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"Il n’y a aucun contrôle": Sandrine consternée par le nombre de dons d’animaux sur Internet, existe-t-il des règles?

 
 

Sandrine a poussé le bouton orange Alertez-nous pour dénoncer les dons d’animaux sur Internet, qui se multiplient davantage au printemps et en été. Tous les jours, cette habitante de La Bruyère, en région namuroise, constate de nouvelles annonces sur Facebook, alors que cette pratique est interdite depuis 2017.

"Je suis, comme chaque année, interpellée par la problématique des chatons donnés sur les réseaux sociaux. Le don d'animaux est interdit sur Facebook, sauf sur des pages spécialisées. Tous les jours, je vois des animaux à donner : chiens, chats, animaux de basse-cour, ovins, etc. Où sont les contrôles de ces pages ? Que peut-on faire pour arrêter ces publications ?", nous écrit Sandrine via le bouton orange Alertez-nous. En pleine période de naissances des chatons, les petites annonces de dons pullulent sur les réseaux sociaux. Mais il n’y a pas que ça. Chihuahua, lapin bélier ou nain, Berger Malinois… Un coup d’œil sur les groupes Facebook et Sandrine est scandalisée. "Il y a aussi des cobayes, des oies... On donne même des souris. Il y a vraiment de tout", réagit-elle.

Active depuis plus de 20 ans dans la protection des animaux et bénévole dans des refuges, elle nous dit être consternée par cette pratique. Outre le fait d’être totalement illégale et interdite depuis juin 2017, Sandrine y voit surtout une porte ouverte vers la maltraitance animale, notamment quand on sait que dès le 1er juillet, il faudra présenter un permis de détention pour acquérir un animal de compagnie. "Clairement, les gens qui sont en défaut par rapport au permis de détention se tourneront vers ce genre de groupes pour avoir des animaux… Et là, on est ouvert à toutes dérives possibles", souligne cette habitante de La Bruyère, dans le namurois. 

Quand on donne un animal sur les réseaux sociaux, il n’y a aucun contrôle derrière

Le problème, selon elle, c’est le manque d’encadrement. "Quand on donne un animal sur les réseaux sociaux, il n’y a aucun contrôle derrière. On ne va pas demander un permis de détention, il n’y aura pas de contrat d’adoption. Si l’animal pose problème, aucun refuge n’a le pouvoir de le récupérer… C’est vraiment très dangereux", poursuit la quadragénaire. Propriétaire de deux American Staff, Sandrine prend l’exemple de cette race qui a absolument besoin de rigueur et de pouvoir se dépenser suffisamment. "Ce sont des chiens qui doivent avoir un encadrement avant d’être mis entre les mains de personnes, surtout de particuliers, dit-elle. Sur les réseaux sociaux, les gens se basent sur un physique. ‘Parce que le chien est beau, je vais le prendre’. Mais ce n’est pas un bon réflexe à adopter. C’est impulsif, sur le moment…"

Pour elle, il est primordial de faire matcher le profil de l’adoptant avec celui de l’animal. Et plus encore lorsqu’il s’agit d’Amstaff. "Quand vous adoptez un animal dans un refuge, vous avez les conseils d’un animalier qui va vous donner les ‘caractéristiques’ et le profil du chien, vous dire si ça peut convenir ou non. Alors que sur Internet, vous n’aurez pas les bonnes informations et il n’y aura aucune sécurité de protection pour cet animal non plus. Quand on veut adopter un animal, il faut apprendre à le connaître et ça doit matcher dans les deux sens. Lui, il doit nous accepter et nous, on doit l’accepter", ajoute la Namuroise.


Sandrine et son chien. © RTL INFO

Sur Internet, vous récupérerez un animal sans connaître nécessairement son passé et sans savoir si celui-ci pourrait correspondre à ce que vous recherchez. "Il y a peut-être des spécificités de caractère qui ne vont pas bien se passer avec lui, il ne s’entend peut-être pas avec d’autres chiens, il n’aime peut-être pas les enfants… Il y a plein de paramètres qui entrent en compte quand on prend la décision d’acquérir un animal", insiste Sandrine.

L’animal ne sera probablement pas non plus en ordre sanitaire, comme c’est le cas lorsqu’on l’adopte en refuge. "Sur les réseaux sociaux, on retrouve des animaux qui ne sont pas castrés, pas identifiés… Et avec les chiens ‘effet de mode’ comme les American Bully, certaines personnes les récupèrent pour faire de la reproduction. Ils écoulent ensuite les chiots en les vendant, sans avoir fait des examens de santé avant et donc ils peuvent souffrir de problèmes respiratoires ou de hanche, par exemple, et ça se répercute sur les chiots alors qu’ils seront vendus à prix d’or. Il n’y a aucun contrôle", déplore notre interlocutrice.

Conscientiser davantage au don d'animaux

Pour elle, il est donc important de conscientiser les gens par rapport au don d’animaux sur Internet. Mais Sandrine n’est pas la seule à vouloir lutter contre cette pratique. Les refuges et associations sont en première ligne dans ce combat. "Le problème des dons, c’est vraiment l’impunité, pointe Gaëtan Sgualdino, président de la SPA à La Louvière. Malgré que ce soit interdit, les gens donnent leurs animaux, ils les vendent, ils font parfois de la reproduction de manière totalement sauvage en se disant que, de toute façon, ils ne se feront jamais prendre."

Lors de dons illégaux d’animaux sur Internet, l’identification de l’animal est rarement mise à jour. Il devient donc impossible pour un refuge de retrouver les vrais propriétaires sans entamer une enquête ou des recherches approfondies. "On a un chien de 5 ans, Eros, qui est arrivé au refuge il y a plus d’un an. Cette pauvre bête a été abandonnée et attachée le long du canal ici à La Louvière, explique le président de la SPA. Quand on a appelé le propriétaire indiqué sur la puce, il nous a dit que ce n’était plus son chien, qu’il l’avait donné. Le suivant nous a dit la même chose et on a découvert qu’Eros avait été donné à 7 reprises via des petites annonces sur les réseaux sociaux…"


Eros a été abandonné à 7 reprises. © RTL INFO

Gaëtan nous raconte aussi l’histoire d’un petit chihuahua, qui venait juste d’être abandonné le jour de notre tournage. "Il est arrivé ce matin, nous dit-il. A la base, il vient de Liège et il est arrivé à La Louvière. Les gens sont venus le déposer en nous disant qu’ils l’avaient trouvé alors qu’en fait, c’était leur chien, ils l’avaient eu via Internet." Ces personnes souhaitaient s’en défaire, car il avait mordu une personne en rue. Mais comme le rappelle le cabinet de la ministre wallonne du Bien-être animal, "adopter ou acheter un animal, c’est accueillir un compagnon de vie. Un tel acte ne se fait pas à la légère, et les nombreuses implications doivent être réfléchies en amont."

Pourtant, encore aujourd’hui, trop d’adoptions sont faites de manière impulsive. "Or adopter un animal, c’est vraiment avoir des responsabilités", souligne Nicolas Yernaux, porte-parole du Service Public de la Wallonie (SPW). L’interdiction de vendre ou de donner des animaux sur Internet ou via des petites annonces poursuit, selon lui, des objectifs en termes de bien-être animal. "C’est pour lutter contre le trafic, éviter les achats impulsifs d’animaux, encadrer plus globalement les adoptions et, en conséquence, éviter les abandons trop fréquents à l’aube des grandes vacances, comme on va encore en connaître cette année."


Ce petit chihuahua a été abandonné à la SPA de La Louvière. © RTL INFO

Pour ce faire, la Ministre wallonne du Bien-être animal, Céline Tellier, a "mandaté l’administration pour qu’elle accorde une attention particulière à cette problématique, notamment au moment du confinement", nous informe son cabinet. Période, il est vrai, durant laquelle énormément d’annonces, notamment pour des chatons, ont vu le jour sur les réseaux sociaux. Plusieurs avertissements et constats d’infractions ont d’ailleurs déjà été rédigés à cet égard. "Par exemple, le service du Fonctionnaire Sanctionnateur a condamné un site généraliste qui diffusait des annonces pour la vente d'animaux. Un recours a été débouté, et le site s'est vu dans l'obligation de retirer les publications illégales", nous détaille le cabinet de la ministre.

Le contrôle est extrêmement difficile sur les réseaux sociaux

Mais contrôler cette pratique sur les réseaux sociaux est extrêmement difficile, car l’identité du contrevenant n’est pas connue. "La plupart des annonceurs utilisent des pseudonymes et ouvrent un profil uniquement pour placer des annonces, ce qui empêche de les identifier. Les administrateurs de ces pages utilisent le même principe, et l’Unité du bien-être animal ne manque pas de leur transmettre des messages de mise en garde."

Selon le type d’infraction, les amendes peuvent aller de 50 à 10.000 euros, conclut le porte-parole du SPW.


 

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