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Pourquoi un ministre wallon visite la filiale belge d’une multinationale accusée de scandales environnementaux et sociaux?

Pourquoi un ministre wallon visite la filiale belge d’une multinationale accusée de scandales environnementaux et sociaux?
 
 

C’est en substance la question qui nous a été posée par Joël via notre bouton orange Alertez-nous. En effet, le 9 mars dernier, Willy Borsus, ministre wallon de l’Économie, était en visite dans l’entreprise Cargill Chocolate Belgium à Mouscron, dans le cadre de visites dans des entreprises de Wallonie Picarde. "Je ne comprends pas pourquoi la Région wallonne est fière d'avoir de telles implantations alors que Cargill est une multinationale alimentaire qui défraye régulièrement la chronique par la déforestation massive (cacao) et les conditions d'emplois des enfants", nous écrit-il.

29 scandales recensés: sanitaires, environnementaux, sociaux et économiques

Et effectivement, Henry Waxman, un ancien membre du Congrès américain représentant démocrate d’une zone de Los Angeles, a rendu en 2019 un rapport dans lequel il liste les nombreux scandales dans lesquels cette société, la plus grande compagnie privée non-cotée en bourse des Etats-Unis, a été impliquée. Cargill, géant de l’agro-alimentaire, a été condamnée pour nombre de ces scandales, d’autres sont en cours au niveau juridique et certains sont issus de rapports internationaux.

Depuis l’année 2000, pas moins de 29 faits leur ont été reprochés. Parmi lesquels 10 scandales aux Etats-Unis liés à de la viande contaminée ayant provoqué 10 morts, plus de 500 malades et pour lesquels plus de 17.000 tonnes de viande ont été rappelées. Sept scandales environnementaux également aux Etats-Unis dont 5 liés à des pollutions à grande échelle dues à des déversements illégaux de lisier, d’eaux usées ou de déchets animaux. Sept scandales liés au bien-être des producteurs locaux, dont 4 ayant trait au travail d’enfants en Ouzbékistan, en Côte d’Ivoire, en Malaisie et en Indonésie. Et enfin 5 scandales fiscaux ou économiques dont 2 concernant des ententes pour faire gonfler les prix de certains produits. Sans compter les accusations de déforestation pour la production de soja en Amérique du Sud, de cacao en Afrique de l’Ouest, et d’huile de palme en Asie du Sud-Est.

Une entreprise de Mouscron à la pointe au niveau écologique et durable

Une réputation peu flatteuse donc, mais qui concerne certaines activités de la maison-mère de Cargill hors Belgique. Aucun scandale n’a été enregistré chez nous où, au contraire, l’entreprise brille par son engagement vers des solutions durables. C’est ainsi que le ministre Willy Borsus justifie sa visite. "La visite de l’entreprise Cargill m’a été proposée par le pôle "Investissements étrangers" de l’AWEX (Agence wallonne à l'exportation et aux investissements, ndlr)", explique-t-il.

"Avant d’accepter une visite, nous vérifions bien entendu que l’entreprise n’a pas de litige ou d’irrégularité éventuelle connue de nos services. D’après nos informations, cette entreprise familiale n’enfreint pas de règles, occupe 1.200 employés en Belgique (répartis sur huit sites : Anvers (3 sites), Izegem, Gand, Vilvorde, Malines et Mouscron), est présente dans 70 pays dans le monde et a mis en place sur son site de Mouscron une approche durable à plusieurs niveaux : dans le design du bâtiment (4 niveaux pour limiter l’emprise au sol, haut niveau d’isolation…), dans l’aspect mobilité (chargement électrique pour voitures et vélos), dans l’aspect énergétique (panneaux solaires, orages géothermiques pour le chauffage et le refroidissement des bureaux et du centre client, nouvelle génération de fluide réfrigérant générant moins de gaz à effet de serre…), dans la gestion de l’eau (utilisation de l’eau de pluie)", détaille-t-il. Il conclut en expliquant que "ce genre de démarches environnement friendly s’inscrit dans la politique de transition voulue par le gouvernent wallon".

Des engagements au niveau belge contre la déforestation et le travail des enfants

Le site de Mouscron, racheté en 2003 par Cargill, est le quartier général des activités chocolatières du groupe en Europe et est spécialisé dans la fabrication de chocolat de couverture. Au niveau de leur approvisionnement, cela pourrait être relié à la déforestation en Afrique de l’Ouest et à un des scandales de travail d’enfants cité plus haut. Mais il faut signaler que l’entreprise fait partie depuis fin 2018 du partenariat Beyond Chocolate, qui s’est engagé à ce que pour 2030, l’ensemble du chocolat produit et vendu en Belgique soit exempt de déforestation, garantisse un revenu vital aux producteurs locaux et bannisse de facto le travail des enfants. Les avancements dans ces matières sont monitorés chaque année et surveillés par, notamment, les ONG présentes dans le partenariat comme le WWF.

Un développement économique en Belgique qui n'est pas terminé

En avril, elle Cargill a investi 18 millions d’euros à Mouscron pour y installer une usine pilote (pour produire des échantillons tests), un laboratoire sensoriel (pour y tester de nouveaux goûts, couleurs, textures, …) et une "Maison du chocolat". Pour y travailler: 40 ingénieurs chocolatiers chargés de la recherche et du développement. L’ensemble des travaux devrait être terminé pour le 1er trimestre 2022. De plus, l’entreprise vient de racheter début mai l’entreprise belge Leman Decoration Group, dont le siège social est également à Mouscron et qui est spécialisée dans la fourniture de décorations pour gâteaux. Signe que l’extension de la société dans notre pays n’est pas terminée.

Ecolo ne dicte pas l'agenda des ministres des autres partis au gouvernement wallon

Mais pour Joël, "le parti Ecolo (qui fait partir du gouvernement wallon avec le PS et le MR, ndlr) devrait se poser des questions également. On ne peut pas parler des enjeux climatiques et environnementaux et se réjouir que Cargill s'implante en Wallonie", estime-t-il.

La réponse du parti Ecolo est claire : ils n’interfèrent pas dans les activités des ministres qui ne sont pas de leur parti. "Cette visite de M. Borsus ne veut pas dire qu’il engage le gouvernement wallon. Il le fait en son propre nom. Chaque ministre est autonome et il serait assez malvenu qu’un ministre dise à un autre 'tu ne peux pas' faire ceci ou cela", explique le directeur de la communication du parti, Pascal Devos. "On n’a jamais eu un gouvernement wallon aussi vert, mais ça ne va pas jusqu'à dicter l'agenda des ministres et on ne le fera jamais", conclut-il.




 

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