Un sombre système pyramidal continue de sévir: méfiez-vous de Bonofa et de son faux réseau social révolutionnaire

Un sombre système pyramidal continue de sévir: méfiez-vous de Bonofa et de son faux réseau social révolutionnaire

A savoir

Pas du tout la stratégie habituelle

Les logiciels et sites web soi-disant développés par Bonofa vont à l'encontre de toutes les stratégies visant à rendre rentable des programmes ou des applications.

Prenez Facebook: le réseau social a toujours été gratuit pour les utilisateurs. L'argent vient de la publicité affichée sur Facebook, qui est arrivée progressivement. Il a fallu quelques années avant que Facebook ne dégage des bénéfices. WhatsApp, qui appartient à Facebook, a un business model encore différent. Cette application de messagerie instantanée très populaire est gratuite, et n'a pas (encore) de publicité, donc de source de revenus. On ne sait pas encore quand les choses vont changer, mais à un moment, il faudra que ça rapporte de l'argent à Mark Zuckerberg et ses actionnaires.

L'idée est toujours la même: créer une immense communauté d'utilisateurs (on parle de centaines de millions), puis la monétiser. Les particuliers ou les entreprises ont tellement "besoin" du sites web ou de l'application, qu'ils accepteront soit de voir de la publicité, soit de payer pour continuer à utiliser le produit (mais c'est plutôt rare).

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Il y a près d'un an, nous vous parlions d'une arnaque sur internet. GetEasy était un système pyramidal déguisé en marketing de réseau, où les 'parrains' touchent des commissions sur les ventes de leurs 'filleuls'. Rien n'a vraiment changé en 2016: Bonofa, fondé par des escrocs allemands, cache grossièrement son 'Ponzi' derrière le développement d'un réseau social révolutionnaire. Explications et témoignage de Didier, qui a été approché par un membre.

On le constate hélas trop souvent, dès qu'une arnaque sur internet disparait, elle refait surface sous un autre nom quelque temps plus tard. La forme a changé, le fond reste le même: un système pyramidal déguisé en "marketing de réseau" (ou MLM, dont on vous a déjà parlé avec l'arnaque GetEasy).

Pour rappel, le marketing de réseau est autorisé dans nos régions s'il répond à certains critères. En deux mots, c'est le vieux concept de la réunion Tupperware. Vous avez un 'parrain' ou une 'marraine', qui touche une commission sur vos ventes de boites hermétiques.

C'est un canal de vente assez pratique pour la marque: les vendeurs ont intérêt à développer leur réseau pour gagner plus d'argent, de nombreuses réunions sont organisées, de nombreux produits vendus. Et ce, sans gros budget publicitaire.

Mais dès lors que tout se fait en ligne, rien n'est contrôlable, ni la réelle identité des "fondateurs" d'un système basé sur le marketing réseau, ni la réalité des développements ou des produits que l'entreprise prétend mettre sur le marché. Des escrocs ont vite senti le filon, et les arnaques se multiplient sous la forme de grossiers systèmes de vente pyramidale, ou 'systèmes de Ponzi', interdits depuis de longues années.

Parmi les innombrables arnaques de ce genre qui pullulent sur internet, il y a Bonofa.

Si on vous en parle, c'est parce qu'un lecteur, Didier, nous a prévenus via le bouton orange Alertez-nous, que des personnes continuaient à recruter de nouveaux membres, ceux-ci allant inexorablement perdre de l'argent à la fin. "Un ami à moi m'a fait la proposition de le rejoindre… j'ai fait des recherches et j'ai vite été persuadé que c'était une escroquerie", nous a-t-il expliqué.


Bonofa s'attaque à Facebook…

Bonofa aurait été créé en 2011 par des "entrepreneurs" allemands, et serait une société basée au Liechtenstein, mais avec des "bureaux" en Allemagne, à Saarbrücken. On doit tout mettre au conditionnel et entre guillemets car l'identité de ces pseudos-fondateurs, et l'existence même des bureaux, font certainement partie de l'illusion.

Comme dans toute bonne arnaque en ligne, il faut attirer les personnes naïves et crédules avec l'appât du gain facile. On a beau être en 2016 et avoir déjà écrit et lu des dizaines de mises en garde, rien n'y fait...

Rien de tel que de belles promesses basées sur une grande tendance actuelle: la croissance exponentielle des réseaux sociaux.

Et sur ce terrain déjà très concurrencé, Bonofa, dont le slogan est "The Furure Is Now" (Le futur, c'est maintenant), est terriblement ambitieux. L'idée de base, c'est le développement d'un réseau social (baptisé Cube 7), plus puissant que tous les autres réseaux sociaux existants. Un ensemble de fonctionnalités – dont du commerce en ligne - réunies dans un site web qui serait aussi performant que Facebook, YouTube et Amazon réunis.


cub7

De l'argent pour continuer les développements

Il faut reconnaitre aux fondateurs de l'escroquerie qu'ils ont bien fait certaines choses. Un mini réseau social très limité existe bel et bien, sur cube7.com. Nous avons créé un faux compte pour être inscrit: il ne faut pas payer pour accéder à la version beta. C'est un petit Facebook très mal développé, avec plein de bugs (voir copie d'écran ci-dessus).

Ces sites sont médiocres mais ils entretiennent l'illusion principale. Bonofa annonce qu'elle va faire grandir la communauté des membres (payant) du réseau jusqu'à dépasser les 500.000. Avec un tel nombre, le développement du réseau social va se poursuivre avec la création de nouveaux outils. Et après, ce sera bingo. En 2017 (selon des vidéos de promotion), Bonofa promet un succès colossal, l'entrée en bourse et la richesse pour tous les membres qui ont acheté des 'packs' (voir plus bas), et qui seraient rétribués sous forme d'actions…

Tout cela n'arrivera bien sûr jamais.

Un drôle de mélange

Si l'idée de l'arnaque de base n'est pas mauvaise (un réseau social révolutionnaire dans lequel n'importe qui peut investir), c'est tout ce qui gravite autour qui respire l'escroquerie.

Le concept mis en avant par Bonofa est très flou. Il y a d'innombrables slogans, vidéos et témoignages vantant les mérites du système, mais aucune explication concrète sur le fonctionnement, l'inscription, le paiement, le recrutement, la rentabilité, etc…

On trouve même souvent des 'gourous' de Bonofa qui interprètent le concept à leur manière pour mieux l'expliquer. Jean-Michel Cidemé, dans cette vidéo, prétend que le réseau social Cube 7 va intégrer le commerce en ligne et que les membres vont toucher une petite commission sur l'argent dépensé par les autres membres qu'ils parviendraient à ramener dans l'arnaque pyramidale. Culoté…

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D'après ce que nous avons compris en nous inscrivant à l'aide d'un faux compte (mais sans passer à l'étape du paiement), Bonofa se présente plutôt comme un mélange entre l'investissement dans un réseau social révolutionnaire (à terme, on promet des actions lors de l'entrée en bourse), la mise à disposition d'outils de communication (pour enregistrer et envoyer une vidéo à des contacts par email, par exemple) et de marketing (envoie de newsletter ou de publicité à des emails…).

Et tout cela pour la modique somme de 30€ par mois environ. Ajoutez à cela des principes de points bonus glanés par-ci, par-là, et vous obtenez une soupe digitale bien indigeste. Mais qui parvient visiblement à convaincre les plus crédules…

Le recrutement, pour agrandir la pyramide

Mais comme tout bon système pyramidal, Bonofa n'est rien sans le système de "pack" et de recrutement.

Les nouveaux membres doivent donc payer de 100€ à 2.500€, ce qui leur donne le droit d'utiliser les différents outils marketing dont on vient de parler. Selon la somme injectée, indépendante des 30€ à payer tous les mois, on touche des commissions sur le recrutement direct de nouveaux membres, ainsi que sur les échelons suivants (les membres recrutés par votre filleul, par le filleul de votre filleul, etc).

Comment recruter ces membres ? En leur donnant un lien vers la page d'inscription, mais qui contient l'identité du parrain. Le site sait que vous vous inscrivez via un parrain, qui agrandit sa pyramide.

Ce parrain touche donc une commission sur l'argent qui remonte de la filière (un pourcentage dégressif sur l'argent versé par les nouvelles victimes).

C'est en réalité la seule source d'argent, c'est pourquoi on parle d'un système pyramidal et non de marketing réseau. Bonofa ne vend... rien. Elle a juste développé quelques pseudos sites web de réseau sociaux et quelques outils de communication.

Parmi ces outils à peine utilisables mis à disposition, il y a la possibilité d'enregistrer une vidéo promotionnelle et de l'envoyer à ses connaissances. On en a retrouvé plusieurs sur YouTube.

En gros, et c'est là que les choses deviennent floues, le produit dans lequel on investit sert également à développer son activité de recrutement. C'est donc du marketing… Où est passée l'ambition de révolutionner Facebook ?

Le plus vicieux: entretenir l'illusion, jusqu'au bout

La partie la plus vicieuse de ce genre d'arnaque, c'est que pour qu'un système pyramidal fonctionne, il faut donner l'apparence que la société est en plein essor, que les développements sont sur le point d'aboutir, que le succès est à portée de main. Cela se fait de plusieurs manières.

Tout d'abord, les fondateurs n'hésitent pas à dépenser de l'argent en organisant des séminaires (visiblement payants) un peu partout dans le monde, y compris dans les pays africains francophones ou dans les Antilles, des régions visiblement friandes de ce genre de 'marketing'. Comme va nous l'expliquer Didier, notre témoin, il y a eu un séminaire il y a quelques semaines sur l'île de la Réunion.

Récemment, en janvier 2016, un séminaire était organisé au pseudo siège de Bonofa, en Allemagne. La même soupe de "super logiciels en développement" et de "le futur, c'est maintenant" était resservie à une audience très diversifiée, avec une traductrice allemand – français qui fait partie des complices (on retrouve souvent le nom de Sandra Labouesse).

Le tout est noyé sous des slogans très "business", voire "start-up": les communications sont axées sur le fait qu'il faut saisir le train en marche, prendre en main son destin, travailler dur pour réussir, etc. Mais travailler dur dans un système pyramidal, cela consiste exclusivement à recruter de nouveaux membres qui doivent donner de l'argent, celui-ci remontant lentement la filière et enrichissant les anciens membres du réseau.

Avec toujours, la mise en avant des pionniers, des anciens (appelés 'Diamant', 'Trois étoiles' ou 'Or'), qui ont su développer un réseau important et gagner effectivement pas mal d'argent.

Cette communication racoleuse se retrouve dans toutes les vidéos promotionnelles qui pullulent sur le web. L'accent est toujours mis sur les possibilités de gain, que ce soit en argent ou en voitures, montres de luxe, etc. Et sur les promesses d'un réseau social un peu magique qui rassemble tout ce qu'on fait sur internet, du commerce au divertissement. Ridicule…

A côté de ces séminaires et des vidéos promotionnelles, il y a la création de nombreux blogs et sites web liés de près ou de loin à Bonofa, dans le but de cacher tous les résultats de recherche Google évoquant l'arnaque. C'est assez perfide car de nombreux sites titrent sur le fait qu'ils dénoncent en partie Bonofa ou le remettent en question, pour mieux ensuite laisser planer un doute et parler uniquement d'un "risque, comme dans tout investissement". Avec souvent, un lien pour s'inscrire en devenant le filleul de celui qui a écrit le pseudo article.

Pourquoi Bonofa existe toujours en 2016 ?

D'habitude, ce genre d'arnaque pyramidale ne dure qu'un temps. Normalement, très vite, le château de cartes s'effondre: il n'y a plus de nouveaux membres, donc il n'y a plus d'argent et ceux qui viennent de verser 2.500€ n'ont aucun revenu. La base de la pyramide s'effondre et crie à l'arnaque. Bonofa disparait progressivement.

Dès le 2 mai 2014, d'ailleurs, un court article du quotidien britannique Mirror dénonce l'arnaque. On y retrouve les mêmes noms, dont celui de la pseudo 'sales manager' Sandra Labouesse.

Pire: les pseudo-dirigeants de Bonofoa continue de faire croire qu'ils travaillent sur de nouveau logiciels, alors que les autres ne sont toujours pas devenus des réseaux sociaux ouverts :

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On imagine que cela suffit à attirer des membres, qui versent encore de l'argent frais, ce qui alimente la pyramide.

Il y a également une diversification par région. Sans doute que l'Europe a fini par comprendre l'arnaque, et qu'il faut la délocaliser. Bonofa semble désormais sévir en Afrique, d'après le séminaire de janvier dernier et le site https://bonofa7africaisnow.com/

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Les victimes le sont-elles vraiment ?

Avoir un bon témoin dans le cadre des arnaques pyramidales du style de Bonofa est toujours délicat. Car les victimes sont souvent à moitié consentantes…

En effet, la plupart des gens qui investissent dans ces 'marketing de réseau' savent à l'avance – ou comprennent rapidement – que le produit (dans le cas de Bonofa, un réseau social révolutionnaire) n'est qu'un prétexte, une façade, une grande mascarade dont la seule raison d'exister est de convaincre de nouveaux membres naïfs et crédules.

Et encore, ces nouveaux membres ne sont-ils pas davantage convaincus (aveuglés?) par l'argent qu'il est possible de gagner, que par la réalité du projet ?

L'autre côté très malsain, c'est que les "victimes" (celles qui ont investi et qui ont tout perdu) ont participé au système pyramidal, en essayant de recruter des membres, en faisant de la promotion ou de la publicité parfois mensongère… Aux yeux de la loi, elles pourraient donc été désignées comme complices, même si pour certaines, c'était de bonne foi, pensant faire du simple 'marketing réseau'.

Didier n'a pas mordu à l'hameçon

Si les témoignages directs sont difficiles à obtenir, nous sommes parvenus à discuter avec Didier, un enseignant de l'Île de la Réunion, dans le but de sensibiliser le grand public aux arnaques du type Bonofa.

"Un ami de la famille, pas un ami direct, m'a contacté il y a deux mois. J'étais plutôt surpris, il m'a proposé d'investir dans Bonofa. J'ai bien voulu en discuter. J'ai été un peu surpris au départ, quand il a essayé de m'expliquer en quoi ça consistait. Je lui ai dit que ça me semblait très aléatoire comme procédé. Le plan d'investissement me semblait trop ambitieux. Ça m'a inquiété, car il avait investi près de 3.000 euros, donc j'ai fait des recherches, et je n'ai pas trouvé d'article récent sur la question".

Quand Didier a compris le principe de fonctionnement, il a voulu prévenir cette connaissance. "Je l'ai mis en garde, mais il n'a rien voulu savoir. Après, j'ai pris soin d'avertir nos amis en commun de ne pas le suivre".

A l'heure actuelle, cette personne qui a investi dans Bonofo "continue de faire de la publicité sur les réseaux sociaux, sur internet, pour partager des informations et essayer de recruter d'autres personnes… elle fait également de l'affichage sur automobile".

Didier nous a confirmé qu'il y avait encore des réunions, des séminaires organisés par des membres de Bonofa, pour entretenir l'illusion et trouver de nouveaux territoires. "Je sais qu'il y a eu une réunion à Saint-Denis, la principale ville de l'île". D'après ce qu'il a vu sur un groupe Facebook, "Quelques dizaines de personnes s'y sont intéressés, ce n'est pas un phénomène de masse".

Conclusion

Les très peu scrupuleux fondateurs de Bonofa, une société à 99% factice qui prétend développer un réseau social révolutionnaire, continuent de sévir, surtout dans des contrées exotiques comme l'Afrique ou l'Ile de la Réunion.

Il s'agit en réalité d'un système pyramidal classique: on achète des 'packs' (jusqu'à plusieurs milliers d'euros) pour soi-disant accéder à des sites web et logiciels développés par Bonofa. Puis on tente de recruter des membres qui donneront également de l'argent, celui-ci enrichissant progressivement tous les échelons supérieurs de la pyramide.

Perfides, les fondateurs laissent plus ou moins entendre que Bonofa est "comme Facebook, sauf que vous gagnez de l'argent en invitant de nouveaux amis".

C'est la définition même du grotesque système pyramidal (interdit), déguisé en système de marketing réseau (autorisé) : à grand coup de séminaire et de promotion tous azimuts sur internet (blogs, vidéos de faux témoignages, sites web), les fondateurs entretiennent l'illusion d'une poule aux œufs d'or, d'une idée révolutionnaire qui va générer beaucoup d'argent. Dans le cas de Bonofa, ils se sont basés sur ce qui est une réelle tendance actuelle, les réseaux sociaux (difficile de se tromper).

La recette est classique: une grosse dose de poudre aux yeux, un peu de développement de sites web pour faire illusion, beaucoup de mensonges et de complices partout dans le monde. Et, hélas, beaucoup de pigeons, ceux qui, très crédules ou éblouis par l'appât du gain facile, sont parmi les derniers à investir de l'argent et ne parviennent plus à convaincre d'autres personnes.

Et méfiez-vous, car la relève est déjà là. Bonofa est effectivement en déclin (beaucoup de bugs sur le site et d'incohérences dans les vidéos promotionnelles), mais un "parrain" que nous avons contacté de manière anonyme nous a déjà réorientés vers une autre arnaque du genre: SmartPay, "concept révolutionnaire de paiement mobile" développé par une société basée à Dubaï et baptisée Smart Group Concept (SGC).

On prend les mêmes et on recommence…

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