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Raoul Hedebouw présente ses idées de "Switch" et utilise des exemples suisse et luxembourgeois: le président du PTB s'explique

Raoul Hedebouw, le président du Parti du Travail de Belgique, vient de sortir un livre “Fais le Switch”. 184 pages écrites en collaboration avec quelques collègues. Il y parle de mobilité, logement, santé et numérique. Notre journaliste et présentateur Christophe Deborsu l'a interrogé sur le sujet.

Christophe Deborsu: Vous parlez dans "Fais le Switch" de plein de sujets […] Vous proposez des pistes basées sur des exemples existants, très concrets. Prenons le cas de la mobilité. Vous dites "les Luxembourgeois ont instauré les transports en commun gratuits et ce n'est pas un pays de gauchos, pourquoi ne le ferait-on pas en Belgique?". On vous retorquera que c'est parce qu'il n'y a plus d'argent. C'est ce que disent le PS et Ecolo quand on leur pose la question sur ce plateau. Vous pensez que malgré le fait que la Belgique est en grande difficulté financière, il faut aller vers ça.

Raoul Hedebouw: Mais c'est faux de dire qu'il n'y a pas d'argent en Belgique. On n'a jamais eu autant de riches en Belgique qu'aujourd'hui. Il y a des millionnaires en plus chaque année. Des dizaines de milliers de millionnaires en plus sur les dix dernières années. C'est n'importe quoi. Il faut aller chercher l'argent où il se trouve pour activer notre économie.

Christophe Deborsu: C'est la fameuse taxe des millionnaires?

Raoul Hedebouw: La taxe des millionnaires, mettre sur pied une banque d'investissement publique qui va mobiliser l'épargne des Belges, etc. Mais le transport public gratuit, quand les Luxembourgeois le mettent en place, pourquoi ils le mettent en place? Parce que c'est une alternative pour les gens. Pour pouvoir justement avoir un transport de qualité. Parce que ce n'est pas qu'une question de gratuité. Les Luxembourgeois ont investi aussi dans la ponctualité, dans l'offre supplémentaire de bus et de trains. C'est ça l'alternative aujourd'hui. Moi j'en ai un petit peu marre qu'on pointe du doigt toujours les gens individuellement en disant "C'est de votre faute que vous prenez la voiture", "C'est de votre faute que vous vous chauffez trop chez vous". Toujours la faute de l'individu. Non, il y a une réponse systémique qu'on doit apporter, et le politique doit prendre ses responsabilités. Pour ça, le PTB n'est pas un parti de "il n'y a qu'à", le PTB c'est un parti de proposition. Quel est le parti politique qui écrit un livre aujourd'hui avec des dizaines de propositions concrètes qu'on peut appliquer?

Christophe Deborsu: Tous. Paul Magnette vient de le faire, Jean-Marc Nollet l'a fait il y a quelques mois.

Raoul Hedebouw: Avec des propositions concrètes?

Christophe Deborsu: Je vous assure que oui.

Raoul Hedebouw: C'est le débat qu'il faut avoir. Aujourd'hui on a ces propositions. Et je dis au PS et à Ecolo, parce que je n'attends rien du MR. Georges-Louis Bouchez il roule pour les riches, ça c'est clair. Mais du côté des partis de gauche, qu'est-ce qu'on attend pour mettre sur pied… On prend le Luxembourg, mais la Suisse aussi, au niveau des horaires cadencés au niveau des trains. On va prendre des exemples un peu partout. Il faut sortir des œillères, mais il faut avoir des solutions concrètes aujourd'hui. C'est pour ça le succès avec cette campagne "Fais le Switch", parce que les gens attendaient cette réponse du PTB.

Christophe Deborsu: Le grand switch est-il communiste? Vous donnez dans le livre des exemples de grands switchs dans l'histoire de la Belgique. Les grands switchs, ce sont les grands changements, peut-on dire. Vous dites ceci: "1921, la journée de 8 heures a été introduite. En 1936, les travailleurs ont enfin eu droit à des congés payés. En 1945, la sécurité sociale est sortie de terre". Je note toutefois que le parti communiste ne faisait jamais partie du gouvernement. Les 8 heures ont été instituées par le socialiste Joseph Wauters en 1921. Le gouvernement était une tripartite catholiques-libéraux-socialistes. Les congés payés, c'est aussi l'œuvre de ces trois partis traditionnels, avec au milieu le gouvernement dirigé par Paul Van Zeeland, un catholique. C'était en juillet 1936. La sécurité sociale créée par ces trois mêmes partis. On n'a pas besoin des communistes pour faire des grandes réformes?

Raoul Hedebouw: Mais vous ne pouvez pas analyser toutes ces réformes, je vais parler de la sécurité sociale, sans la force de la résistance en Belgique et des communistes dans la résistance belge.

Christophe Deborsu: Elle a existé, bien sûr.

Raoul Hedebouw: Elle a été forte. Avec l'influence de la France, où c'est un ministre communiste qui avait construit la sécurité sociale. En Belgique, le mouvement communiste a toujours été plus faible. Et ça on peut en discuter historiquement. Mais l'idée de la peur du rouge, parce que c'était ça: le patronat en train de paniquer parce que les rouges étaient à Berlin, évidemment que ça a joué. Mais moi je suis d'accord avec vous, c'est que ça doit pouvoir se construire avec d'autres partis. Le Front populaire en France a pu mettre sur pied les congés payés. Moi je tends la main à d'autres forces politiques. La différence, évidemment, c'est que ces partis, sous cette pression populaire, voulaient sortir du cadre. C'est ça la question du switch. Aujourd'hui, les partis comme le PS et Ecolo restent dans le cadre du libéralisme. Regardez qui a voté la libéralisation du secteur énergétique en Belgique? Le PS, Ecolo, CDH et le MR.

Christophe Deborsu: Le secteur a toujours été libéralisé.

Raoul Hedebouw: Non mais il y a eu une libéralisation en 99-2000, vous le savez vous-même. De ce côté-là, les partis traditionnels, y compris de gauche, jouent les règles du système capitaliste. Moi je crois qu'il faut en sortir.

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