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Lutte: sur les traces du Cubain Mijain Lopez, "le petit costaud"

Dans son village à Cuba, personne, pas même son chien - un rottweiler baptisé Trump -, ne doute que le lutteur Mijain Lopez, un colosse de près de deux mètres, peut réussir un exploit à Tokyo: décrocher un quatrième titre olympique.

"Mijain a autant envie d'avoir cette médaille (d'or) que pour la première qu'il a gagnée à Pékin-2008", il en a "la force, l'esprit positif et l'envie", assure à l'AFP sa mère, Leonor Nuñez, 62 ans, dans le village de Herradura, à 114 kilomètres à l'ouest de La Havane.

Jamais auparavant un sportif n'a obtenu quatre titres olympiques en lutte gréco-romaine, discipline historique des Jeux.

Dans son entourage, la confiance ne manque pas: "Les gens de Herradura et ceux de Cuba doivent être bien conscients que cette médaille va venir", déclare tranquillement son père, Timoteo Bartolo Lopez, 68 ans, dans la cour de la maison que le lutteur a fait construire, à moins de 50 mètres de celle de ses parents.

C'est là, sous un toit de feuilles de palmier, que la famille se réunit à chaque victoire de "El Purro", le petit costaud, comme ils le surnomment depuis toujours. A Cuba, on le connaît aussi comme "El Niño", l'enfant, pour son entrée à 17 ans en sélection nationale.

Il y a cinq ans à Rio, Mijain a rejoint le club sélectif des lutteurs affichant trois titres olympiques: ils ne sont que six en plus d'un siècle de lutte aux Jeux, dont la légende russe Aleksander Karelin. Il va désormais essayer de faire mieux, à 38 ans, avant de prendre sa retraite.

- Dans les collines -

Pour le préserver avant Tokyo, ses entraîneurs ne le font participer qu'à un seul combat annuel. Il n'a même pas combattu du tout depuis les Jeux Panaméricains de Lima, en 2019.

Ce qui ne l'empêche pas d'afficher "une forme physique et sportive remarquable", selon l'entraîneur principal de lutte, Raul Trujillo: il a presque vaincu son éternelle rivale, la balance, et est "tout proche de son poids de compétition", les 130 kilos au-dessus desquels il serait hors-Jeux.

Mijain aussi se veut confiant. "C'est à moi et à mes entraîneurs d'atteindre cet objectif" d'un nouvel or olympique, a-t-il déclaré à la télévision cubaine avant de s'envoler pour une base d'entraînement en Bulgarie.

Car "mes parents m'ont appris cette mentalité (...) si simple: tout ce que vous voulez atteindre dans la vie ne dépend que de votre travail".

Cet esprit, il l'a forgé dans les collines entourant Herradura, où il s'est musclé dès l'enfance en courant après les animaux ou en portant des caisses de fruits et légumes.

Il a toujours voulu "être fort", se souvient sa mère.

Ses grands frères, Misael et Michel, eux aussi au physique imposant et adeptes d'aviron et de boxe, lui ont donné le goût du sport. A 10 ans, Mijain a trouvé sa passion: la lutte.

"Dès qu'il l'a vu, un professeur de lutte appelé Sergio (Soto, ndlr) l'a pris sous son aile", raconte Leonor.

- "Casse-le comme un crayon" -

Michel, médaillé de bronze en boxe (super-lourds) à Athènes-2004, se souvient de son petit frère comme étant "un peu capricieux, grognon et bagarreur".

Ses amis d'enfance évoquent surtout un garçon jovial, qui trinque avec eux quand il vient dans son village natal depuis La Havane, où il vit avec sa femme et ses deux enfants. C'est à Herradura qu'il s'installera à la retraite, y retrouvant son chien Trump.

"Mijain est très blagueur", raconte Endys Lazaro, agriculteur de 38 ans, "il était le plus grand (du groupe) et nous protégeait".

"Il était le plus décidé et le plus agressif sur le tapis", se rappelle Michel Soto, menuisier de 39 ans.

A 13 ans pourtant, sa carrière prometteuse a failli s'arrêter: en cause, une double fracture tibia-péroné en compétition. Son père voulait qu'il stoppe.

"Quelle erreur j'ai failli commettre!", admet aujourd'hui Timoteo.

Une fois remis, Mijain a décroché deux médailles d'or et deux d'argent à des jeux scolaires en Colombie.

"Je les ai affichées ici", dit fièrement Leonor en montrant un mur depuis bien rempli: maintenant "c'est difficile de toutes les compter!"

A Tokyo, Mijain pourrait affronter à nouveau le Turc Riza Kayaalp, l'actuel numéro un mondial qu'il avait battu en finale de Londres-2012 puis Rio-2016.

Avant le combat au Brésil, il avait demandé conseil à sa mère. "Je lui ai dit +casse-le comme un crayon'+ et vraiment, c'est ce qu'il a fait", sourit-elle.

Et au Japon? "Je ne sais pas qui sera écrasé, mais je sais que Mijain n'aime ni l'argent ni le bronze".

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