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Interdiction des langes dans les poubelles à compost: Florence, jeune maman, dénonce une mesure "discriminatoire" à Jemeppe-sur-Sambre

Interdiction des langes dans les poubelles à compost: Florence, jeune maman, dénonce une mesure
 
 

La gestion des couches de son bébé lorsqu’on est jeunes parents peut parfois amener à se poser différentes questions en ce qui concerne le budget et l’impact écologique que cela représente. Aujourd’hui, Florence se retrouve face à un dilemme en raison des mesures prises par sa commune de Jemeppe-sur-Sambre. C’est là qu'elle vit avec sa compagne et leur petit garçon de 21 mois.  

L'interdiction de mettre les couches souillées dans les poubelles à compost, entrée en vigueur en janvier dernier en région wallonnea sérieusement compliqué la donne pour la petite famille, qui doit désormais jeter les langes usagés dans la poubelle à puce.  

"Le poids est contrôlé chaque année. Si nous avons toujours eu une consommation de déchets raisonnable (et même en deçà de la moyenne), ici, notre quota va exploser !", nous a écrit Florence via le bouton orange Alertez-nous.  

C'est en effet en fin d'année que le montant total de la facture "déchets" est calculé dans cette commune. Toutes les levées additionnelles sont ajoutées et la note est envoyée aux citoyens.  

Des alternatives ont été proposées mais la jeune maman n'y adhère pas vraiment, et ce n'est pas faute d'avoir essayé.  

"La politique de la commune n'est pas d'octroyer des kilos supplémentaires aux parents de jeunes enfants mais de privilégier une prime de 125 euros pour l'achat de couches lavables. Or, nous avons déjà essayé… On a vite déchanté ! Cela déborde de partout, les machines devaient tourner tous les jours et notre fils a fait une réaction allergique", raconte l'enseignante de 44 ans.  

Pas du tout convaincue par cette alternative, Florence donne encore l'argument de l'hygiène : "Je ne vais pas changer mon fils moins souvent pour jeter moins de langes", lance-t-elle encore.  

Et pourtant, Florence et sa compagne sont sensibles à l'environnement et font différents efforts dans plusieurs domaines : "On a récupéré des poules de batterie, on a un appareil pour l'eau gazeuse, un adoucisseur d'eau et avons testé les langes lavables bien avant que la commune ne le suggère".  

Une production de déchets en-dessous de la moyenne 

La Jemeppoise dit faire très attention à ne pas produire trop de déchets. La petite famille est en-dessous de la moyenne wallonne. 

Les chiffres du site internet de l'état de l'environnement wallon révèlent qu'en 2018, 518,4 kilos de déchets par habitant ont été collectés. Ces chiffres comprennent la collecte sélective et les ordures ménagères classiques. Ce sont celles-ci qui nous intéressent car c'est ce qui est récolté dans les poubelles à puces de certaines communes comme Jemeppe-sur-Sambre.  

Ces ordures ménagères brutes (OMB) représentaient 27,9% du total de 518,4 kilos de déchets. Ce qui revient à 144,6 kilos par an et par habitant.  

"La moyenne de notre commune est de 69 kg par personne. Avec notre production de 60 kg par personne (120 kg en tout), nous sommes donc en deçà", explique Florence en se basant sur sa facture de 2019.  

Avec 10 kilos de langes par semaine, on va arriver à une demi-tonne en fin d'année

Elle craint qu'avec les couches pleines de son fils, la facture de fin d'année soit plus élevée. Et imagine que beaucoup d'autres familles vont avoir une mauvaise surprise en découvrant la note. 

10 kilos de langes par semaine 

La jeune maman a pesé la couche de son fils un matin afin d'effectuer un rapide calcul : 300 grammes. Son petit garçon utilise généralement 6 couches par jour + une la nuit. Ce qui fait un total d'un peu plus de 2 kilos de couches sales qui vont aux ordures quotidiennement. Sachant que le petit garçon va à la crèche 2 jours par semaine, il est à la maison 5 jours, ce qui donne 10 kilos par semaine de déchets de langes.  

"Avec 10 kilos de langes par semaine, on va arriver à une demi-tonne en fin d'année", lance-t-elle encore.  

Florence également procédé à une simulation de calcul de ce qu'elle risque de payer cette année avec les couches dans la poubelle à puce, tout en tenant compte des levées supplémentaires que cela va engendreret elle arrive à un montant de 264 euros. 

En 2019, la note était de 119 euros avec 16 levées gratuites, ce qui équivaut à peu près à une levée toutes les 3 semaines. Cette année, elle dépassera ce chiffre étant donné qu'elle doit sortir sa poubelle à puce plus souvent.  

"On n'attend plus 3 semaines avant de sortir la poubelle à puce, question d'odeurs. Si nous la sortons toutes les deux semaines (et encore, cela me parait long), cela fera minimum 26 levées par an, soit 10 levées supplémentaires que les 16 offertes. Sachant qu'une levée revient à 1,80 euros, cela va nous coûter 18 euros en plus", explique Florence.  

Au niveau de l'environnementon n'a pas le choix

La réponse de la commune 

L'échevine de l'environnement de Jemeppe-sur-Sambre, Éloïse Doumont rappelle tout d'abord que l'interdiction de jeter les langes dans les sacs biodégradables est une mesure qui a été prise partout en région wallonne depuis le 1er janvier 2021 pour la simple et bonne raison qu'ils contiennent trop de plastique que pour être acceptés dans la filière de recyclage des matières organiques. Partout en Wallonie, ils doivent être jetés dans un sac payant ou conteneur à puce et ne sont pas repris dans les parcs à conteneurs.  

"C'est clair qu'on a eu un certain confort jusqu'ici, explique l'échevine, et je connais la problématique des langes, je sais que c'est beaucoup de travail mais au niveau de l'environnementon n'a pas le choix", nous confie-t-elle. Éloïse Doumont est en effet elle-même une jeune maman et sait ce que cela représente.   

Une prime pour inciter à l'utilisation des langes lavables 

La commune de Jemeppe-sur-Sambre s’est inscrite dans la démarche zéro déchet depuis 2021. Et l'un des points d’action est la sensibilisation à l’utilisation des langes lavables. 

"Afin de favoriser l’achat de ce type de langes, le collège a instauré une prime à l’achat couvrant 50% des frais pour les achats réalisés depuis janvier 2021 pour les enfants de maximum 2 ans. Elle s’élèverait à maximum 125 euros et sera octroyée une seule fois par enfant", nous explique l'échevine.  

Et cette démarche a déjà été testée et approuvée dans une trentaine de communes wallonnes et bruxelloises. Elle est généralement de 125 euros mais certaines communes décident de l'augmenter au vu du succès rencontré.  

Déjà une dizaine de jeunes parents intéressés dans la commune

Florence Van Damme, éco-conseillère à Jemeppe-sur-Sambre nous donne deux exemples de communes dans lesquelles les parents passant aux couches lavables sont de plus en plus nombreuses : "La commune de Plombières a 15 demandes de parents par an. À Namur, c'est 24 familles qui ont fait la demande de primes". 

C'est elle qui sensibilise les jeunes parents à l'utilisation des couches lavables à Jemeppe-sur-Sambre. Et une dizaine de famille ont déjà manifesté leur intérêt pour cette prime. L'éco-conseillère avance plusieurs arguments. "Financier, en premier lieu, insiste-t-elle. Car c'est un investissement mais sur le long terme, c'est clairement plus économique". 

Florence Van Damme est tout à fait consciente que cela peut représenter un coût important au démarrage pour les familles plus précaires mais elle va tenter de les sensibiliser à l'intérêt de cette solution via différents moyens : elle travaille sur un flyer, et des événements sont organisés"Deux ateliers sont déjà prévus cette année, je réfléchis à en organiser un 3e. Et le 26 septembre, à l'occasion d'une journée consacrée au zéro déchet, aux donneries et à la seconde main, les couches lavables seront présentées", explique encore l'éco-conseillère. 

Les couches lavables peuvent d'ailleurs être achetées en deuxième main également. Parmi les communes qui proposent des primes aux jeunes parents utilisant ce type de couches, c'est une idée fort encouragée car elle permet de réduire le coût de l'investissement initial. 

Pour un seul enfant, les langes jetables nécessitent 25 kg de plastique 

Écologie et santé 

Autres arguments avancés par l'éco-conseillère en faveur des langes réutilisables : l'impact écologique.  

Un bébé va "produire" en moyenne une tonne de langes entre 0 et 2,5 ans (âge auquel l'enfant devient généralement propre). À raison de 5 à 6 langes par jour, il en utilisera 5.000 sur sa petite enfance, pour un coût de 1.350 à 2.250 euros (sans compter les frais d'enlèvement).  

"Pour un seul enfant, ces langes jetables nécessitent l’abattage de près de 5 arbres et la production de 25 kg de plastique (obtenu via 70 kg de pétrole brut)", apprend-on sur le site de BEP Environnement (responsable de la gestion des déchets ménagers en Province de Namur). Ils ont mis en parallèle ces chiffres avec le coût des couches lavables, avec une base de 20 à 40 langes, pour un prix de 800 à 1.200 euros, comprenant le coût du voile de protection en papier et des dépenses d’énergie, d’eau et de lessive. On arrive à une production de déchets (essentiellement dégradables) de 150 kilos. C'est donc 850 kilos de moins qu'avec une couche jetable.  

BEP Environnement et Florence Van Damme mettent également en avant l'intérêt pour la santé des langes réutilisables.  

"Composée principalement de fibres naturelles (coton), la couche réutilisable qui est en contact avec la peau du bébé ne contient aucune substance toxique et la laisse respirer", selon BEP.  

Le site précise même que ce système peut aider l'enfant dans son apprentissage de la propreté : "En grandissant avec des couches réutilisables, votre bébé va ressentir l’humidité dans sa couche quand il fait pipi. Votre bébé va alors se rendre compte que cette situation est inconfortable et il deviendra propre beaucoup plus rapidement" 

Changer les mentalités 

Florence Van Damme est bien consciente que cette démarche va nécessiter un changement important au niveau des mentalités. "On peut très bien entendre que tous les ménages ont leurs priorités et que cela prend du temps", assure-t-elle. Elle comprend que cela va engendrer une charge plus importante au niveau des lessives, mais là encore, les mentalités changent et les papas partagent de plus en plus les tâches domestiques. C'est en tout cas dans ce sens qu'elle souhaite sensibiliser les jeunes parents, sans les brusquer.   

"La charge mentale incombe souvent aux mamans et c'est vrai que les couches jetables sont faciles mais la société évolue et les papas s'investissent de plus en plus", explique l'éco-conseillère.  

Une mesure "discriminatoire", selon la jeune maman

Ce que Florence a également voulu souligner, c'est la différence de coût des déchets d'une commune à l'autre puisque les poubelles à puces ne sont pas imposées partout en Wallonie.  

"Je ne trouve pas cela juste et limite discriminatoire que les parents n'aient pas d'autre choix de payer une note plus que salée dans les communes ayant des poubelles à puce alors que dans celles qui n'ont pas encore ce système, cela n'a aucun impact financier", explique encore Florence.  

Elle se met également à la place des personnes qui ont un parent âgé qui doit porter des couches. "Je trouve donc cela vraiment injuste d'autant plus que pour les personnes âgées, il n'existe pas de couches lavables et dans l'absolu, le port de couches dure parfois beaucoup plus longtemps que pour les 2 ans moyens d'un jeune enfant...? Sous couvert de l'écologie (qui en soit est une excellente chose), on en arrive à revenir en arrive en prenant des décisions dégradantes et discriminatoires en lien avec le bien-être et l'hygiène, qui sont des besoins naturels", note encore Florence. 

Augmentation des dépôts clandestins

La jeune maman craint également que cela finisse par aggraver la problématique des dépôts clandestins 

Et c'est déjà une réalité à Jemeppe-sur-Sambre : Florence Van Damme nous confie que les ouvriers communaux ont découvert ces derniers jours des dépôts de poubelles remplies de langes en pleine nature.  

"C'est une inquiétude, aussi par rapport au respect des ouvriers, surtout quand il fait chaud et qu'ils doivent ramasser ça, c'est vraiment un enfer"nous confie l'éco-conseillère qui poursuit sa mission en gardant sans cesse à l'esprit qu'il faudra de la patience, de la formation et de la sensibilisation pour faire évoluer les mentalités face à cette problématique.   




 

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