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"Mes fils toussaient tous les matins": Laura en conflit avec le propriétaire de son appartement rempli de moisissures à Quiévrain

Après avoir vécu trois ans dans un appartement rempli d'humidité, une mère de famille a décidé de quitter les lieux. Cette Wallonne affirme qu'elle avait peur des conséquences pour la santé de ses enfants. Elle accuse le gérant du bien de ne pas avoir réagi correctement pour régler le problème. Une version des faits qu'il conteste. Il reviendra à un juge de paix de se prononcer.

"J’ai un conflit avec mon propriétaire. J’ai habité trois ans dans un appartement où il y avait de l’humidité partout", déplore Laura (prénom d'emprunt car elle veut garder l'anonymat) via notre bouton orange Alertez-nous. "Je ne pouvais pas continuer à payer un loyer pour vivre dans une poubelle", ajoute cette mère de famille âgée de 41 ans.

Selon elle, son logement se trouve dans un état déplorable en raison d'une gestion inexistante des lieux. L'immeuble se situe rue Debast à Quiévrain, dans le Hainaut. "C’est un ancien hôtel dont les chambres ont été transformées en appartements, mais ils ne sont pas conformes. Ma cuisinière par exemple est en bois et il y avait un risque d’incendie", accuse Laura.

Lors de la visite avec le propriétaire, elle n'a visiblement remarqué aucune anomalie. "Il n'a d'ailleurs pas fait d'état des lieux à l'entrée et on a emménagé en avril 2016", se souvient-elle. 

"Les premiers mois, comme c’était l’été, il n’y a pas eu de soucis visibles. Mais, à partir de mi-septembre, il a commencé à faire plus humide et les murs ont commencé à être mouillés", assure-t-elle.


Le propriétaire et le gérant injoignables ? 

Laura affirme avoir tenté de contacter son propriétaire dans l'espoir qu'il intervienne. "Entre-temps, il était parti vivre à Paris et était injoignable. Après plusieurs mois, il a finalement confié la gérance de son bien à un gérant. Mais il ne s’occupe de rien et est aussi injoignable que le propriétaire", déplore la quadragénaire.

D'après Laura, ce gérant ne décroche pas son téléphone et, via sa messagerie vocale, demande d'envoyer un sms auquel il répond rarement. "J’ai eu notamment pas mal de problèmes avec un voisin. A cause de lui, on a eu des asticots sur la terrasse. J’ai dû appeler le gérant une quinzaine de fois avant qu’il m’envoie ce message: "Je vais m’occuper du numéro 31". En fait, il a juste demandé à son fils de passer pour prendre les poubelles du voisin et lui demander de faire attention", souffle la maman. 


Tous nos vêtements étaient humides, il y avait des champignons

Au-delà de soucis de voisinage, ce sont surtout les tâches d'humidité et les moisissures présentes dans l'appartement qui inquiètent la quadragénaire. "Dans la chambre à coucher où dormaient mes deux garçons, le bois de la garde-robe était toute gonflé et j'ai finalement dû la jeter. Tous nos vêtements étaient humides, il y avait des champignons. Je devais tout le temps faire des machines au lavoir à mes frais. L’hiver l’état de l’appartement était toujours plus grave que l’été quand il fait plus sec et plus chaud", décrit Laura.


Comment expliquer l'apparition de moisissures ? 

En fait, l'air ambiant contient toujours une certaine quantité de vapeur d'eau. Une certaine dose d'humidité est donc normale. Elle provient de la respiration des personnes qui habitent dans le logement et les activités quotidiennes comme se laver, préparer à manger, etc. La présence d'un animal ou de plantes contribue aussi à la création d'humidité. "Tout cela va provoquer de la condensation qui va se mettre sur les surfaces les plus froides. C'est-à-dire les coins des murs et les vitres", explique Bernard Wattiez, patron d'une société spécialisé dans la lutte des problèmes d'humidité.

Lorsqu'il y a un taux d'humidité trop élevé, des moisissures qui sont des champignons peuvent apparaître à ces endroits. Plus les murs sont froids, plus la possibilité d'en voir est grande. Ces conditions peuvent aussi favoriser le développement d'acariens et de parasites.

Les murs étaient noirs comme du charbon, la peinture gondolait et l'eau coulait

Au mois de mai dernier, Laura décide de rénover son salon tant la situation est catastrophique. "Les murs étaient noirs comme du charbon, la peinture gondolait et l'eau coulait. Du coup, j’ai remis du papier-peint et de la peinture parce que je ne voulais pas attendre. J’en ai eu pour une centaine d’euros", indique la mère de famille. "Et d'autres locataires ont des soucis d’humidité. Un voisin m’a dit qu’il repeignait tous les hivers", ajoute-t-elle.


Que faire face à un souci d'humidité ? 

Que faire dans une telle situation ? Il est en tout cas conseillé d'agir rapidement. La première chose à faire est d'éliminer les tâches de moisissures. A l'aide de gants et d'une éponge, vous pouvez nettoyer les parois avec de l'eau de javel ou une solution détergente et rincer ensuite à l'eau claire. Sans oublier d'aérer ensuite la pièce.

"Il appartient ensuite au propriétaire de veiller à ce que le bâtiment ait une isolation correcte et à mettre en place une ventilation mécanique qui va renouveler en permanence l'air pour empêcher la moisissure de s'installer", conseille Bernard Wattiez, en précisant qu'une visite de spécialistes peut permettre d'obtenir un diagnostic précis ainsi que la solution la plus adaptée. "Il n y a pas de solution miracle. On doit réaliser du "sur mesure" pour être certain de pouvoir donner des garanties sur le long terme."

Pour empêcher l'apparition de ce souci, il est recommandé d'aérer son logement régulièrement. En hiver, pour éviter de refroidir les murs, mieux vaut laisser les fenêtres ouvertes moins longtemps mais répéter le geste plus souvent. Pour diminuer les risques, on conseille aussi de chauffer correctement car l'air chaud peut absorber plus d'humidité que l'air froid.

"J’ai allumé le chauffage électrique pour réchauffer les pièces. Mais ce n’est pas un système adapté et du coup j’ai dû payer une facture de 1.500 euros", déplore Laura.

Selon elle, le gérant est finalement venu chez elle en juin avec un entrepreneur pour évaluer les travaux à réaliser. "Il m'a alors proposé de nous reloger dans l’un de ses appartements en payant le même loyer, c’est-à-dire 540 euros, puisque les travaux à effectuer sont importants", explique-t-elle.


"Je devais partir pour préserver notre santé"

N'ayant pas de nouvelles début août et apprenant que le gérant était en vacances, la quadragénaire décide de quitter les lieux. "Je n'avais pas le choix. Mes enfants toussaient tous les matins. Ils avaient des vertiges. Je devais partir pour préserver notre santé", confie Laura.

Habiter dans un logement avec des problèmes d'humidité peut en effet entraîner des problèmes respiratoires et des allergies. "Les moisissures peuvent irriter le système pulmonaire, surtout si vous avez une fragilité personnelle ou si vous êtes des personnes plus vulnérables comme les enfants", indique le docteur Alain Jasuran.

"Ce sont donc surtout des troubles pulmonaires, des bronchites voire de l’asthme. On peut également avoir une simple rhinite chronique puisque la muqueuse nasale est directement exposée", ajoute le médecin généraliste.

Craignant pour la santé de sa famille, Laura a donc envoyé au gérant une lettre recommandée début août pour annoncer son départ le 15 août. "Je ne voulais pas que mes fils revivent un hiver dans ces conditions-là. J’ai pris plein de photos et j’ai constitué un dossier. Et j’ai trouvé un logement privé via une agence immobilière."


Pour le gérant, la locataire est en cause 

Face à ce genre de situation, un locataire peut mettre en demeure le propriétaire pour qu'il prenne ses responsabilités. "Les contentieux locatifs sont souvent liés à des problèmes d’humidité, de condensation, d’infiltration", souligne Olivier Amal, président du syndicat des propriétaires.

"Les propriétaires ne sont toutefois pas toujours responsables des problèmes d’humidité. Parfois ils sont liés à la façon dont les locataires vivent, notamment des soucis d’aération de l’habitation et/ou un manque de chauffage. Une occupation inopportune du bien est alors la cause des soucis d’humidité", ajoute-t-il.

C'est en tout cas la version du gérant de l'immeuble que nous avons pu contacter au premier appel. Selon lui, Laura l'aurait mis au courant tardivement de l'ampleur des problèmes d'humidité dans son appartement.

"Je n'ai jamais eu de souci avec cette locataire. Il y a environ quatre mois, elle m'a contacté parce qu'elle avait des soucis avec son voisin à l'étage supérieur. Et elle m'a parlé de problèmes d'humidité à ce moment-là. Je suis allé voir l'appartement avec un spécialiste qui m'a dit qu'il fallait notamment installer une ventilation. Mais clairement, ces soucis ne sont pas apparus du jour au lendemain", souligne le gérant.

"Après la visite, le chauffagiste m'a aussi dit qu'elle chauffait l'appartement avec un feu au pétrole, ce qui engendre de la condensation", précise-t-il. Les poêles à pétrole produisent en effet de la vapeur d'eau, rejetée directement dans la pièce où ils se trouvent. Leur utilisation est donc déconseillée. Mais Laura affirme avoir utilisé des chauffages électriques.

Le gérant confirme par contre avoir proposé à ce moment-là de reloger cette famille, en précisant qu'il n'était pas au courant que la locataire vivait dans les lieux avec ses deux garçons. "J'avais un appartement qui devait se libérer en août." Il explique avoir également entrepris les démarches auprès de l'assurance.


"En cas de trouble de jouissance, un locataire peut réclamer des indemnités"

Suite à cette visite, Laura espérait une intervention rapide. Pourquoi a-t-elle dû patienter ? "J'ai dû attendre le devis de l'entrepreneur. Après, il y a eu les congés du bâtiment et ensuite je suis parti à l'étranger. J'ai encore le droit de prendre des vacances", avance le gérant.

Reste que Laura, méfiante quant à une issue positive, n'a donc pas voulu rester plus longtemps dans son appartement. "A mon retour, j'ai découvert sa lettre recommandée. Elle est partie comme ça, ce qui n'est pas légal. Depuis lors je n'ai plus de contact. Elle a juste déposé les clés dans une enveloppe à mon bureau. Je ne l'ai même pas trouvée directement", déplore le gérant.

"Au départ, j’espérais trouver un arrangement à l’amiable avec lui. Mais il n’a jamais répondu et comme la situation s’est empirée, ce n’était plus possible", confie la mère de famille.

"Si on n’arrive pas à trouver un accord à l’amiable dans un délai raisonnable avec son propriétaire, il faut se tourner vers un juge de paix", indique le président du syndicat des propriétaires.

"En cas de trouble de jouissance, un locataire peut réclamer des indemnités, un relogement pendant les travaux, tout est envisageable. Il a payé pendant x mois un loyer pour un logement insalubre, il peut donc demander un dédommagement et le proprio devra répondre en fonction de ses torts et griefs", ajoute-t-il.

C'est ce que Laura espère aujourd'hui. Elle s'est déjà rendue au tribunal pour ouvrir un dossier. Son objectif est de contester la demande du gérant qui exige le paiement d'un préavis de trois mois. "Je ne suis pas d’accord. Pour lui, le souci c’est que l’appartement était surpeuplé parce que mes deux fils dorment dans la chambre et moi au salon. Mais depuis le début le propriétaire était au courant et cela n’a jamais posé de souci. Pour moi c’est un prétexte pour ne pas assumer ses responsabilités. Il demande aussi de réaliser un état des lieux de sortie", assure la quadragénaire qui voudrait mettre fin au bail, toucher des indemnités et récupérer la caution. 


"L'assureur a failli vomir quand il a vu l'état du bien"

De son côté, le gérant soutient ne pas avoir été au courant de ce ménage de trois personnes. Il déplore aussi le mauvais entretien du logement. "J'ai voulu visiter l'appartement à plusieurs reprises mais elle me donnait toujours un excuse pour me dire que cela ne convenait pas comme date. Quand j'ai pu le visiter, j'ai constaté les dégâts. L'assureur a failli vomir quand il a vu l'état du bien. Tout est sale et le chauffe-eau n'a jamais été entretenu", déplore-t-il.

"Elle est partie avec quatre mois de loyer impayés et une facture importante de la SWDE (ndlr: la société wallonne des eaux) qui peut se retourner contre le proprio", ajoute le gérant qui assure que tous les logements de l'immeuble sont conformes. "J'ai obtenu tous les permis de location, les plans, l'autorisation de la commune, des pompiers, etc. Ce sont de très beaux appartements dans un bâtiment qui a été refait."

C'est un juge de paix qui devra trancher sur les torts et les devoirs de chacun. D'après Laura, une audience est prévue mi-octobre.

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