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"Je l'ai encore en travers de la gorge": colère de Cyril qui a reçu une amende de 250 euros pour s'être assis sur un banc

(c) AFP
 
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Parti prendre l'air le lundi de Pâques, le Berchemois est rentré chez lui avec une amende salée. Une interpellation dont il garde un souvenir amer.

Cyril, 34 ans, de Berchem-Sainte-Agathe en région bruxelloise, nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous au sujet de son interpellation par la police alors qu'il était assis sur un banc à proximité de son domicile. Après un échange tendu avec les agents, il a écopé de 250 euros d'amende. Largement abusif, selon lui, dans le contexte de la mésaventure qu'il nous a racontée.

Un moment de détente sanctionné par des policiers inflexibles

"J'habite seul dans un 30m2, j'ai envie de me taper la tête contre les murs", confie Cyril. Le lundi de Pâques, il est sorti de chez lui pour se promener comme il est autorisé et même encouragé de le faire. Après deux heures de balade, il a fait ses courses, puis s'est assis sur un banc pour profiter du soleil. En mal de lien social pendant cette période de confinement, Cyril a entamé une conversation avec un habitant du quartier, en respectant les distances de sécurité, dit-il.

Une patrouille de police qui passait en voiture leur a fait signe de quitter les lieux. De bonne humeur, le jeune homme a tenté une plaisanterie à leur intention. "Je promène mon sac de courses", leur a-t-il dit. Une blague qui n'était visiblement pas du goût des agents. Ces derniers sont sortis de leur véhicule pour les interpeller. "Ils étaient vraiment nerveux", affirme Cyril, qui pensait alors être dans "(son) bon droit". Puis le ton est monté, surtout avec l'autre habitant du quartier.

Les deux Berchemois ont été sanctionnés chacun d'une amende de 250 euros. "C'est la première fois que j'ai été interpellé depuis le début de ce confinement et vous me mettez directement 250 euros d'amende", s'est indigné Cyril. Pour tout dialogue, un des agents leur aurait répété qu'il n'y avait pas à discuter. "Je l'ai encore en travers de la gorge", rumine le trentenaire.

Les bancs réservés aux personnes aux personnes âgées et à mobilité réduite

Si la sanction lui parait très excessive, Cyril reconnait ses torts. Comme nous l'a confirmé notre interlocuteur au numéro vert du Centre de crise, il n'est pas autorisé de s’asseoir sur un banc en cette période de confinement. "C'est réservé aux personnes qui ont des problèmes de mobilité ou les personnes âgées", précise-t-on.

"J'étais mal renseigné et je pense que personne ne le savait", estime Cyril. Y-a-t-il eu un "flou" sur cette règle, comme il le dénonce ? Au début du mois d'avril, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort, lors d'un appel au civisme, a évoqué la possibilité de s’asseoir sur banc, à condition d'y rester seul et pas plus de cinq minutes.

La police est là pour informer, et pour sanctionner si des gens exagèrent

Nous avons contacté Benoît Ramacker, porte-parole du Centre de crise, pour y voir plus clair. Il nous a expliqué le cadre général de la règle : "Si une personne reste toute l'après-midi sur un banc, ça ne va pas. L'idée c'est qu'il faut rester un maximum chez soi. Si on s'assied deux minutes sur un banc, c'est pas ça qui est grave. La police est là d'abord pour informer et puis malheureusement sanctionner si des gens exagèrent, et il y a des gens qui exagèrent". Et le porte-parole de conclure : "Si vous avez un doute, comme 'est-ce que je peux m'asseoir sur un banc ou pas ?', il vaut mieux ne pas le faire".

Précisons que plusieurs communes dans le pays ont placé des avis sur les bancs ou les ont fait entourer d'un bandeau de police pour signifier qu'on ne pouvait s'y asseoir, comme à Ostende sur la photo ci-dessous.

banc-ostende

250 euros, une somme considérable pour un jeune homme sans emploi

Cyril, licencié il y a peu, se retrouve quoiqu'il en soit avec 250 euros d'amende à payer avant le lundi 27 avril. "C'est énorme ! On se sert de nous pour renflouer les caisses", s'indigne-t-il, imaginant cette somme multipliée par le nombre de verbalisations dans le pays.

Plus de 36.000 PV en un mois, mais un nombre d'infractions bien supérieur

36.114 PV ont été rédigés depuis le 18 mars, indique Jana Verdegem, porte-parole de la police fédérale. "Ce chiffre est une sous-estimation, précise-t-elle. Il est basé sur le nombre de PV enregistré par les services de police dans le BNG (banque de données nationale générale, Ndlr), qui ne reprend pas les sanctions administratives communales". Or les zones de police bruxelloises, par exemple, utilisent une sanction administrative dans deux tiers des cas. "En réalité, le nombre d’infractions est donc encore beaucoup plus haut !", estime Jana Verdegem.

La zone de police à laquelle appartient Berchem-Sainte-Agathe, Bruxelles-Ouest, ne nous a pas donné de chiffres sur le nombres de PV rédigés. À titre d'exemple, depuis le 1er avril dernier, la zone de police de Bruxelles capitale-Ixelles a constaté 4.299 infractions dans le cadre du respect des règles de confinement. Près de 2.700 amendes (2.694) ont été infligées et quelque 1.605 procès-verbaux établis.

Déplacements non-essentiels et rassemblements, numéros 1 des infractions

Au niveau national, les infractions les plus courantes sont les déplacements non-essentiels et les rassemblements, note Jana Verdegem. Des pics d'infractions sont constatés le week-end, avec un "pic manifeste" le week-end de Pâques. 32,6% des personnes en infraction se trouvent dans la catégorie d’âge de 18 à 24 ans, 15,6% dans la catégorie de 25 à 29 ans.

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