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C’est un réveil brutal qu’a vécu Diego Louwers, gérant du Proxy Delhaize d’Overijse, dans la nuit de dimanche à lundi. Vers 3h du matin, plusieurs alarmes de ses installations frigorifiques se sont déclenchées. À son arrivée dans le magasin, une vingtaine de minutes plus tard, il a découvert l’ampleur du problème. « J’ai constaté que l’ensemble de mes frigos était en dégivrage, donc pulsait de l’air chaud. J’ai malheureusement dû commencer à vider le magasin. Toute la marchandise est à jeter. C’est très malheureux », raconte-t-il au micro de Vincent Legraive.
En contactant son frigoriste au milieu de la nuit, le commerçant a rapidement compris qu’il n’était pas le seul concerné.
Selon Diego Louwers, les paramètres de ses installations frigorifiques ont été modifiés à distance, provoquant une hausse brutale des températures : « En dégivrage, ils pulsent aux alentours de 40°C. Les hackers ont changé les paramètres pour faire pulser de l’air chaud dans les frigos, y compris dans les chambres froides négatives », explique le gérant.
Les conséquences sont immédiates : les produits frais et surgelés ne peuvent plus être conservés dans les conditions requises. « Les conséquences sont catastrophiques parce qu’on doit jeter l’ensemble de notre marchandise qui n’est plus à température. C’est-à-dire tous les produits frais et tous les produits surgelés. »
Pour ce commerçant indépendant, la situation est particulièrement difficile à vivre : « On ne peut pas avoir pire dans notre métier. On doit jeter l’ensemble de notre marchandise et ça fait à la fois mal au cœur et c’est très compliqué au niveau opérationnel. Et on perd notre chiffre d’affaires… », confie-t-il.
Delhaize, Carrefour, Intermarché et Spar touchés
Le problème dépasse largement le seul magasin d’Overijse. Vers 4h du matin, Delhaize a envoyé un SMS à l’ensemble de ses gérants pour les avertir de hausses soudaines de température dans les installations frigorifiques, comme nous l’ont signalé des témoins via le bouton orange Alertez-nous.
Dans plusieurs points de vente, les températures des frigos et surtout des surgélateurs ont atteint environ 15°C. Une quarantaine de magasins Delhaize sont concernés, selon l’enseigne, qui évoque un « incident informatique ». Les perturbations touchent principalement des Shop & Go attenants aux stations-service Q8, des Proxy Delhaize, mais aussi certains supermarchés et commerces situés le long des autoroutes.
D’autres enseignes sont également touchées. Quinze magasins Carrefour rencontrent des problèmes similaires. Le groupe français indique être en train « d’analyser la situation ». Une quinzaine de magasins Intermarché sont aussi concernés, ainsi que cinq supérettes Spar, selon le groupe Colruyt. Ces dernières sont exploitées par des indépendants disposant de leurs propres installations frigorifiques.
Les réfrigérateurs et congélateurs du magasin Ikea de Mons ont été touchés dans la nuit de dimanche à lundi par « un incident cyber », a également indiqué le géant suédois de l’ameublement dans un communiqué. Cet épisode a toutefois un impact « limité » sur l’offre du restaurant et du magasin montois. « Aucun de nos autres magasins n’est concerné », a ajouté le groupe.
Le chocolatier Galler, à Liège, serait également victime de la même attaque. La chaîne de boucheries De Laet et Van Haver, notamment présente à Anvers, a elle aussi signalé des changements soudains de température dans ses réfrigérateurs.
Une attaque déclenchée vers minuit
Les premières attaques auraient débuté vers minuit, dans la nuit de dimanche à lundi. Stephan Moelans, directeur de Sabcobel, une entreprise spécialisée dans les installations frigorifiques, confirme que les pirates ont utilisé le même mode opératoire que lors de la cyberattaque ayant frappé des centaines de magasins français début octobre.
Concrètement, les hackers ont activé à distance le mode de dégivrage des évaporateurs. Ce système, normalement destiné à éliminer le givre, a provoqué une augmentation anormale de la température dans les réfrigérateurs et congélateurs.
« Nous avons commencé dès 1h à mobiliser des techniciens pour maîtriser la situation », explique Stephan Moelans. « Personnellement, je suis réveillé depuis 2h ; nous avons passé toute la nuit et toute la matinée à déconnecter du réseau les installations concernées », explique-t-il à l’agence Belga. Malgré cette mobilisation, la chaîne du froid a été rompue dans certains commerces, entraînant la destruction de produits frais et surgelés.
Que faire pour éviter de nouvelles attaques ?
Selon le directeur de Sabcobel, cette vulnérabilité est connue depuis les incidents survenus en France. Des mesures ont d’ailleurs déjà été prises pour tenter de protéger les équipements. « Ces dernières semaines, nous avons travaillé d’arrache-pied pour protéger les réfrigérateurs de nos clients contre cette vulnérabilité », explique Stephan Moelans.
Mais une simple mise à jour informatique ne suffirait pas à régler le problème. Les installations doivent être modifiées physiquement pour renforcer leur sécurité, ce qui représente un investissement pour les exploitants. « La solution la plus simple consiste à gérer les réfrigérateurs via une connexion internet sécurisée. La plupart de nos clients ont adopté cette solution depuis l’attaque en France », précise-t-il.
Des pertes financières potentiellement importantes
Face à l’urgence, les gérants et leurs équipes se sont précipités dans leurs magasins pour tenter de sauver leurs marchandises. Certains ont même fait venir des camions frigorifiques. Mais pour plusieurs commerçants, les dégâts sont déjà considérables.
On l’a dit, cette cyberattaque rappelle celle qui avait frappé plusieurs centaines de magasins en France début octobre. Les pertes économiques globales avaient alors été estimées à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Des supermarchés d’autres pays signalent également des perturbations liées à une cyberattaque ce lundi. On parle de la Suède, les Pays-Bas, l’Irlande, le Luxembourg et l’Estonie. Le lien éventuel avec les incidents constatés en Belgique reste à déterminer.






















