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JO-2020/Judo: Agbégnénou a retrouvé la voie

 
 

Profondément affectée par le report des JO l'an dernier, Clarisse Agbégnénou était "tombée très bas", mais a su se reconstruire et revenir au sommet, en prenant un peu de recul par rapport à l'équipe de France, pour tenter de décrocher mardi à Tokyo l'or olympique qui couronnerait son imposant palmarès.

Le 10 juin à Budapest, quand elle a fièrement montré à la caméra sa main gauche et ses ongles décorés d'une étoile représentant chacun de ses cinq titres mondiaux en -63 kg, la judoka française de 28 ans était émue. Elle savait d'où elle revenait.

"Ca a été très difficile, très, très dur. Je n'aurais jamais pensé être aussi bas, dans ma vie, dans ma carrière. Je voulais presque tout arrêter, j'en étais là", avait-elle assuré quelques minutes plus tard.

Car les titres mondiaux et européens - cinq de chaque désormais - ne suffisent pas à combler l'ambition de la Francilienne, repartie terriblement frustrée et amère de Rio en 2016, avec une médaille d'argent, dont elle dit que "ce n'est pas la bonne".

Depuis les Jeux brésiliens, Agbégnénou mûrissait sa revanche, comme une forme d'obsession. Et c'est pourquoi l'année d'attente supplémentaire imposée par le Covid avant de pouvoir poser les pieds au Budokan, la mythique salle de judo du centre de Tokyo, lui a tant pesé.

- Yoga et jiu-jitsu -

"Pour être honnête, ça a été dur d'entrée, dès qu'on a annoncé le report des Jeux. Ca a été très, très dur, parce que c'est beaucoup d'engagement de sa part, beaucoup de sacrifices. Et ce report, ces incertitudes, ça a été très compliqué pour elle", a expliqué Larbi Benboudaoud, directeur de la haute performance et entraîneur de l'équipe de France féminine.

Pour accompagner la reconstruction de la championne, Benboudaoud a alors accepté d'adapter le quotidien et les programmes de travail, de faire quelques entorses aux habitudes de l'Insep.

"Il fallait que je me retrouve moi, toute seule. J'avais besoin de me recentrer sur moi. Ca a peut-être été dur à comprendre, mais il fallait aussi qu'on m'écoute. Je devais penser aussi à moi", a expliqué la quintuple championne du monde, qui a passé plusieurs mois à la Réunion, s'est beaucoup investie dans une formation de coach de vie à HEC et a pratiqué boxe, yoga et jiu-jitsu brésilien.

"Il y a des choses que sans doute on n'aurait pas accordées en temps normal, mais à elle comme aux autres. On a peut-être lâché des choses", a reconnu Benboudaoud. "C'était elle la plus prête pour les JO et c'est elle qui a le plus +morflé+. Donc on a du s'adapter."

- Bête noire -

Le technicien savait aussi que l'appétit de victoire d'Agbegnenou était une garantie contre le relâchement et que l'objectif olympique ne risquait pas de passer au second plan.

"On a desserré l'étau et en même temps on savait que Clarisse, le job, elle le fait. On n'a pas besoin de lui rappeler le cadre et les exigences du haut niveau", a-t-il expliqué.

La confirmation est venue sur les tapis, avec un nouveau titre européen en novembre 2020 à Prague, puis l'or mondial N.5 à Budapest. Mais le véritable horizon est désormais tout proche, mardi au Budokan, pour obtenir l'or manquant.

Il faudra peut-être pour cela renverser la Slovène Tina Trstenjak, longtemps sa bête noire, qui l'a battue deux fois en finale, à Rio et aux Mondiaux-2015, ou la Japonaise Miku Tashiro, qui l'avait poussée dans ses retranchements en finale des Mondiaux-2019, à Tokyo déjà.

Mais à Budapest, Agbégnénou n'avait plus aucun doute. "Je veux avoir cette médaille olympique et je ferai tout pour l'avoir. Il y a encore du chemin mais je suis prête."


 




 

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