L'école primaire du Sacré-Cœur de Nivelles nous a ouvert ses portes, afin de montrer l'engouement des élèves et des instituteurs pour l'utilisation des tableaux blancs interactifs. On leur a posé cette question: "Les élèves apprennent-ils mieux?".
L'enseignement est en constante évolution. De réforme en réforme, l'Etat fédéral, puis la Communauté française, ont façonné la manière de former les enfants, de la maternelle au supérieur.
Il reste un long chemin avant de parvenir à un enseignement gratuit de qualité, les alternatives comme l'enseignement dit "ouvert", ou les pédagogies dites "actives", étant trop méconnues ou financièrement inaccessibles pour certains parents.
C'est quoi, un tableau blanc interactif ?
L'une des solutions pour moderniser l'enseignement traditionnel, est d'équiper les classes d'un tableau blanc interactif. C'est le tableau du 21e siècle. Relié à un ordinateur, un projecteur en diffuse le contenu sur un tableau tactile blanc. Ce dernier agit comme une tablette tactile géante.
Avec les logiciels appropriés, les instituteurs peuvent laisser libre cours à leur imagination pour créer de nouvelles leçons plus vivantes. Et surtout plus interactives: les élèves peuvent manipuler des objets, ce qui suscite leur curiosité, leur attention et leur engouement.
De plus, tout part d'un ordinateur. Celui-ci étant (en théorie) relié à internet, il est très facile d'aller chercher n'importe quel contenu (carte, image, vidéo ou leçon), puis de s'en servir en classe, pour illustrer ou animer un cours.
Plus attrayant, plus motivant
"C'est plus attrayant, c'est plus ludique", nous explique d'emblée M. Bernard qui, devant notre objectif, donnait une première leçon à l'aide du tableau interactif à des élèves de troisièmes maternelles. "L'année prochaine, ils seront dans ma classe. C'est une manière de les habituer".
Il suffit d'assister à une heure de cours pour se rendre compte que des enfants de 5 ans se déboiteraient l'épaule pour être celui ou celle qui ira au tableau, aider "Monsieur i" à échapper à la vilaine sorcière, en reconnaissant des sons puis en reliant des ombres. Il s'agit de la méthode de lecture dite "des Alphas". Elle existe depuis de nombreuses années sur de nombreux supports, et s'adapte à merveille aux tableaux interactifs.
Ne vous méprenez pas: le but est toujours le même, apprendre à lire et à écrire. Mais en permettant aux enfants de manipuler virtuellement des lettres, comme c'est le cas avec le jeu du puzzle, où à l'aide d'un doigt ils assemblent les morceaux de "Madame è", les élèves "visualisent mieux". Et ça peut faire la différence.
Moins de temps perdu, moins de gaspillage
Le puzzle virtuel a également de l'intérêt pour l'instituteur. Pour lui, c'est moins de temps perdu en découpage des différentes pièces, et en distribution des feuilles.
Idem pour le fameux "développement du cube". Avant, il fallait le découper, tracer les arêtes, coller des bords… Avec un tableau interactif, en quelques minutes, les élèves peuvent le voir en trois dimensions, et venir au tableau le manipuler, le plier et le déplier dans tous les sens.
Et pour l'école, c'est moins d'argent (et d'arbres) dépensé en photocopie. Bref, tout le monde y gagne.
"Ils écrivent toujours autant"
Mais rassurez-vous: cette percée des nouvelles technologies ne fait pas de vos bambins des illettrés. "Ils écrivent toujours autant, il y a toujours du classique: ça reste un support, il n'y a pas de magie derrière !"
De plus, "il ne faut pas tomber dans l'extrême", prévient un instituteur, qui préconise "de temps en temps, une activité plus ludique" à l'aide du tableau interactif. Mais il ne faut pas que ça devienne la norme. Cette technologie, "ce n'est pas un but, mais un outil", rappelle-t-il.
Pour M. Bernard, ça ne change rien. "J'utilise tout le temps ce tableau, qui sert toujours à des choses de base, comme afficher des éléments, écrire à la main sur un fond ligné, etc".
D'autres collègues se servent plus simplement de l'option rideau, "très pratique", qui permet de dévoiler le contenu du tableau petit-à-petit. "Ou tout simplement du chrono pour la durée du travail à effectuer, les élèves adorent".
Enfin, une dernière institutrice avoue que "pour tracer certaines formes géométriques, ça reste bien plus simple d'utiliser un vieux tableau, une règle, un équerre ou une corde…"
Plus ou moins de travail pour l'instituteur ?
Quant à la charge de travail pour l'instituteur, elle est complexe à estimer. "De toute façon, il faut préparer et adapter les leçons", nous explique M. Bernard. "Celui qui commence à zéro avec le tableau interactif, c'est beaucoup de boulot, car il faut découvrir et apprivoiser le logiciel", voire même pour certain le fonctionnement de base d'un ordinateur.
Une fois qu'une leçon a été préparée, testée et donnée par un instituteur, "elle est mise sur un dossier partagé, et les collègues peuvent l'utiliser". Alors qu'avant, "on se passait des classeurs".
Cependant, tous les instituteurs précisent qu'il faut "de toute façon retravailler la leçon, la préparer: à ce niveau-là, ça ne change pas beaucoup de la méthode traditionnelle".
Le temps de travail, pour l'instituteur comme pour l'élève, est donc globalement le même, mais de l'aveu de M. Bernard et de ses collègues, "il est mieux mis à profit".
"Pour les enfants, c'est naturel"
Vous l'avez forcément remarqué: pour les enfants d'aujourd'hui, manipuler un ordinateur ou une tablette tactile, "c'est quelque chose de très banal, de très naturel".
Pour ces enseignants qui ont fait le pas, le tableau interactif permet aussi de "combler un certain décalage avec la vie réelle". Il parait en effet logique d'avoir des outils d'apprentissage modernes, alors qu'à la maison, on a remplacé le jeu de société par l'iPad, la lettre manuscrite par l'email, l'appel téléphonique par la messagerie instantanée. Ces changements, sans juger leur bienfondé, sont une réalité de la société actuelle.
Les élèves apprennent-ils mieux ?
Passons à la question la plus essentielle dans cette démonstration technologique: les élèves apprennent-ils mieux la matière ? Les réponses sont contrastées. "Vous savez, au final, le programme reste le même, et il faut le suivre". A la fin de la 6e primaire, avec ou sans tableau interactif, les connaissances sont équivalentes.
Cependant, l'apprentissage est parfois meilleur, plus efficace. "Pour les enfants plus visuels, on voit clairement une différence, c'est mieux, ils comprennent plus vite", nous a confié une institutrice.
"Ils visualisent mieux, mais il faut toujours travailler avec du concret", a expliqué un collègue.
Un autre instituteur reconnait que ces leçons plus interactives "font parfois mieux passer la pilule", surtout pour les matières les plus rébarbatives, comme les tables de multiplication, par exemple. En faire un mini jeu vidéo au tableau captivera davantage les enfants que de banales récitations.
Du côté de la direction, on estime "qu'à l'heure actuelle, nous n'avons pas encore assez de recul (2ème année du projet) pour certifier ou non que les tableaux influencent la rétention des matières par les élèves".
Un seul point négatif a été mis en exergue: "les pannes d'électricité et d'internet", qui peuvent ruiner une leçon…
Mathieu Tamigniau (Twitter: @mathieu_tam)
