles-Charleroi

L'enfer des transports en commun en temps de coronavirus pour Laurence, aide-soignante: 4 heures pour Bruxelles-Charleroi
(c) Belga
 
CORONAVIRUS

Le coronavirus en Belgique et les mesures prises par les transports en commun pour faire respecter le confinement ont des conséquences sur les travailleurs essentiels. Alors qu'ils doivent déjà prendre le risque d'être contaminés en étant au contact de la population, ils se voient parfois doublement pénalisés.

Laurence (prénom d'emprunt car elle veut garder l'anonymat) est une aide-soignante d'une quarantaine d'années, mère d'un enfant et habitant la région de Charleroi. Avant le confinement, son travail en maisons de repos et de soin n'était déjà pas simple, dit-elle. "Je fais la toilette de près de 15 résidents. Il faut les habiller, faire leur lit ou encore s'occuper des petits déjeuners." Mais depuis l'arrivée du coronavirus en Belgique, un stress s'appesantit sur la quadragénaire : "On voit beaucoup de cas. Des résidents sont décédés, des collègues ont contracté le virus et d'autres sont suspectés de l'avoir. Donc on est moins nombreuses pour assurer tout le travail. J'aime mon métier, mais je vais travailler avec la peur. C'est beaucoup plus stressant qu'avant. Et en même temps, on ne peut pas le montrer aux résidents. Ils ne voient déjà que nous, puisque leur famille ne peut plus venir les voir. Donc on leur sourit, mais ce n'est pas facile tous les jours."

À la pénibilité, accrue, du travail s'ajoute celle des transports. Elle cumule deux mi-temps et l'un d'eux l'envoie travailler en région bruxelloise, ce qui représente en temps normal 4 heures perdues chaque jour dans les transports en commun, dit-elle. Mais là aussi, le coronavirus a durci les choses à tel point que Laurence a ressenti le besoin de pousser un coup de gueule. Elle a téléchargé l'application RTL INFO uniquement dans le but d'utiliser le bouton orange Alertez-nous et faire connaître sa pénible expérience des transports en commun en ces temps d'épidémie.

Les bus devraient embarquer prioritairement les gens qui travaillent. Les jeunes en balade : non !

En étant si proche du virus, "quand on quitte le travail, on n'a qu'une envie, c'est de rentrer prendre une douche". Mais là commence le calvaire. Si d'habitude, il lui faut 4 heures pour faire l'aller-retour, dernièrement ç'a été 4 heures pour le seul retour. "J'ai quitté le travail à 15h et je suis arrivée à la maison à 19h". La raison ? Les bus qui affichent complet les uns après les autres. "Ils ne peuvent embarquer que 5 personnes. Il y avait une femme avec 2 enfants à mon arrêt. Je lui ai expliqué que j'avais travaillé toute la journée et qu'elle, elle s'était juste baladée. Mais sa seule réaction a été de me dire qu'il fallait bien occuper les enfants. Ils sont montés dans le bus et moi j'ai attendu le suivant."

"Alors je comprends. Il fait beau, on a envie de sortir. Mais il y a trop de monde dans les rues et dans les transports. Les bus devraient embarquer prioritairement les gens qui travaillent. Les jeunes en balade : non !"

Bus complet le matin: son premier employeur lui offre son aide

Mais le pire, c'est quand Laurence part travailler le matin. Presque tous les jours, son bus affiche complet et ne s'arrête même pas à son arrêt. "Comme ils sont en horaire de vacances, je dois attendre 30 minutes le suivant sans être sûre de pouvoir monter dedans."

C'est ce qui est arrivé dernièrement alors qu'elle se rendait au mi-temps proche de chez elle. "J'ai appelé ma directrice pour la prévenir de mon retard. Sa réaction m'a touchée. Elle m'a dit : si ton prochain bus est complet, rappelle-moi et je viendrai te chercher moi-même en voiture ! Et pas de discussion sur les horaires. J'ai juste terminé plus tard ma journée pour compenser."

Son second employeur la menace de retenue sur salaire

Forte de cette expérience, elle a ensuite prévenu son autre employeur, celui de Bruxelles, qu'elle risquait de ne pas pouvoir arriver à l'heure vu la situation chaque matin. "Si je rate mon bus, qui est le premier de la journée, je dois prendre le train suivant, je rate ma correspondance et au final, j'arrive une heure en retard. Je lui ai donc demandé s'il était possible de modifier mon horaire. Mais il a refusé de changer. Il m'a dit que s'il faisait ça pour moi, il devrait le faire pour tout le monde. Et il m'a dit que si j'arrivais en retard, ce serait retenu sur mon salaire !"

Tellement choquée qu'elle s'est mise en maladie

Une réaction qui a profondément blessé Laurence. "Je suis démotivée. Et donc au final j'ai appelé mon médecin et je me suis mise en maladie. Il ne veut pas comprendre ? Tant pis ! Je ne suis pas allée travailler et donc ils ont au final été pénalisés plus qu'autre chose. Ce qu'il a gagné à réagir comme ça ? Rien ! Je dois y retourner bientôt, mais il n'est pas question que je coure pour eux. Oui c'est moi qui ai choisi de travailler si loin de chez moi, mais je trouve sa réaction honteuse et inadmissible."

Plusieurs dans le même cas dans sa région

Sans voiture, il resterait en temps normal la solution du covoiturage. Mais "c'est pas le but de se mélanger avec d'autres personnes en ce moment... Donc je subis. Je n'ai pas d'autre solution. Et je ne suis pas la seule. Je connais quatre personnes de ma région qui comme moi travaillent sur Bruxelles en train, et ils rencontrent le même problème. Une seule a réussi à négocier son horaire."

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